Partis communistes

Notre lutte

Le site http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ publie des traductions de déclarations, de communiqués, d’articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international.

 

La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » qui refuse la dérive réformiste de la direction du PCF suivant le Parti de la gauche européenne. Notre site s’efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationaliste portée historiquement par le PCF.

 

Parmi ses centres d’intérêts prioritaires :

 

  • la solidarité avec les mouvements anti-impérialistes, notamment le soutien à Cuba, aux expériences socialistes d'Amérique Latine, aux résistances aux guerres impérialistes. Notre site relaie ainsi les mobilisations contre la guerre et l’occupation de l’Afghanistan, les prises de position contre l'OTAN, contre la subordination au bloc impérialiste nord-américain,

  • la mise en valeur des actions des partis communistes qui prennent le parti de la lutte de classe, restent fidèles à leur raison d’être révolutionnaire.

  • les tentatives de reconstituer une forme de coopération politique entre partis communistes, dans le monde comme en Europe, à l’opposé du PGE et de son acceptation de l’UE capitaliste. Le site traduit ainsi régulièrement les appels internationaux de partis communistes.

  • le refus du révisionnisme historique, de la criminalisation du communisme, notamment impulsée par l'Union Européenne, l’examen critique et la défense de l'héritage des expériences socialistes passées.

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Mise à jour : 23 décembre 2013

 

Non aux guerres impérialistes sur le continent africain ! : Les Partis communistes contre l'intervention en Syrie ; porter une opposition conséquente à l'intervention française au Mali ; Françafrique en Centrafrique, c'est non ! 

 

Des Partis communistes qui relèvent la tête en 2013 : au Népal, les communistes hégémoniques ; au Chili, un record de députés depuis 1973 ; en République tchèque, les communistes à 15 %, au plus haut depuis 89 ; Luxembourg, Autriche, résistance des PC (1-2%) dans des contextes hostiles ; Elections locales au Portugal : le PC à 12 %, Bloc de gauche à 2 % ; Lettonie : les communistes à la tête d'une coalition victorieuse à l'assaut de Riga ! ; à Chypre, les communistes résistent ... à 27 % ! ; Elections professionnelles en Grèce, le PAME lié aux communistes en tête ; Israel, communistes et anti-sionistes toujours présents ! ; au Japon, les communistes au plus haut depuis 1995 ; en Inde, les communistes dominateurs dans l'Etat du Tripura.

 

Révolutions latino-américaines et construction du socialisme: nationalisations à l'ordre du jour en Argentine et en Bolivie; réduction des inégalités et de la pauvreté au Vénézuela et en Bolivie; l'exemple cubain: supériorité du socialisme pour le bien-être des mères, des enfants, top 10 mondial de l'IDH non-économique

 

Sortir de l'Euro ? Le débat est ouvert ! : à Chypre, les communistes pour la sortie de l'Euro ; au Portugal, le débat avance pour une rupture avec l'euro dans le PCP ; une idée qui progresse en Espagne, avec des contradictions ; la gauche allemande déchirée, Die Linke freine contre son père fondateur !

 

Dénoncer le mythe de l'Europe sociale, combattre l'Europe du capital et de la guerre : Un congrès du PGE pour refonder l'Europe, la grande illusion ; le syndicat des cheminots britanniques pour la rupture avec l'UE ; 

 

Les partis du PGE: aile-gauche de la social-démocratie: une sioniste amie de Sarkozy candidate à la présidentielle de Linke en Allemagne, Izquierda Unida profite de ses résultats pour collaborer dans les gouvernements régionaux avec le PSOE en Espagne, Syriza lance des appels du pied à l'UE et se propose comme social-démocratie de substitution

 

 

Semel MakiLes communistes israéliens dénoncent la poursuite de la colonisation illégale à Jérusalem-Est

Communiqué du Parti communiste d'Israel

Traduction JC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

Le membre du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine, Saeb Erekat a fortement condamné la dernière annonce d'extension illégale des colonies dans et autour de Jérusalem-est occupé. "Cette annonce est la preuve d'une volonté de commettre des crimes délimités et sanctionnables en vertu du droit international",a souligné Erekat.



Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a donné ordre de mettre en place les projets visant à construite 1 060 logements dans les colonies de Jérusalem-Est ; 660 nouvelles unités à 'Ramot Shlomo' et 400 à 'Har Homa', en plus des 12 nouvelles routes construites en Cisjordanie.



Erekat a dit que la communauté internationale doit agir de façon résolue afin de sauver la solution des deux Etats de l'expansionnisme colonial de l'Etat d'Israel, en reconnaissant la Palestine comme un Etat compris dans les frontières de 1967, soutenant les efforts pour fixer une date limite à la fin de l'occupation israélienne, en interdisant tous les produits venant des colonies et en se détournant de toutes les organisations et entreprises liées directement ou indirectement à l'occupation israélienne, à la colonisation et aux politiques d'Apartheid.



Cette expansion coloniale coincide avec le projet de loi israélien cherchant à revenir sur le statu quo concernant la Mosquée d'Al-Asqa et sur la saisie de 35 maisons palestiniennes à Silwan par des colons d'extrême-droite soutenus par l'Etat. Concernant l'annonce du Ministre du logement israélien, Uri Ariel, sur sa volonté d'occuper une maison palestinienne saisie à Silwan, Erekat a déclaré que cette action "n'est qu'un rappel de plus des efforts réitérés d'Israel pour déloger par la force les Palestiniens de Jérusalem et transformer la Cité Sainte commune aux trois religions en une cité exclusivement juive."



Dans le même temps, le président du Hadash (Front démocratique pour la paix et l'égalité – Parti communiste d'Israel) et député communiste à la Knesset, Mohammed Barakeh, a déclaré que trois semaines avant le soutien de Netanyahou à cette politique, la municipalité israélienne de Jérusalem-Ouest avait approuvé un projet de construction de 2 600 unités de logement près du quartier de Jérusalem-Est, à Beit Safafa. Cela porterait le nombre total de logements, dont la construction est en cours, à 3 700, a dit le député Barakeh. Le député communiste de la Knesset a conclu que, en continuant sur sa ligne d'expansion coloniale, Netanyahou cherchait à ruiner les conditions de la paix et à rendre impossible toute reprise des négociations entre les camps israélien et palestinien.

Vendredi 31 octobre 2014 5 31 /10 /Oct /2014 07:07
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votacion-de-bloqueo_0.jpg188 pays disent Non au blocus américain contre Cuba à l'ONU. Les Etats-unis et Israel seuls face au reste du monde !

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le vote de 2013 a été confirmé en 2014. Les Etats-unis sont toujours isolés dans leur politique criminelle imposée à Cuba. Ce 28 octobre, la 23 ème résolution cubaine appelant à la condamnation du blocus a été soutenue par 188 Etats, 2 la refusant, 3 s’abstenant de voter.

 

Comme l'an dernier, comme chaque année depuis 1992, l'ONU a résonné des appels au respect du droit international, au droit du peuple cubain à diposer de sa souveraineté et à poursuive son développement selon le modèle social qu'il préconise.



Cuba a proposé la résolution A/69/L.4 sur « la nécessité de mettre fin au blocus économique, commercial et financier imposé par les Etats-unis d'Amérique contre Cuba ». Cela fait 54 ans que les Etats-unis imposent un blocus aux conséquences terribles pour le peuple cubain.



L’embargo (« bloqueo »), selon les chiffres du gouvernement cubain, a causé une perte économique accumulée de 1 112 milliards de $ - l'équivalent du PIB annuel de l'Inde, 15 années de production cubaine. Les hôpitaux du pays sont privés de l’accès à des médicaments ou matériel médical vitaux.



En 1992, ils n’étaient que 59 Etats, au sortir de la guerre froide, à soutenir Cuba dans son rejet de ce blocus inique. Aujourd’hui, ils sont 188. Le record historique de 2013 est égalé, sachant que deux Etats s’opposent : les États-Unis et son allié israélien.



Malgré l'embargo, Cuba est à la pointe dans la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement de l’ONU, en tête des indicateurs de santé, d’éducation, de culture de tout le continent, rivalisant avec les pays les plus riches de la planète.



Ce fut rappelé dans l'intervention de Bruno Parilla, ministre des Affaires étrangères, à la tribune mais Cuba n'est pas seule, elle n'est plus seule. Elle a le monde entier avec elle, face aux seuls Etats-unis.



Il a évoqué l'existence d'un nombre croissant de leaders religieux, de figures de l'émigration cubaine, d'entrepreneurs américains mais aussi de congressistes qui s'expriment en faveur de la levée du blocus.



Le New York Times – ournal de l'intelligentsia nord-américaine – a multiplié les éditoriaux critiques envers la politique américaine. Le titre de l'article relatant le vote à l'ONU est évocateur : « Sur l'embargo cubain, les Etats-unis et Israel à nouveau seuls contre le reste du monde ».



Dès 1959, l’objectif était d’étrangler économiquement Cuba pour faire tomber un régime qui gênait les intérêts impérialistes américains. Depuis, présidents démocrates et républicains se sont succédé, rien n’a changé.

 

Les espoirs suscités par l’élection de Barack Obama se sont envolés, le blocus s’est raffermi. Les États-Unis appliquent depuis 2008 des sanctions extra-territoriales, frappant durement les organismes nouant des relations commerciales et financières avec Cuba.



Ainsi, les Etats-unis ont appliqué des amendes exceptionnelles de 11 milliards d'euros envers 38 banques – dont une record contre la française BNP Paribas – qui réalisent des transactions commerciales avec Cuba, et d'autres pays qui sont sur la liste noire des Etats-unis tel l'Iran.



Les interventions apportant un soutien à Cuba, critiquant la politique américaine, ont été encore plus nombreuses : Brésil, Argentine, Colombie, Bolivie, Vénézuela, Equateur, Nicaragua mais aussi Afrique du sud, Iran, Egypte, Chine, Russie, Vietnam, Algérie, Inde.



La quasi-intégralité des pays d'Amérique latine, mais aussi les grands pays émergents ont exprimé une condamnation ferme et sans ambiguité du blocus.



Ce ne fut le cas des pays de l'Union européenne – comme la France – qui ont voté pour la levée du blocus, mais se sont dispensés de toute critique de la politique nord-américaine.



Outre les Etats, il est à souligner que divers organismes – la Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraibes (CELAC), le Mouvement des non-alignés, l'Union africaine, le MERCOSUR, le groupe des 77 – sont intervenus pour condamner vigoureusement le blocus.

 

L’Union européenne, si elle a finalement appuyé la motion cubaine, n’en a pas moins exprimé ouvertement ses critiques sur le système économique et politique cubain.

 

Cuba si, bloqueo no ! La lutte continue pour le respect du droit cubain à pouvoir se développer librement. Il peut compter sur la planète dans son ensemble. Comme dans la lutte contre l'apartheid, une poignée d'Etats ne peuvent bloquer les peuples en marche pour leur liberté.

Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 06:02
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ng2338808.JPGLe métro de Lisbonne paralysé, grève contre la privatisation : la CGTP lance un mouvement national dans les transports

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Ce 21 octobre, c'était la troisième grève en plus d'un mois dans le métro de Lisbonne, avec des mouvements parallèles à Porto. Menée par une combative CGTP, les salariés des transports sont mobilisés contre la privatisation du service de transports urbains.

 

Mardi dernier, le réseau de métro de Lisbonne - qui transporte 500 000 voyageurs par jour - était entièrement paralysé, tandis que les routes de la capitale étaient perlées d'embouteillages.

 

Le mouvement appelé par la Fectrans (Fedération des syndicats des transports), affiliée à la CGTP, a été massivement suivi, avec une adhésion de près de 100 %. A la hauteur de la colère face à un gouvernement qui prévoit de livrer les lignes de métro, de chemins de fer et de bus mais aussi la compagnie aérienne nationale aux grands groupes privés.

 

Troisième journée de grève en six semaines

 

Le gouvernement prend prétexte d'une dette accumulée de 13 milliards d'€ pour le métro et le chemin de fer, et de pertes de 13 millions d'€ pour le seul métro de Lisbonne.

 

En réalité, ce sont les coûts du réseau - dans un secteur structurellement déficitaire - qui grèvent les résultats. Donc, le gouvernement a trouvé la formule idoine : maintenir un réseau sous contrôle public, et ouvrir au secteur privé l'exploitation. Socialiser les pertes et privatiser les profits.

 

Le gouvernement envisage ainsi d'ici la fin de l'année de livrer les lignes de métro de Lisbonne et Porto à des opérateurs de privé pour une durée de 9 ans. Il fera de même à la CP (SNCF portugaise), en commençant par le fret (CP-Carga).

 

La CGTP, et sa fédération des transports, mène une lutte acharnée contre le plan de privatisations. Il s'agit de la trosième journée de grève dans le réseau de Lisbonne depuis moins de six semaines.

 

Un "crime de lèse-patrie" pour le secrétaire de la CGTP

 

Le secrétaire-général de la CGTP, Arménio Carlos a rappelé que cette lutte "est la lutte de tout le monde", au moment où le "gouvernement s'engage à privatiser les entreprises de transports, pour des profits privés".

 

Ces derniers temps, il a multiplié les déclarations publiques dénonçant un acte contraire aux intérêts des travailleurs, du peuple, de la nation parlant d'un "crime de lèse-patrie" et d'un "préjudice pour tous les Portugais".

 

La CGTP reste au Portugal un syndicat de lutte, de classe et de masse. Le syndicat majoritaire qui reste encore organiquement lié au Parti communiste, avec un secrétaire-général qui est même un dirigeant du PCP.

 

La semaine conduisant à la grève du 21 a été une semaine de lutte pour la CGTP sur les lieux de travail, d'explication des raisons du mouvement, de mobilisation pour la journée. Les cellules du PCP ont joué leur rôle habituel, encore prégnant, dans cette campagne.

 

Ferrys, conducteurs de Porto, chemins de fer : les transports mobilisés !

 

Les travailleurs du métro de Lisbonne trouvent une solidarité de fait chez leurs collègues. D'abord, ceux de la Soflusa - responsable des ferrys sur le Tage - qui ont arrêté symboliquement toutes les liaisons entre Lisbonne et Barreiro dans l'après-midi.

 

A Porto, les conducteurs continuent la lutte. Du 13 au 19, ils ont refusé de réaliser des heures supplémentaires exigées par la direction. Ils réclament le respect des droits sociaux des travailleurs, l'abandon du plan de privaisation et l'embauche des 100 machinistes manquants.

 

Dans les chemins de fer, le climat est tout aussi tendu. Les travailleurs rejettent le démembrement de la CP (SNCF) - avec la scission accentuée des activités du réseau, fret et transport de passagers.

 

Il y a semaine, les salariés du réseau (REFER) ont paralysé pendant deux heures le réseau. Ce 15 octobre, les salariés de la CP se réunissaient à Porto, Coimbra, Lisboa et Barreiro à l'appel du Syndicat national des travailleurs du chemin de fer (SNTSF).

 

Ils envisagent de lancer une mobilisation nationale contre le budget d'Etat 2015 qui conduirait les salariés des transports à avoir un salaire inférieur à celui de 2009. Ils dénonçent aussi un "gouvernement de laquais, au service des grands groupes économiques et financiers", avançant dans la privatisation de la CP-Fret.

 

Il est à noter que les usagers ont apporté un soutien au mouvement à travers le Mouvement des usagers des services publics (MUSP). Le 17 octobre, avec le syndicat des transports, ils ont organisé une initiative d'explication sur l'avenue Camoes, à Lisbonne.

 

En présence du secrétaire-général de la CGTP Arménio Carlos, ils ont dénoncé la "dégradation du service public", la politique de "rapine" et la "pénalisation des usagers et des travailleurs".

 

Des usagers, des travailleurs et des citoyens dans leur ensemble. Entre 2000 et 2013, la logique de privatisation a conduit à l'augmentation du titre de Métro à Lisbonne de 180 %. Dans le même temps, le service se dégrade et 221 postes ont été supprimés depuis 2009.

 

Le hold-up des privatisations : voilà l'origine de la dette !

 

Le Portugal dispose d'une base industrielle faible mais il possède un réseau d'infrasctures de bon niveau dans l'eau, l'électricité, les postes et les chemins de fer, ainsi que d'un système de santé longtemps réputé pour sa qualité.

 

Ses infrastructures, services nationaux, dernières ressources du pays sont la convoitises des groupes internationaux, qu'ils soient français, allemands, américains, chinois ou brésiliens.

 

L'électricité (EDP), la Poste (CTT), les aéroports (ANA) ou les assurances (Caixa Seguros) ont récemment été privatisés. Les prochains sur la liste sont les transports (CP, métro, TAP) et les services d'eau (EGF).

 

Ces entreprises ne sont pas des nains. EDP est l'entreprise la plus rentable du pays, avec 3 milliards d'€ de profits ces trois dernières années. Le montact exact de la concession accordée au groupe chinois qui en a pris possession en 2012.

 

Air Portugal ou TAP est la première entreprise exportatrice du pays, avec 8 millions de passagers par an, et un rôle de redistributeur européen privilégié vers le Brésil.

 

Quand on sait que les 10 premiers aéoports portugais gérés par l'ANA ont été bradés à Vinci en 2013 pour 3 milliards d'euros pour les 50 ans à venir, on s'aperçoit de l'ampleur du hold-up.

 

Un chiffre pour comprendre l'ampleur de l'hypocrisie sur la dette et l'austérité : depuis 1989, 240  entreprises ont été privatisées. Les entreprises privatisées appartenant au PSI 20 (CAC 40 portugais) ont réalisé entre 2004 et 2010 39 milliards d'euros de profits.

 

Cela représente sept milliards d'euros par an de moins de recettes pour l’État. Ces sept milliards, c'est exactement le montant du déficit public portugais en 2011.

 

De 1989 à 2012, la dette publique portugaise est passée de 54% du PIB à 120%, une dette fabriquée par une politique de casse de l'appareil productif national et de braderie du patrimoine public aux intérêts privés.

 

 

En France, la CGT appelle à construire un mouvement national dans les transports. C'est déjà le cas au Portugal avec la combative et puissante CGTP : construisons la convergence des luttes, la solidarité internationale en organisant notre mouvement de lutte, ici, en France !

Mercredi 29 octobre 2014 3 29 /10 /Oct /2014 07:15
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Jacob-Walles-BCE-16-12-2013-photo-Nidaa-TounesA Tunis, l'ambassadeur américain "dégagé" d'un bureau de vote par des manifestants dénonçant les ingérences étrangères. Bien vu !

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Légende de la photo : l'ambassadeur américain Walles est le premier à rencontrer les deux futurs "maîtres" de la Tunisie - Rachid Ghennouchi, leader d'Ennahdha et Beji Caid Essebssi de Nidda Tounes, après la nomination du gouvernement éclair de Jomaa, le 16 décembre 2013

Voir l'article de fond sur les élections : Tunis, ville à vendre? Trois ans après la révolution tunisienne, les affairistes, le patronat ont repris contrôle de la scène politique  

 

L'avenir s'annonce compliqué pour le peuple tunisien. Les résultats ne sont pas encore officiels, mais l'hégémonie des forces économiques néo-libérales est nette. Certains Tunisiens n'ont pas perdu le Nord, ce dimanche, ils ont protesté contre les ingérences étrangères, visant l'ambassadeur américain en représentation à Tunis.

 

Ce dimanche, l'ambassadeur américain en Tunisie était en représentation dans les rues de Tunis, faisant le tour des bureaux de vote, vantant les 155 observateurs américains dépêchés pour surveiller le scrutin.

 

Tout devait se passer comme prévu : photos pour les journaux avec des Tunisiens enthousiastes, interviews pour la radio louant la démocratie tunisienne.

 

L'ambassadeur américain accueilli aux cris de "Dégage" à Tunis !

 

Tout ne s'est pas passé comme prévu dans un bureau de vote, rue de Marseille, dans le centre de Tunis. Jacob Walles a été accuelli au cris de "Dégage", avec des slogans dénonçant les ingérences des Etats-unis et du Qatar dans le scrutin.

 

Jacob Walles a quitté le bureau sous ses cris de "Dégage". L'ambassade américaine a reconnu l'ensemble de la scène, minimisant toutefois le fait qu'il ait été contraint à partir précipitamment sous la pression populaire.

 

"Les USA derrière la Tunisie quel que soit le vainqueur" ? Bien sûr !

 

M.Walles s'est toutefois fendu en déclarations dithyrambiques sur le scrutin constatant qu'il s'agit d'un "grand jour pour la Tunisie" et que les "Etats-unis continueraient à soutenir la Tunisie, indépendemment du vainqueur des élections".

 

M.l'Ambassadeur ne prend pas trop de risques. Les combinaisons politiciennes sont multiples après le scrutin. Aucune ne mettra en danger les intérêts économiques et géopolitiques des Etats-unis.

 

Là où ce fut le cas dans la région depuis 2011, les Etats-unis sont intervenus : guerre en Libye en 2011, coup d'Etat militaire en Egypte en 2013. Quand ses intérêts sont garantis, ils sont prêts à jouer la mise en scène, la farce électorale.

 

En Tunisie, on se rappelle qu'en 2009, le parti Ennahdha avait contacté l'ambassade américaine pour les rassurer sur leur programme pro-capitaliste et américano-compatible.

 

Décembre 2013, après la nomination du cabinet Jomaa, l'ambassadeur rencontrait successivement les leaders d'Ennadha et Nidaa Tounes - même si ce dernier n'était pas encore un parti majeur, il l'a rencontré en premier ! - pour s'assurer de la transition de la Tunisie vers un ordre stable, dans les intérêts des USA. L'ambassadeur avait insisté sur le "dialogue national", l' "union nationale". Un élément à prendre en compte pour la suite.

 

Un consensus néo-libéral à 90 % : est-ce la volonté du peuple tunisien ?

 

Les diverses sources convergent sur les grandes lignes du scrutin. Si on suit les estimations dee l'agence de presse turque Anadolou : les "modernistes libéraux-républicains" de Nidaa Tounes seraient largement devant en voix, premier en députés (38%) talonnés par les islamistes-libéraux d'Ennahdha (31%, moins selon d'autres sources)

 

Suivent deux partis néo-libéraux, menés par des affairistes ambitieux : l'UPL (8 %) du milliardaire britannico-tunisien Slim Riahi, Afek Tounes (4 %) de l'homme d'affaires Yacine Brahim qui se vante d'être le parti qui compte le plus d'entrepreneurs dans ses rangs !

 

Cela fait pour les forces acquises au libéralisme économique, portées par les hommes  d'affaires et le patronat, de 80 à 90 % des sièges. Est-ce cela pour quoi les Tunisiens se sont battus en janvier 2011 ?

 

Les partis fantoches de centre-gauche, corrompus et opportunistes, de la "Troika" (alliance de pouvoir avec Ennahdha) sont balayés mais présents : le Congrès pour la République (2 %) de l'ami de la France Moncef Marzouki et les sociaux-démocrates d'Ettakatol (1%)

 

Seul le Front populaire - regroupant autour du Parti des travailleurs des formations marxistes et nationalistes de gauche - sauverait l'honneur, regroupant 5 % des sièges. Nos camarades d'Al-Massar, regroupés dans l'Union pour la Tunisie, n'auraient aucun siège.

 

Les chiffres pourraient encore varier beaucoup dans le détail, les grandes lignes ne changeront pas. Les sondages sérieux et officieux - de source américaine - annonçaient ce tableau. D'où l'absolue sérénité de l'ambassadeur américain devant un scrutin joué d'avance.

 

Deux scénarios de combinaisons politiciennes. Un seul gagnant : le patronat acquis à l'austérité du FMI !

 

Les scénarios ne sont pas infinis, en fait ils sont fondamentalement deux :

 

A - Une alliance modernisatrice de centre-droit (Nidaa + Afek + UPL), sur des bases libérales, en alliance avec les USA, les pays européens, obéissant au FMI, avec une marge fragile :

 

Nidaa Tounes mènerait ce bloc, en alliance avec Afek Tounes et l'UPL. Ils pourraient seuls avoir la majorité, mais guère plus de 51 %, ils auront peut-être 60-65 % avec une myriade de petits partis. Cela pourrait rendre cette alliance de bon sens assez instable.

 

Toutefois, les convergences peuvent se faire sur trois points : (1) réalisation des réformes structurelles, la libéralisation de l'économie, les privatisations et réductions de salaire exigées par le FMI ; (2) sécularisation d'un Etat de droit, rétablissement de l'ordre favorable aux investisseurs ; (3) partenariat privilégié avec les USA, les pays européens, et d'abord la France, premiers investisseurs du pays.

 

On remarque chez ces trois partis les plus grandes fortunes du pays (les Elloumi, Bouchamaoui, Charfeddine, Riahi, Zouari, Klebi), ainsi que les anciens cadres de l'appareil d'Etat Ben alistes recyclés chez Nidaa Tounes. C'est une preuve de sérieux pour les investisseurs étrangers, a-t-on pu retrouver  dans la presse économique internationale !


La majorité des têtes de liste de Nidaa Tounes était composée d'hommes d'affaires, de membres éminents du patronat. Afek Tounes pouvait, elle, compter sur 25 % d'entrepreneurs ... chez ses adhérents !

 

Si le camp modernisateur-libéral obtient un écart suffisant, il offrirait les meilleures garanties en terme de politique néo-libérale. Avec le soutien du patronat (l'UTICA), et peut-être un temps du syndicat (UGTT). On retrouve d'ailleurs des figures du patronat et du syndicat dans Nidaa Tounes !

 

Le risque est de donner trop d'influence aux islamistes dans l'opposition, avec le risque de déstabiliser le pays, bien qu'ils ne soient pas désireux de la canaliser sur des bases sociales, trop d'accord avec cette politique d'austérité qu'ils ont tenté d'appliquer depuis 2011!

 

2 -  Une "union nationale" islamistes/laics, sur des bases économiques libérales, en alliance avec les USA et les monarchies du Golfe, obéissant aux diktats du FMI

 

C'est le rêve du patronat (UTICA), des investisseurs étrangers américains et du Golfe : une "union nationale" entre islamistes d'Ennahdha et modernistes de Nidaa Tounes.Ils pourraient bénéficier de près de 75 % des voix, voire plus avec Afek et l'UPL.

 

C'est la formule idoine, trop fragile avec la faiblesse des petits partis de la Troika après 2011. La puissance de Nidaa Tounes la rend inébranlanble politiquement. Depuis 2011, l'UTICA ne cesse de pousser à l' "union nationale", à un "gouvernement technocratique", favorable au business local et international, attaché à la modernisation ( = libéralisation) du pays.

 

Ce schéma est-il possible après le scrutin de dimanche? Bien entendu.  Les islamistes ont déjà salué, très fair-play, la victoire de Nidaa Tounes. Rachid Ghannouchi s'étaient dit prêts à collaborer avec Nidaa après le scrutin. Le leader de Nidaa n'a pas refusé cette main tendue.

 

Nidaa et Ennahdha peuvent s'entendre sur l'essentiel : une politique de libéralisation de l'économie, les réformes structurelles nécessaires, exigées par le FMI, la Banque mondiale. Au niveau international, une bonne entente sans vague avec les USA, l'Europe, le Qatar est dans les intérêts de tout le monde.

 

Rappelons-nous ces paroles du baron des affaires Mohammed Frikha, soutien d'Ennahdha :

 

« l'UTICA a proposé aux différents partis, dont Ennahda, d'intégrer des hommes d'affaires dans leur liste. Il est vrai qu'il existe un certain consensus sur la ligne économique, notmament chez Ennahda, Nidaa Tounès, et d'autres comme Afek ».

 

Ce scénario n'est pas gagné d'avance. Il constituerait une énorme trahison pour tous les Tunisiens qui ont voté les laics de Nidaa pensant faire barrage aux islamistes. Les divergences sur la conception de l'Etat, la place de la religion dans la société ne sont pas minces.

 

On est encore dans de la politique-fiction. Sans doute jusqu'à demain quand vont commencer les tractations. La désillusion risque d'être terrible pour les Tunisiens : dès les premières alliances nouées, dès les premières mesures d'austérité tombées. Mais une bonne partie du peuple tunisien n'est pas dupe, celle qui crie "dégage" aux ambassadeurs étrangers venus faire la loi en Tunisie !

 

Cet épisode est évoqué dans cette vidéo officielle des visites de l'ambassadeur américain : https://www.youtube.com/watch?v=8s_bLiBFbM0

 

 

Mardi 28 octobre 2014 2 28 /10 /Oct /2014 07:05
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Pyotr-Simonenko-copie-1Législatives en Ukraine

 

« Ces élections ne sont ni démocratiques, ni légitimes »

 

            Les médias français qui manifestaient un profond mépris, une indifférence royale pour les communistes ukrainiens, le troisième parti du pays, ayant rassemblé 3 millions d'électeurs en 2012 (14 % des voix) sont prêts à se réveiller pour souligner leur éviction du Parlement.


            Rien évidemment sur la chasse aux communistes menée depuis six mois, la dissolution du groupe parlementaire du troisième parti du pays, le procès visant à l'interdiction du Parti communiste, l'absence du Parti communiste parfois jusque dans les sondages ou listes officielles (!).


            Si, avec une fraude massive, une telle répression, la puissance dans la rue des milices fascisantes, l'impossibilité de fait pour les bastions du mouvement communiste (Crimée, Donbass) de s'exprimer électoralement, si avec tous ces éléments, les communistes parviennent à conserver des dizaines de milliers de voix et quelques pour-cents, ce sera une victoire.


            Nous ne pouvons en tout cas que souscrire à l'analyse du secrétaire-général du PC Ukrainien (KPU), Petro Simonenko :

 

Traduction MA pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

« Quel que soit le résultat du vote, le Parti communiste ne reconnaît pas ces élections comme démocratiques et légitimes », a déclaré le responsable du Parti communiste ukrainien Petro Simonenko, lors d'une réunion avec une délégation de députés européens, hier à Kiev.

 

S'adressant aux députés, répondant à leurs interrogations, Petro Simonenko a fait remarquer qu'au vu du déroulement de la campagne électorale, des conditions dans lesquelles elle s'est opérée, le futur parlement sera illégitime et ne reflètera pas la véritable diversité des opinions et des attentes de nos concitoyens.

 

« La politique criminelle du nouveau gouvernement ukrainien, qui a conduit à la perte de la Crimée, et à la guerre dans le Donbass, a complètement déformé la représentation électorale. En outre, une partie importante des résidents de l'Ukraine, de Crimée ont été privés de toute possibilité de prendre part au scrutin et d'exprimer leur volonté, ce qui fait que des millions d'électeurs sont contraints de voter par les armes, et ce n'est pas une métaphore », a déclaré le chef du Parti communiste.

 

Petro Simonenko a également rappelé aux députés que pendant la campagne électorale, le pouvoir s'est appuyé sur des groupes armés d'extrême-droite, néo-nazis, qu'il a brutalement persécuté ceux qui exprimaient un point de vue différent que celui officiel sur l'avenir du pays.


 « Tout était permis : chantage, menaces de violences physiques, enlèvements, torture. Les autorités nationalistes, liées à des oligarques cyniques, ont particulièrement harcelé les militants du Parti communiste. Nos candidats, responsables, militants ont été attaqués à plusieurs reprises, y compris avec la participation d'agences policières censées garantir l'ordre et transformées de plus en plus en une sorte de police politique, plus si loin des méthodes de la Gestapo », a ajouté Petro Simonenko.


Le secrétaire du Parti communiste d'Ukraine affirme également que, dès le départ, l'objectif de ce gouvernement est de détruire le Parti communiste.


« C'est compréhensible, seul le Parti communiste est dans l'opposition idéologique et politique au régime en place. Ce n'est pas un hasard si, à la demande des dirigeants de Maidan, nos bureaux ont été pris d'assaut et incendiés. Ce n'est pas un hasard si une loi anti-constitutionnelle a été votée qui dissout notre groupe parlementaire et prive ainsi les trois millions de citoyens qui ont voté pour nous en 2012 de leur représentation au Parlement. Ce n'est pas un hasard si sur la base d'accusations fallacieuses, a commencé un procès politique visant à interdire le Parti comuuniste. Certains avocats européens évoquent un 'tribunal de l'Inquisition' pour qualifier l'autorité chargée du procès », souligne le leader communiste ukrainien.


Par ailleurs, il existe des preuves assez sérieuses que le régime, peu sûr de sa victoire, prépare une fraude massive. A cette fin, plus de 10 millions de bulletins supplémentaires ont été imprimés, une façon éhontée et manifeste de manipuler, d'instrumentaliser le nombre réel d'électeurs, une fraude électorale aux  « âmes mortes » [NdT : selon une nouvelle de Gogol, pour les Ukrainiens, c'est une référence au fait de "faire voter les morts" comme on dirait en France]. Dans tout le pays, s'est formé un « réseau parallèle », avec un serveur de transfert de données ajustant les résultats du vote en faveur de la junte.


« Ainsi - a conclu Petro Simonenko face aux députés - il temps d'enlever les lunettes qui font voir à certains la réalité en rose, et reconnaître que ces élections anticipées en Ukraine qui ont lieu ce 26 octobre 2014 ne peuvent pas être reconnues comme démocratiques, ni légitimes : ce furent les élections les plus sales et corrompues de l'histoire de l'Ukraine  ». 

Lundi 27 octobre 2014 1 27 /10 /Oct /2014 06:24
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mst_bandeira_grande.jpg « Les sans-terre brésiliens attendent toujours la réforme agraire », entretien avec le leader du MST sur leur vote (critique) pour Dilma

 

Traduction JC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Nous vous livrons ici un entretien de « Carta Maior » avec Joao Pedro Stedile, fondateur et principal dirigeant du Mouvement des travailleurs sans-terre (MST).

Il livre son analyse critique de dix ans de social-libéralisme mené par Lula puis Dilma – qui n’a pas tenu sa promesse fondamentale de donner la terre aux paysans –  même s’il appelle à voter pour la candidate du PT au second tour pour faire barrage à la droite néo-libérale.

 

Q : Le MST s’est positionné de façon critique par rapport au gouvernement, surtout sur la question agraire, mais pas seulement. Pour qui allez-vous voter dimanche ?

R : Je vais voter pour Dilma, Tarso Genro, Olivio Dutra [NdT : outre la présidente, les deux autres sont dirigeants régionaux du Parti des travailleurs-PT] et les candidats que le MST soutient dans l’Etat du Rio Grande do Sul. Je souhaite, comme la majorité du peuple brésilien, des changements. Des changements pour améliorer les conditions de vie du peuple. Le néo-développementalisme pratiqué jusqu’à présent a été important pour faire barrage au néo-libéralisme et gérer une transition. Il a rétabli le rôle de l’Etat, une croissance avec redistribution des richesses.

Mais cette politique arrive à bout, vu qu’une bonne partie de la bourgeoisie se trouve désormais dans l’opposition, et au vu aussi de la conjoncture économique internationale. Le prochain mandat devra voir des changements structurels, qui modifient la politique économique, notamment la politique de rigueur budgétaire et la structure fiscale. Ce sont les conditions qui nous permettront de mobiliser les ressources nécessaires pour dépasser les 10 % du PIB dans l’éducation, pour la santé, le logement, la réforme agraire et les investissements importants dans des transports publics de qualité, que paye la population.

Dans le champ politique, il faut convoquer une assemblée constituante. C’est la seule façon d’aboutir à une réforme profonde du système politique. Nous voulons également des changements dans la façon de mener la politique agricole, agraire. Si le gouvernement Dilma n’a pas la force d’aller dans cette direction, nous aurons quatre ans d’instabilité politique. Le peuple retournera dans la rue.

 

Q : Pourquoi, selon vous, les gouvernements du PT n’ont pas réalisé intégralement leurs programmes et les engagements conclus avec les mouvements sociaux ?

R : Bien, tout d’abord, je ne considère pas les gouvernements Lula et Dilma comme étant PT, à proprement parler. Ce furent des gouvernements d’alliances de classes, où se trouvaient toutes les classes sociales, depuis le banquier Meireles, jusqu’aux plus pauvres bénéficiaires de la Bolsa Familia. En termes de partis, il y avait une coalition de plus de dix partis, avec le poids éternellement conservateur du PMDB et des autres opportunistes.

D’autre part, ce furent des gouvernements qui ont encore vécu dans une période historique de reflux des mouvements de masse, défaits politiquement et idéologiquement dans les années 1980, et qui ne sont pas parvenus encore à repartir à l’offensive, dans les luttes, dans la rue. Et finalement, le PT en tant que plus grand parti de gauche, avec toute son influence dans les masses et les organisations populaires, a abdiqué son rôle d’organisateur politique, a renoncé à son devoir de formateur idéologique, se résignant à son rôle médiocre de machine à partager les postes publics.

Il s’est donc sclérosé idéologiquement. Nous espérons qu’il y aura, dans la période suivante, une relance du mouvement de masses. Les mobilisations de juin furent un signal d’alerte. Le plébiscite pour la Constituante de la réforme politique, avec près de 8 millions d’électeurs participants, en est un autre.

 

Q : Face au front unique conservateur – qui était prêt à un moment à porter Marina à la victoire contre Dilma – le PT a changé son discours. A Sao Paulo, lors d’un bilan de la campagne, le 5 septembre, Lula dit qu’il fallait délimiter le terrain de classe de l’élection. Est-ce un signal de changement ?


La candidature Dilma a eu la chance que la bourgeoisie s’est divisée : une partie la soutient, une partie soutient Aecio, une autre Marina. Ils ne sont pas tombés d’accord sur un leader qui pouvait exprimer la volonté de changement, dans une optique de droite. Ni Aecio, ni Marina ne l’ont exprimé. Les campagnes électorales ont été prises en otage par le financement des entreprises et la logique du marketing électoral. Le peuple a été dépossédé de la campagne.

Pire : cela nous a privé de la possibilité d’un débat réel sur les problèmes du pays. Cela a tourné en une campagne tout en coups de com’. Les personnes qui sont dans la rue pour distribuer les tracts le font pour l’argent. Ils sont payés, employés, ce ne sont pas des militants. Une preuve de plus de la crise de participation et de représentation. Je crois que Lula, toutefois, qui est encore le meilleur leader populaire que nous ayons, l’a bien perçu, et ce fut le grand moment des interventions lors de cette campagne, car il a fait une lecture de la situation de la lutte des classes et défendu la nécessité d’une assemblée constituante pour faire une profonde réforme politique, qui remette le peuple, les militants et la lutte pour les idées et les projets au cœur du débat.

 

Q : Le poids du rapport de forces explique, pour partie, le recul du camp progressiste. Pourquoi, en 12 années de gouvernements progressistes, n’a-t-on pas réussi à changer ce rapport de forces ?

R : Il y a plusieurs facteurs conjugués. La défaite de 1989, l’hégémonie du néo-libéralisme et l’empire omnipotent des États-Unis, ont imposé une défaite politique, économique et idéologique à tous les travailleurs dans le monde. Ces défaites ont conduit au sacrifice d’une génération, maintenant la classe laborieuse gagne en conscience, mûrit, reprend l’initiative de la lutte. Le processus de désindustrialisation de notre économie, d’autre part, a brisé l’échine de la classe ouvrière industrielle, qui était notre secteur le mieux organisé, le plus fort et politisé, dont sont issus Lula et le PT.

Nous vivons encore une crise idéologique au niveau de la gauche mondiale. Il nous manque un projet clair de transition du capitalisme au socialisme. Cela rend difficile la construction de processus unitaires et de programmes à court-terme pour les forces populaires, qui changent le rapport de forces. Et pour finir, le PT, principal parti de gauche en théorie, n’a pas réussi à porter la formation politique et la lutte idéologique parmi ses militants et dans la société. On ne peut pas concevoir qu’un parti avec 800 000 adhérents, n’ait pas de cours de formation politique, ni même un journal national qui oriente et débatte avec les militants.

 

Q : Dans quelle mesure le monologue conservateur dans les médias interdit ce changement dans le rapport de forces ?

R : La bourgeoisie joue son rôle pour maintenir l’hégémonie économique, politique et idéologique dans la société. Elle ne nous attend pas. En cela, elle contrôle et gère trois instruments politiques en même temps.

En premier lieu elle a le contrôle absolu sur le pouvoir judiciaire – il suffit de voir le comportement de la Cour suprême fédérale (STF) dans l’Action pénale (AP) 470 [NdT : elle porte sur le « mensalao », un scandale de corruption impliquant 37 députés du Parti du Travail de Lula], ou le manque de courage de juges qui s’attribuent une prime logement de 1 500 € par mois, en même temps qu’ils n’hésitent pas à autoriser des actions pour déloger les occupants qui luttent pour le droit au logement.

Deuxièmement, elle contrôle le parlement, toujours plus agent des 117 entreprises qui financent 90 % des campagnes des candidats dans ce pays. Ils transforment le parlement en un conseil d’administration et une ligne de front des idées conservatrices pour détruire les droits conquis depuis 1988, dans la Constituante.

Et enfin, elle contrôle de façon absolue les médias de masse. O Globo est aujourd’hui le principal parti idéologique de la bourgeoisie brésilienne.

C’est elle qui exerce le rôle d’orientateur politique et de formation idéologique de masse, avec les idées de la bourgeoisie. Voilà pourquoi il est fondamental de réaliser une réforme politique vaste et profonde, qui ne comprenne pas seulement le mode d’élection des candidats pour le gouvernement ou le parlement.

Mais cela porte aussi sur le rôle du pouvoir judiciaire et la démocratisation des médias. Sans cela, nous n’aurons pas de démocratie. Même bourgeoise !

 

Q : Face à la fragilité de ses poulains électoraux, le conservatisme a sauté dans un autre wagon : la thèse qu’un « ajustement douloureux » dans l’économie serait inévitable en 2015, quelque soit le gagnant. S’agit-il d’une tentative pour vider de toute substance un second gouvernement Dilma, avant même son entrée en matière ?

R : La bourgeoisie utilisera toutes les armes que nous avons mentionnées pour radicaliser la subordination du Brésil à l’économie des États-Unis, c’est-à-dire, aux intérêts des banques et des multi-nationales. Ils veulent un pays qui ne soit qu’un simple exportateur de matières premières, minérales, énergétiques et agricoles. Mais cela ne crée pas d’emplois ni ne développe l’économie.

Le pré-sel peut jouer un rôle, mais sectoriel. Nous, dans les mouvements sociaux, lutterons pour qu’il y ait un vrai changement. Cela signifie dépasser la politique de rigueur budgétaire, générant un excédent pour payer les taux d’intérêt de la dette à 15 000 familles, pour rediriger les ressources vers les investissements productifs, dans l’éducation, la santé, les transports publics. Nous avons besoin d’une réforme fiscale qui change la matrice actuelle, qui ne fait que pénaliser les travailleurs.

Le gouvernement doit contrôle le taux d’intérêt, pas seulement le SELIC (Système spécial pour les liquidités et le contrôle – gérant les opérations d’échange de titres publics sur le marché inter-bancaire), mais aussi les taux imposés par les banques au peuple, qui paye en moyenne 48 % d’intérêt par an. Et intervenir sur le taux de change, pour éviter que l’industrie brésilienne ne s’effondre. Finalement, il faut abroger de toute urgence la loi Kandir qui exonère d’impôts les exportateurs de matières premières. C’est une absurdité.

On exporte des milliards de matières premières minérales, énergétiques et agricoles, cela ne rapporte pas d’impôt au Brésil. Un argent qui pourrait contribuer pour investir dans les services publics est légalement enlevé à la population.

A Vale do Rio Doce, par exemple, on a exporté des milliards de tonnes de fer, sans payer le moindre impôt. On est le plus grand exportateur de soja au monde. Et personne ne pays d’impôt ! En Argentine, les exportateurs de soja payent 40 %. Comme on voit, ce sera une période de lutte intense, autour des grandes lignes de la politique économique. Et si le changement ira contre les intérêts des travailleurs, on entrera dans une crise politique grave.

 

Q : Que diriez-vous aux jeunes qui hésitent à voter pour Dilma, pour les raisons dont nous avons parlé ?

R : Les jeunes ont le droit de ne plus avoir confiance, et ne pas savoir pour qui voter. Il y a des raisons pour ne pas croire en ceux en qui on devrait avoir confiance. Au vu de la conjoncture historique exposée ici, nous vivons une période où la jeunesse est absente de la politique et ne peut s’identifier à aucune institution. Ni dans l’Eglise, ni dans les syndicats, ni dans les partis. Et encore moins dans les gouvernements, qui ne se réveillent dans leur rôle dirigeant que lorsque le couvercle social saute.

Donc, la jeunesse est désabusée face à la politique institutionnelle. C’est salutaire. S’ils en étaient satisfaits, cela voudrait dire qu’ils sont vieux et conservateurs. Mais elle doit participer à la politique d’une autre manière, de façon plus intense. En ce moment même, dans les mobilisations pour le plébiscite visant à une Constituante avec une réforme politique, c’est la jeunesse qui a mené le processus.

Cela ne suffit pas, toutefois. Il faut être lié aux organisations de la classe ouvrière, pour que nous puissions ensemble construire un programme unitaire de changement. La protestation, ce n’est qu’un début. Cela ne construit pas le changement. Les changements viendront d’un programme unitaire, qui parvienne à agglomérer les forces organisées du peuple, des travailleurs, avec un rôle actif de la jeunesse. Pour les élections, je crois que la jeunesse va se partager entre abstention, vote nul, vote Dilma et vote Luciana Genro. Je crois que la jeunesse qui a voté Marina en 2010 a perdu ses illusions sur elle.

 

Q : Dans le documentaire « A la recherche de terre sans poison », vous posez la nécessité de remettre au goût du jour la revendication d’une réforme agraire. Quelle réforme agraire répondra aux défis du XXI ème siècle ?


R : Le siècle dernier, la réforme agraire répondait à une nécessité de démocratiser la propriété de la terre. La lutte principale, donc, était dirigée contre la grande propriété terrienne (latifundio), en générale improductive. De façon générale, ce programme de réforme classique a été mis en place dans le cadre de gouvernements bourgeois nationalistes.

Au Brésil, on n’est jamais parvenu à faire ce type de réforme agraire. On y était presque lors de la crise de 1964, avec la proposition de réforme de Celso Furtado et Joao Goulart. Le MST s’est développé sur la base de ce programme : la terre à ceux qui la travaillent.

Hélas, ce n’a pas eu lieu au Brésil. Désormais, avec le capitalisme financier et les multi-nationales dominant l’agriculture, la lutte ne porte plus seulement sur la terre. La lutte porte sur le mode de production agricole. La lutte porte sur le destin des ressources naturelles. Nous voulons changer de modèle. D’abord pour produire des aliments sains pour toute la société. De la nourriture qui ne soit pas empoisonnée. En même temps, il faut adopter la veine technologie de l’agro-écologie : produire en équilibre avec la nature, sans détruire la bio-diversité qui change l’environnement et le climat. Et il nous faut organiser l’agro-industrie sous la forme de coopératives, pour produire ces aliments. Et maintenant nous sommes face à un nouveau modèle que nous appelons « réforme agraire populaire ».

 

C’est un mot d’ordre qui n’intéresse pas seulement les paysans, qui veulent la terre pour travailler. Désormais, les changements intéressent le peuple dans son ensemble. Cela intéresse tous ceux qui ne veulent pas tomber malade, mourir de cancer après avoir mangé des produits agricoles toxiques, dont le Brésil est le plus grand consommateur mondial. Cela intéresse tous ceux qui souffrent dans les villes, expulsés des champs ; et ceux qui son préoccupés par le désordre climatique actuel, comme le démontre la pénurie d’eau à Sao Paulo. Cela sera l’avenir de l’agriculture, et en vérité, la seule possibilité de survie pour nous.

Dimanche 26 octobre 2014 7 26 /10 /Oct /2014 06:31
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artiga.jpgSolidarité avec la Jeunesse communiste du Vénézuela dont le siège a été incendié par des milices fascistes !

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

On le disait après la mort du commandant Hugo Chavez : 2014 serait l'année de la révolution socialiste, ou d'une terrible réaction de l'oligarchie, de l'impérialisme, n'hésitant pas à user de milices fascistes pour briser le bloc révolutionnaire. Comme toujours, les attaques contre les communistes sont le prélude à une offensive contre-révolutionnaire générale.

 

Après l'assassinat du député révolutionnaire du PSUV Robert Serra, 27 ans, la jeunesse révolutionnaire subit une nouvelle attaque de la part de bandes d'extrême-droite, bien décidée à semer la terreur pour inverser le processus révolutionnaire.

 

Ce mardi 21 octobre, à 2 h 30 du matin, le siège national de la Jeunesse communiste du Vénézuela (JCV) a été victime d'un attentat terroriste qui aurait pu coûté la vie à plusieurs dirigeants et militants de la JC présents dans le local situé à Artigas, dans le quartier d'El Paraiso, à Caracas.

 

Un attentat qui aurait pu coûter la vie à sept personnes

 

Le siège de la JCV a été attaqué par des engins explosifs incendiaires lancés depuis plusieurs points, de façon simultanée, touchant la façade, la salle de réunions. L'incendie a d'abord pris le premier niveau de l'immeuble, à 3 h du matin, laissant des traces importantes de combustion sur la façade.

 

Les camarades de la JC – selon le communiqué officiel du Parti communiste vénézuelien – ont agi « de façon opportune et avec sérénité », contenant l'incendie avant que les pompiers et la Police nationale que ne constate l'état des dégats.

 

L'intervention des Pompiers du District Capitale a sauvé la vie à cinq jeunes communistes, ainsi qu'à deux camarades plus anciens, de 48 et 80 ans.

 

Selon le Bureau politique du Parti communiste du Vénézuela et la Commission exécutive nationale de la JCV – réunis en urgence dans la matinée – il s'agit d'un fait qui s'inscrit « dans le déroulement d'un plan des franges les plus réactionnaires de la droite pour effrayer, démoraliser et frapper les forces du mouvement populaire révolutionnaire. »

 

La Jeunesse communiste du Vénézuela a ajouté que « ce fait s'inscrit dans l'escalade de violence imposée par le fascisme depuis février, executée par des mercenaires et des groupes para-militaires au service de l'extrême-droite pro-impérialiste ».

 

Pour le Bureau politique du PCV, la priorité va à une enquête prompte par les autorités pour « faire la vérité sur les faits ; identifier et punir les responsables matériels et intellectuels ».

 

Les jeunes du PSUV, ouvriers, catholiques progressistes, solidaires avec la JCV

 

Les démonstrations de solidarité se sont multipliées dans les jours suivants.

 

Elles sont venues d'abord des alliés des communistes réunis dans le « Grand pôle patriotique de jeunesse » (GPPJ), mené par la jeunesse du Parti socialiste unifié du Vénézuela (PSUV) d'Hugo Chavez et Nicolas Maduro.

 

Le Grand pôle patriotique de la jeunesse, par la voix de son porte-parole Kariana Garcia, a « exprimé sa solidarité avec la Jeunesse communiste du Vénéuela face à l'attaque terroristesubie par l'organisation de jeunesse communiste », affirmant que « aujourd'hui plus comme jamais, nous marcherons unis pour approfondir la révolution socialiste. »

 

Outre les représentants du Grand pôle patriotique de la jeunesse, de la jeunesse du PSUV, plusieurs autres organisations de masse ont exprimé leur solidarité tels que la Centrale ouvrière des travailleurs et la Jeunesse ouvière catholique.

 

Une initiative a été organisée par l'ensemble des organisations de jeunesse réunies dans le Grand pôle patriotique ce jeudi 23 octobre devant le Bureau du Procureur général pour dénoncer l'attentat terroriste.

 

Le camarade-président Maduro solidaire avec les jeunes communistes

 

La JCV a reçu aussi un soutien de marque, celui du 'camarade' président Nicolas Maduro :

 

« Les premières enquêtes nous confirment qu'il s'agit d'un attentat contre la Jeunesse communiste, contre le PCV. Je condamne cet attentat publiquement, et appelle toutes les forces politiques de ce pays à le condamner, ainsi que ceux qui peuvent, par le terrorisme et la violence, conduire le pays à un climat d'affrontement et de haine qui nous entraîne dans le chaos ».

 

Le président Maduro a salué l'attitude digne et responsable du PCV face à l'attentat, et réaffirmé la vigueur de l'alliance politique qui le lie aux communistes.

 

jcv fascismoLa solidarité doit désormais trouver une expression en France par la plus ferme condamnation de ces tentatives de déstabilisation du processus révolutionnaire au Vénézuela, de l'attaque brutale contre les jeunes communistes, qui reste le premier signal d'une contre-offensive fasciste d'ampleur.

 

C'est dans ce sens que va la lettre de solidarité du secrétaire-général du MJCF (Mouvement de jeunesses communistes français) Nordine Idir exprimant « notre plus chaude et sincère solidarité à votre égard » et concluant que « le fascisme et la contre révolution ne passeront pas. ».

 

Les communistes français, fidèles à leur tradition de solidarité internationale crient haut et fort : solidarité avec nos camarades vénézueliens attaqués ! Le fascisme, la contre-révolution ne passeront pas ! Vive la révolution bolivarienne et socialiste !

 

 

 

Samedi 25 octobre 2014 6 25 /10 /Oct /2014 11:22
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544519e13570eece12f899b4.jpgLes grèves spontanées se multiplient sur le rail en Belgique : les conducteurs mobilisés contre leur « réforme ferroviaire » !

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La presse belge crise à la prise d'otages, la direction de la SNCB (SNCF belge) voit un complot communiste, la droite extrême flamande appelle à supprimer le droit du grève. La faute à la lutte des conducteurs de train wallons qui refusent la casse du service public du rail.

 

Alors que les directions syndicales demandent patiemment aux travailleurs belges d'attendre la grève nationale du 15 décembre pour exprimer leur colère face à la politique d'austérité, les bases syndicales l'entendent autrement.

 

Les cheminots, plus précisément les conducteurs de train, ont pris l'offensive à la base. Ils s'étaient déjà mobilisés massivement le 30 juin dernier, alors que 80 % du trafic avait été paralysé, et qu'aucun train ne circulait en Wallonie et à Bruxelles.

 

La Louvière, Charleroi, Liège : les conducteurs wallons en grève

 

Depuis vendredi dernier, il ne se passe pas un jour sans que ce que les médias appellent des « grèves sauvages » frappent le réseau de chemin de fer belge.

 

La direction de la SNCB devient folle. Par la bouche de son administrateur-délégué, Jo Cornu, elle dénonce des « actions inutiles », « inacceptables pour les usagers de la SNCB ».

 

Elle pointe du doigt les syndicats qu'il soupçonne d'organiser ces actions, elle accuse même les marxistes du Parti du travail de Belgique (PTB) d'être les instigateurs des mobilisations.

 

Peine perdue. Ces provocations n'ont fait que renforcer le mouvement parti vendredi des dépôts de La Louvière, où 132 trains ont été supprimés dans la journée, en particulier ceux en direction de Charleroi et Mons, tandis que des conducteurs ont occupé les voies.

 

Le mouvement s'est étendu lundi à Charleroi où 90 trains ont été supprimés dans la journée – touchant essentiellement la liaison avec Bruxelles –, et 60 % des conducteurs ont débrayé selon la direction. Les cheminots ont tout fait pour prévenir à l'avance les usagers des retards, annulations.

 

Enfin ce mardi, c'est au tour de Ligèe d'être touchée par la contagion des grèves. D'après les échos de la presse, la majorité des conducteurs était en grève, les liaisons avec Bruxelles et Maastricht (un symbole!) étaient particulièrement perturbés.

 

Seuls 8 des 21 conducteurs avaient pris leur service aux dépôts de Liège, Liers et Welkenraedt à 14 h. Moins de 50 % des trains vers Bruxelles circulaient à la même heure.

 

La mobilisation des cheminots a débordé les directions syndicales qui, selon l'administrateur-délégué de la SNCB ont affirmé leur adhésion au « dialogue social » et refusé toute action de grève d'ici le 15 décembre. Elle prend la forme d'actions spontanées, organisées au niveau local.

 

Les cheminots contre la « réforme ferroviaire » belge

 

Elle se construit autour du « Plan transport 2014 » et des prévisions budgétaires à l'horizon 2019.

 

Le plan prévoitla suppression de centaines de trains – notamment les premiers et derniers, mais aussi quantité de trains aux heures de pointe –, la hausse des tarifs et des trains aux trajets toujours plus longs. Le Bruxelles-Namur mettait 48 minutes en 1938, contre 51 minutes aujourd'hui !

 

Le gouvernement belge envisage également de supprimer 663 millions d'euros par an de dotation sur 5 ans. Cette coupe budgétaire aurait des conséquences dramatiques pour l'entretien du réseau mais aussi pour les emplois. Il se peut que 5 000 emplois (sur 35 000) soient supprimés.

 

C'est enfin la méthode de la SNCB, du gouvernement qui posent problème. Une mascarade de dialogue social qui lance un écran de fumée aux cheminots, tout en faisant passer les plans de casse du service public dans les coulisses du Parlement, des ministères.

 

La SNCB a connu une manœuvre en 2014 qui ressemble fort à ce qu'on connaît avec la « réforme ferroviaire » en France, sous l'argumentaire fallacieux avancé en 2005 comme en 2014 : celui de la dette du rail, de 4 milliards d'euros.

 

La SNCB avait été éclatée en 2005 en trois groupes : l'infrastructure, coûteuse et confiée à l'entreprise publique « Infrabel », et de l'exploitation du réseau, laissée entre les mains de la SNCB, se préparant à l'ouverture à la concurrence du transport de voyageurs intérieur.

 

Trois groupes car une troisième entité avait été créée, chapeautant les deux autres, la « SNCB Holding », propriétaire du patrimoine immobilier, employeur de l'ensemble du personnel et chargée de coordonner les efforts entre les trois entités.

 

Cette troisième entité, « SNCB-Holding », avait été présentée comme une contre-partie aux syndicats, une façon de garantir le maintien d'un statut unique des cheminots, et d'une structure unifiée dans la nouvelle SNCB.

 

L'évolution des conditions d'emploi à la SNCB a prouvé que ceci n'était que poudre aux yeux : l'éclatement de la SNCB en trois entités a été le point de départ de la casse du statut par la filialisation accélérée, concurrence intégrée au sein même de l'entreprise publique.

 

En 2014, ces trois entités ont été officiellement fusionnées en deux : la SNCB Holding était ré-intégrée à la SNCB, opérateur historique du réseau, tandis qu'Infrabel restait à la tête de l'infrastructure …

 

Ce qui n'empêche pas la création d'une nouvelle troisième entité, HR-Rail gérant l'ensemble du personnel. L'usine à gaz dénoncée avec l'éclatement de la SNCB en trois continue.

 

 

Les bases syndicales, le PTB soutiennent. Les usagers comprennent

 

Si les directions syndicales nationales freinent des quatre fers, c'est tout autre chose au niveau local. Les conducteurs de train des dépôts de Liège, Liers et Welkenraedt étaient réunis hier pour décider de la suite à donner au mouvement.

 

Ce mouvement spontané des conducteures a reçu rapidement le soutien des syndicats réunis en front commun, au moins au niveau régional.

 

« Nous sommes solidaires de cette action. Nous le faisons pour les citoyens, car c’est sur eux que les mesures d’économie voulues par le gouvernement fédéral vont avoir des répercussions  », a déclaré Thierry Moers, secrétaire régional CGSP Cheminots (branche cheminots de la FGTB).



« Même si les conducteurs réunis actuellement en assemblée générale décident de reprendre le travail, d’autres actions dans d’autres services ou d’autres villes ne sont pas exclues », a-t-il ajouté.



« Le gouvernement nous attaque de toutes parts, d’abord en tant que citoyens puis en tant que cheminots », estime Marc Eyen, permanent régional CSC (chrétiens). « La direction de la SNCB veut aller plus vite que ce que l’Europe impose en matière de libéralisation des chemins de fer, la ministre Galand évoque différents chiffres sans que l’on sache vraiment quelles seront les mesures d’économie, certaines lignes secondaires sont menacées. C’est un mouvement de ras-le-bol, ces mesures sont imbuvables ».



La solidarité s'exprime aussi au niveau politique, où même le député Ecolo Jean-Marc Nollet a dénoncé la position de la direction de la SNCB, du gouvernement : « On a vraiment l'impression que le gouvernement se fout de leur gueule », a-t-il dit dans Matin Première.



« Au niveau de la SNCB, on est déjà très en retard par rapport aux investissements. Il y a des problèmes énormes de place dans les trains, de ponctualité », rappelle-t-il, en soulignant que la baisse de 20 % des budgets, « c'est un train sur cinq qu'on supprime, c'est une gare sur cinq qu'on ferme », selon le chef de groupe Ecolo à la Chambre.

 

Le Parti du Travail de Belgique (PTB), formation marxiste qui ne cesse de progresser et vient d'entrer au Parlement, tout en déniant le fait qu'elle manipulerait les mobilisations, exprime sa pleine solidarité avec le mouvement, par la voix de Raoul Houdebouw, nouveau député de Liège :



« Le PTB soutient le plan d’action du front commun syndical. Au lieu de chercher un bouc émissaire et de repousser cette action dans un coin politique, Jo Cornu ferait mieux de s’en prendre aux économies que le gouvernement de droite impose aux chemins de fer. »



« C’est juste un peu trop facile de venir pointer du doigt le PTB alors que le gouvernement Michel-De Wever veut diminuer les dotations à la SNCB de plus de 663 millions d’euros par an d’ici 2019, explique Raoul Hedebouw. Tout le monde sait quelles vont en être les conséquences : plusieurs lignes seront supprimées, la sécurité est mise en danger et les tarifs vont augmenter. Il se peut aussi que 5 000 emplois disparaissent. C’est cela, le problème aujourd’hui. L’ennemi des chemins de fer publics, ce n’est pas le PTB, mais le plan d’économies du gouvernement de droite. »

 

Quant aux associations d'usagers Navetteurs.be et TreinTramBus si elles ont exprimé leur « déception » face aux actions sauvages, préférant la concertation. Elles ont fait savoir néanmoins le fait qu'elles comprenaient « l'agitation parmi le personnel ».

 

Une attaque contre le droit de grève au nom du « service minimum »

 

Il ne fait aucun doute que le traitement par le gouvernement, la direction de la SNCB, la presse du mouvement actuel visent à lancer une nouvelle attaque contre le droit de grève sur le rail en Belgique.

 

Il est pourtant déjà entamé depuis 2008 quand un protocole entre direction et syndicats stipulait qu'une grève doit être signalée par un préavis préalable de plusieurs jours afin de favoriser la voie de la concertation. Une façon déjà de limiter le droit de grève.

 

Maintenant, le gouvernement veut aller plus loin.

 

En avril, le projet de loi sur la « continuité du service public à la SNCB » a été adopté au Parlement.Il prévoitl’inscription dans le contrat de gestion « des modalités visant à enrayer les grèves spontanées, des sanctions financières et les possibilités de remboursement de l’usager si des grèves spontanées étaient déclenchées ».

 

Le but est naturellement d'empêcher ces « actions spontanées », ces « grèves sauvages » à Liège, Charleroi, La Louvière qui perturbent la paix sociale conclue entre directions syndicales et gouvernement à Bruxelles.

 

Le mouvement de cette semaine est un bras de fer aussi pour la défense du droit de grève. Le gouvernement laisse l'extrême-droite flamande partir à l'offensive sur la limitation, la suppression de fait du droit de grève.

 

Ainsi, la N-VA (Nouvelle alliance flamande) néo-libérale, régionaliste et raciste, a proposé un nouveau projet de loi qui inscrirait la limitation de la possibilité de grève dans des cadres tels qu'il signifierait l'impossibilité pratique des grèves spontanées dans la SNCB.

 

 

Nous l'annonçions en juin dernier, la rentrée se promettait chaude sur le rail Belge. Elle l'est. Le potentiel existe ici en Belgique, comme chez nous en France, ou ailleurs en Allemagne pour lutter contre ces « réformes ferroviaires », contre les atteintes au droit de grève. Solidarité avec nos camarades cheminots belges, leur lutte est aussi la nôtre !

Vendredi 24 octobre 2014 5 24 /10 /Oct /2014 06:18
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20130902152527__leaders-28.png.jpgTunis, ville à vendre? Trois ans après la révolution tunisienne, les affairistes, le patronat ont repris contrôle de la scène politique

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/ (* voir légende en fin d'article)

 

« Tout changer pour que rien ne change » ? Trois ans après la « révolution tunisienne », la vieille classe dominante tunisienne affairiste a repris la main, elle contrôle la transition vers un bi-polarisme sans danger pour le patronat local et les investisseurs étrangers.

 

Un immense espoir s'est levé il y a trois ans. Prenant de cours la bourgeoisie locale inféodée au pouvoir corrupteur de Ben Ali, prenant de cours la France prête à envoyer des troupes sur place pour mater la rebellion : la jeunesse, les classes populaires tunisiennes ont renversé la dictature.

 

Mais elles sont loin d'avoir renversé le pouvoir de classe qu'elle étayait. Après trois ans d'instabilité politique, de conflits sociaux, la bourgeoisie locale – divisée en entre « laics-modernistes » et « islamistes-conservateurs » – semble avoir trouvé la bonne formule pour gouverner.

 

Dans les sondages, c'est le mano à mano entre le bloc « laic » mené par le parti libéral centriste Nidaa Tounes et le bloc « islamiste » incarné par Ennahdha. Le premier a les faveurs du sondage, ainsi que de la majorité des hommes d'affaires, des patrons du pays.

 

Les deux blocs ne se sont pas cachés, affichant leur mépris ostensible pour le peuple, faisant la cour aux hommes d'affaires, aux patrons millardaires comme preuve de respectabilité. Plus on aurait d'affairistes dans son camp, plus on serait proches du pouvoir. Un calcul plein de bon sens.

 

« Tunis, ville à vendre, il suffit d'y mettre le prix ». Aujourd'hui, Jugurtha, fier numide, retournerait dans sa tombe. Ce n'est plus Rome mais Carthage qui est soumise à la corruption, au népotisme, à l'affairisme, objet des jeux des investisseurs étrangers comme des affairistes locaux.

 

Quand les islamistes font la cour aux millieux d'affaires

 

Le rapprochement d'Ennahdha avec les milieux d'affaires islamiques ne date pas d'hier. Avant la chute de Ben Ali, le leader du mouvement Rachid Ghannouchi avait déjà contacté l'ambassade américaine pour l'assurer de son adhésion l'agenda américain, à un capitalisme néo-libéral.

 

Le numéro 2 du parti, Hamadi Jebali, est le protégé des milieux d'affaires islamiques, du Qatar, des USA. Pendant son passage comme chef du gouvernement, il a flexibilisé les conditions d'investissement, notamment pour ses amis qataris oeuvré pour la mise en place d'un « gouvernement technocratique », anti-démocratique, dirigé par les experts et les banquiers. Il a enfin poussé Tunis, sur pression qatarie, à rompre ses relations avec la Syrie de Bachar al-Assad.

 

L'opération séduction passe désormais à un autre niveau : elle vise le patronat local autant que le FMI. Dans le programme d'Ennahdha, deux mots-clés, « réformes structurelles » et « libéralisation ».

 

Au programme, réforme du système fiscal, libéralisation du secteur bancaire, lever les obstacles aux investissements, réduction des coûts du travail et développement de la finance islamique !

 

Ennahdha a ouvertement revendiqué le fait qu'elle a proposé 9 hommes d'affaires, patrons tunisiens dans des postes éligibles sur ses listes.

 

Parmi ces hommes d'affaires, deux des premières fortunes du pays : Mohammed Frikha tête de liste à Sfax 2, PDG de Telnet et de la compagnie aérienne Syphax Airlines, et Walid Loukil, en 3 ème place à Ariana (Tunis), dirigeant du groupe financier Loukil.

 

On retrouve les hommes d'affaires Raouf Azzaz, Adel Daada, Tarek Dhieb, Imed Khemmari, Moez Haj Rhouma. Certains sont des hommes de pouvoir, tel Sami Fatnassi, tête de liste à Beja, ex-président de l'UTICA (MEDEF) régionalee, ou Habib Masmoudi, fils d'un ancien ministre.

 

D'autres préfèrent soutenir financièrement le parti. C'est le cas d'une partie de la puissante famille Bouchamaoui (pétrole, mines), ou encore du premier groupe privé du pays, Poulina (agro-alimentaire) d'Abelwahab Ben Ayed.

 

« Nidaa Tounes », favori du patronat tunisien, machine à recycler les Ben Alistes

 

Mais Ennahdha semble avoir une longueur de retard sur ce parti créé en 2012, à l'ascension fulgurante : « Nidaa Tounes » (L'appel de la Tunisie).

 

Une machine à recycler le vieux personnel politique usé, à propulser les jeunes affairistes ambitieux, dans un fourre-tout idéologique au vernis « moderniste », derrière l'étiquette « néo-destourienne ».

 

« Destouriens », « Bourguibistes » : le nom de code pour faire oublier son passé de collaboration, voire de direction sous le régime de Ben Ali. Dans les échelons locaux, régionaux, les anciens du RCD (le parti de Ben Ali) prennent le pouvoir.

 

« Nidaa Tounes » est à l'image de son chef, le vieux briscard, matois, de Beji Caid Essebsi. Cet ancien homme de pouvoir sous Bourguiba, proche des chancelleries européennes fut un opposant bien discret (« collaborateur » disent certains) au régime de Ben Ali. Il a été l'homme providentiel de la classe dirigeante tunisienne dans le chaos post-révolutionnaire.

 

« Nidaa Tounes » a commencé par se donner une image de gauche en allant piocher des dirigeants syndicaux de l'UGTT comme Taieb Baccouche, ou même d'anciens communistes tel Boujemaa Remili. Aujourd'hui, il drague les anciens ministres de Ben Ali et les hommes d'affaires.

 

Parmi les anciens de Ben Ali, Nidaa Tounes accueille tout de même en son sein le dernier secrétaire-général du RCD de 2008 à 2011, Mohamed Ghariani (même s'il a pris ses distances il y a peu). A Kef, la tête de liste est Abada Kefi, avocat attitré de la famille, des amis du clan Ben Ali.

 

Quant à la liste des hommes d'affaires, patrons locaux soutenant Nidaa Tounes, elle est longue, très longue. La majorité des têtes de liste aux législatives pour le parti Nidaa Tounes seront des hommes d'affaires, et pas des moindres.

 

Ainsi, Abdelaziz Kotti sera tête de liste à Ariana, Moncef Sellami à Sfax-2, tandis que Ridaa Charfeddine – connu pour être le président du club de football de l'Etoile sportive du Sahel – sera numéro un à Sousse.

 

Parmi les soutiens en or du parti, les femmes d'affaire Zohra Driss-Jnayeh ou Houda Tkaya – cette dernière également dirigeante de l'UTICA, le syndicat patronal –, ainsi qu'un des membres de la puissante famille Bouchamaoui, Anis Bouchamaoui, sur les listes à Gabès.

 

Mais c'est surtout crève l'écran la famille qui est la première fortune du pays : la famille Elloumi, menée par le parrain Faouzi Elloumi, figure de l'Ancien régime, président du groupe industriel Elloumi, spécialisée dans l'industrie.

 

Faouzi est un des soutiens majeurs et désormais des architectes du projet Nidaa Tounes, avec sa sœur Salma, candidate à Nabeul 2, et présidente du groupe agro-alimentaire Stifen.

 

Nidaa Tounes développe sans surprise dans son programme un projet « modernisateur », ce qui veut dire orienter vers la croissance, les exportations, l'attraction des investissements, avec un maximum de flexibilité et de décentralisation pour les acteurs économiques, la multiplication des projets d'investissements publics-privés, guidés par un Etat stratège au service du monde des affaires.

 

Le patronat, l'UTICA fait main basse sur la vie politique

 

Officiellement, le patronat – avec son syndicat, l'UTICA – adopte une position d' « observateur » face aux élections législatives d'octobre. Dans la réalité, elle met les billes dans chacun des paniers, s'assurant que le prochain gouvernement défende les intérêts du patronat.

 

La position de l'UTICA est peut-être la mieux incarnée par celle de la famille Bouchamaoui, enrichie dans le pétrole et les mines. Wided est à la tête de l'UTICA, tandis qu'Anis est sur les listes de Nidaa Tounes et une partie de la famille soutient financièrement Ennahdha.

 

Les Bouchamaoui ne sont pas la seule dynastie financière à se diviser, c'est le cas aussi de la famille Driss : si Zohra a choisi Nidaa Tounes, Moez (ancien président de l'Etoile sportive du Sahel) opte pour Ennahdha.

 

D'autres grandes familles affairistes se divisent de manière harmonieuse, ce sont les premières fortunes du pays : les Elloumi ont pris partie pour Nidaa Tounes, alors que les Loukil et les Ben Ayed préfèrent les islamistes.

 

Le baron des affaires Frikha a confié le rôle que joue en sous-main de l'UTICA :

 

« l'UTICA a proposé aux différents partis, dont Ennahda, d'intégrer des hommes d'affaires dans leur liste. Il est vrai qu'il existe un certain consensus sur la ligne économique, notmament chez Ennahda, Nidaa Tounès, et d'autres comme Afek ».

 

Car le patronat verouille par ailleurs complètement l'émergence de partis alternatifs à ce consensus. Ainsi en est-il pour le parti néo-libéral de l'UPL (Union patriotique libre) du tunisiano-britannique Slim Riahi, aussi président du club de foot du Club Africain.

 

C'est aussi le cas d'Afek Tounes, de l'homme d'affaires Yacine Brahim, un parti qui revendique un ultra-libéralisme dans son programme, et rappelle fièrement que 20 à 25 % de ses adhérents sont des entrepreneurs.

 

Sur les listes d'Afek Tounes, on retrouve Hafed Zouari – à la tête de l'empire du BTP Zouari – ou encore Ali Klebi, PDG de Vitalait (agro-alimentaire). Le programme d'Afek Tounes permettra des convergences (libérales) avec Nidaa Tounes, Ennahdha, ce que reconnaît aussi son président :

 

« Le patronat aimerait voir un peu plus de représentants du milieu économique dans l'hémicycle, explique-t-il. La période qui s'achève a été très politique et l'économie est souvent passée au second plan alors que les questions essentielles qui touchent les Tunisiens sont d'ordre économique », selon Yacine Brahim.

 

Depuis 2011, les grandes fortunes sabrent le champagne, le peuple paie la note, le FMI attend à la porte ...

 

Où en est la Tunisie depuis 2011 ? La société se divise de plus en plus en deux classes, au-delà du pourrissement lié à l'islamisation rampante de la société, du recul des idées de progrès social, du climat de terreur entretenu aussi par les salafistes.

 

D'un côté, les hommes d'affaires, les magnats de l'industrie et de la finance ne connaissent pas la crise. La Tunisie compte 6 500 millionnaires, 70 milliardaires, un record pour le Maghreb.

 

Les 70 milliardaires accumulent une fortune de 9 milliards de $. Une somme énorme, équivalente au quart du budget de l'Etat tunisien. Dans ces conditions, qui contrôle/régule qui ? On comprend mieux leur mainmise sur la vie politique.

 

Le pire c'est qu'en 2013 leur fortune moyenne a bondi de 6 %, tandis qu'on compte 8 nouveaux millardaires.

 

De l'autre, les travailleurs de Tunisie déchantent, voient leur niveau de vie plonger. Selon l'Office de défense du consommateur, les Tunisiens ont perdu en moyenne 20 % de leur pouvoir d'achat depuis 2011.

 

En effet, l'inflation officielle moyenne est de 6 % mais elle sous-évalue largement le panier des familles populaires, surtout quand le prix des produits alimentaires, du logement, du gaz ou de l'électricité est souvent au-dessus des 10 %.

 

Selon l'Office de défense du consommateur et d'autres experts économiques, le chiffre d'inflation réel serait en réalité entre 10 et 15 %, sans doute proche de 13 % en 2013.

 

Dans ces conditions, l'augmentation du SMIG de 11 % en 2014 (pour atteindre les 348 dinars, soit 150 €), ou de 6 % en 2013, ne compense pas du tout le rythme de l'inflation – sachant que le SMIG a baissé de 25 % entre 1990 et 2010, sous Ben Ali. Les subventions aux produits de base permettent à la majorité des familles de survivre.

 

Pendant ce temps, le chômage continue d'augmenter. De 13 % officiellement en 2010, il serait à 16 % aujourd'hui, avec des chiffres beaucoup plus élevés pour les femmes ou les diplômés.

 

L'issue de ces élections législatives n'annonce rien de bon. Si le patronat local pousse pour s'assurer une transition dans ses intérêts, c'est aussi par le pacte qu'elle a conclu avec les principaux investisseurs du pays – la France, mais aussi le Qatar, les Etats-unis – ainsi qu'avec le FMI.

 

Le FMI a accordé un prêt de 1,7 milliards de $ en 2013, la Banque mondiale vient de livrer un crédit de 1,2 milliard de $ en échange de « réformes structurelles » : avant tout la suppression de dizaines de milliers de postes dans la fonction publique, la baisse des salaires, l'abolition des subventions sur les produits de base et la privatisation des monopoles publics.

 

Le patronat, les institutions internationales sont inquiets du climat social toujours chaud – avec les mouvements qu'on a connus en Tunisie ces derniers mois dans les aéroports, la santé ou l'éducation – même si le nombre de grèves a baissé depuis la révolution : 426 grèves en 2011, 391 en 2012, 310 en 2013.

 

Les investissements ont ainsi chuté de près de 25 % en 2013, ils ont encore baissé de 25 % pour les six premiers mois de l'année 2014. On comprend mieux que le patronat local, les investisseurs étrangers – qui ont poussé à un « gouvernement technocratique », à une « union nationale » – cherchent leur formule politique avec les affairistes locaux, sans le peuple tunisien.

 

La France, toujours maître de l'avenir de la Tunisie

 

Chacun des principaux investisseurs mise sur un poulin dans la compétition : la France plutôt sur le camp « laic » dirigé par Nidaa Tounes, le Qatar parie sur les « islamistes » d'Ennahda, enfin les Etats-unis ne mettent pas leurs billes dans le même sac, sans oublier l'Allemagne qui lorgne sur la Tunisie dans sa Weltpolitik (politique mondiale) très africaine.

 

Regardez qui contrôle l'économie, vous saurez qui contrôle le pays.

 

La France est le premier partenaire commrcial de la Tunisie, son premier fournisseur (16,5 %), son premier client (27 %). C'est le premier pays pour le nombre d'entreprises (1 300) et le nombre d'emplois créés (125 000).

 

C'est de loin le 1er investisseur en stock, et elle est redevenue le 1 er investisseur en flux avec 261 millions d'euros. La France est aussi le pays qui contrôle la plus grande part de la dette tunisienne : 40 % en 2010.

 

Le Qatar est un concurrent sérieux pour la France bien qu'il soit en chute pour l'année 2013. Il était le premier investisseur en 2012 – quand Ennahdha était au pouvoir – avec 31 % des IDE.

 

De nouveaux investisseurs émergent, venant d'Europe : Allemagne (7 ème investisseur), Autriche (2 ème investisseur!), Royaume-Uni (4 ème investisseur), et du monde anglo-saxon. C'est moins les Etats-unis que le Canada (3 ème) et l'Australie (5 ème), attirés par les profits potentiels dans le secteur minier mais aussi les hautes technologies, avec le riche « capital humain » tunisien.

 

La France n'est plus seule en Tunisie, le temps de Ben Ali est fini. Mais rien ne peut se faire en Tunisie sans que la France n'y consente, rien ne peut se faire qui contredise ses intérêts.

 

Manuel Valls était à Tunis en septembre 2014 pour affirmer sa foi dans la « démocratie ». Il s'était en fait rendu en Tunisie pour un forum d'investissement franco-tunisien, pour rencontrer les milieux d'affaires tunisiens.

 

Le nom du forum : « Investir en Tunisie, start-up democracy ». Tout un programme. Pour la France, qui était prête à envoyer des policiers en Tunisie en 2011 pour soutenir Ben Ali, la démocratie n'est pas un produit d'exportation, ou alors c'est une marchandise dévaluée. Sorry.

 

Il ne fait aucun doute qu'avec le paysage politique qui se profile – une domination claire du bi-partisme « Ennahda » vs « Nidaa Tounes », peut-être avec une coalition d'union nationale – les entreprises françaises peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

 

Les Tunisiens vont essayer de choisir le moindre mal, en soutenant les alternatives de gauche comme Al-Massar (dans l'Union pour la Tunisie) ou le Parti des travailleurs (dans le Front populaire) mais la résistance à la politique d'austérité dictée par le FMI qui vient se fera par la reconquête de la rue, par les luttes qui ont donné naissance à la révolution de 2011.

 

 

* Légende : couverture du numéro de … septembre 2013 de « Leaders » (l'équivalent tunisien de « Challenges ») avec ce dilemme terrible, entre Ennahdha et Nidaa Tounes : compromis tactique ou alliance stratégique ? Septembre 2014, c'est toujours le même dilemme, rien n'a changé !

Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 06:27
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67878_4941418091041_1423422282_n.jpg Total (et Elf), bras armé de la Françafrique : un mort à Moscou, des millions de morts en Afrique

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Bal tragique sur le tarmac moscovite : un mort. Nos dirigeants pleurent la perte d'un grand capitaine d'industrie. C'est pour lui que nous sommes partis nous battre, que nous avons tué, que nos soldats sont morts en Libye ou au Mali. Et ceci n'est que la partie immergé de l'icerberg, celle de plusieurs décennies de « Françafrique » au prix du sang.

 

En 2000, Elf-Aquitaine et Totalfina fusionnent pour donner naissance à un géant pétrolier : Total. Le but est aussi de faire oublier les affaires de corruption, les trafics d'armes, les détournements de fonds auquel a largement contribué l'ancêtre gênant de Total.

 

Elf hier, Total aujourd'hui sont au cœur de la « Françafrique », ce vaste système de perpétuation du colonialisme sous d'autres formes, par des réseaux semi-mafieux, maintenant le continent dans la misère, la corruption, la dépendance au profit des seuls intérêts français.

 

Une brève histoire des rapports d'Elf puis de Total avec le continent africain nous permettra de mesurer que la mort du PDG du groupe pétrolier cache celle de millions d'Africains depuis la création d'Elf dans les années 1960.

 

Elf et la naissance de la Françafrique

 

Dans les années 1960, le général de Gaulle est conscient de la nécessité de maintenir un lien entre l'ancienne métropole coloniale et les nouveaux pays indépendants, avec un seul objectif, après la perte du bijou algérien : défendre les intérêts des grands groupes français.

 

C'est ce qui motive la création d'Elf en 1966, confiée à l'ancien responsable des services secrets Pierre Guillaumat qui va s'entourer d'agents du renseignement. Il va fonctionner étroitement avec Maurice Robert, patron du service Afrique du SDECE, et Jacques Foccart, conseiller à l'Elysée pour les affaires africaines.

 

Acte 1 : la guerre civile du Cameroun

 

Total s'est officiellement retiré du Cameroun en 2010. Pendant très longtemps, le pays a été une des bases africaines pérenne – avec le Gabon – d'Elf puis Total. Un pays gouverné depuis 1960 par deux dictateurs absolus : Ahamdou Ahidjou puis Paul Biya.

 

Pour aller à l'essentiel, dans les années 1960, la France comme le bloc occidental est sur la défensive en Afrique, dans le Tiers-monde où tous les pays ou presque se disent « socialiste », « révolutionnaire », se tournent vers Moscou ou la Havane.

 

Pour la France, pas question de perdre le Cameroun qui apparaît alors comme une puissance pétrolière émergente. Le nouveau dirigeant installé par Paris, Ahamadou Ahidjou, est contesté par une rebellion marxiste. La France va alimenter une répression féroce entre 1960 et 1971.

 

Les troupes d'Ahidjo vont user de méthodes fascisantes de terreur et de propagande conseillées par l'école française de contre-subversion menée par Maurice Robert. Leur sévice favori : couper la tête de leurs adversaires, les exposer en public sur les places, les chemins.

 

Le pouvoir met en place des camps de concentration, suscite les délations, les confessions publiques dignes de l'Inquisition tandis que s'installe un régime à parti unique, le culte de la personnalité et des formes d'épuration ethnique.

 

En 1971, la rebellion est matée avec un coût humain exorbitant, qu'on ne sera sans doute jamais. L'ambassadeur de Grande-Bretagne parlait de 75 000 morts en 1964, le journaliste du Monde André Blanchet en évoquait 120 000 en 1962. Sans doute bien plus en 1971.

 

Elf a hérité de ce régime totalitaire, qui a le sang de centaines de milliers de Camerounais sur les mains. C'est le groupe pétrolier qui va faire la loi au Cameroun.

 

Selon Loik Le Floc'h Prigent, c'est Elf qui a choisi l'actuel président camerounais, Paul Biya, qui n'a rien changé à ce régime autocratique : il est ré-élu en 2011 avec 78 % des voix, et le silence du tuteur français.

 

Acte 2 : Nigeria et la guerre du Biafra

 

La guerre du Biafra fut une horreur médiatisée en Occident par les photos d'enfants mourant de faim, servant cyniquement les intérêts de tel camp ou d'un autre. Elle a fait entre 2 et 3 millions de morts. La sécession du Biafra n'était pas fortuite, elle abritait l'essentiel des champs pétroliers.

 

La France du général de Gaulle soutient alors la sécession – aussi pour rogner sur l'ancien empire colonial britannique.

 

Elf joue un rôle fondamental en fournissant ses réseaux pour alimenter les rebelles en armes, mercenaires, détourner l'aide humanitaire. Elf, comme Shell et BP, vont être les premiers à négocier les contrats pétroliers avec l'autorité rebelle du Biafra.

 

Acte 3 : le protectorat Gabonais, notre ami le dictateur Omar Bongo

 

Depuis 1960, le Gabon est un protectorat français, la tête de pont de l'impérialisme français en Afrique. Ce petit pays est aussi un très riche Etat pétrolier, depuis la découverte des premiers gisements off-shore en 1962.

 

L'action de la Françafrique au Gabon commence en 1964 quand le président Mba est renversé par un coup d'Etat. Foccart, Guillemat (président de l'ancêtre d'Elf) et Maurice Robert décident alors de le ré-installer au pouvoir.

 

Omar Bongo, président à partir de 1967, ancien des services secrets français, deviennt leur homme de paille. Le Gabon est alors la base arrière pour tous les mauvais coups de la France, du Nigeria au Congo.

 

Bongo va diriger son pays sous un régime à parti unique, est réélu régulièrement à 99 %. Il détourne des centaines de millions de $ issus des contrats avec Elf essentiellement.Il assassine ses opposants, avec l'aide des réseaux de barbouzes français.

 

Omar Bongo père est mort en 2009, son fils Ali Bongo a pris la succession. Tout a changé pour que rien ne change, un multi-partisme de façade, des élections trusquées masquent la domination intacte du clan Bongo.

 

Acte 4 : au Congo, soutenir le dictateur 'marxiste' Denis Sassou N'Guesso

 

Elf ne faisait pas de l'idéologie, mais se basait sur des réalités. Au Congo, elle a soutenu Denis Sassou Nguesso de 1979 à 1991, celui que Loic Le Floch Prigent appelait le « dictateur marxiste sous contrôle d'Elf ».



Sassou N'Guesso avait fait le pari d'une économie nationalisée, avec des réformes progressistes financée par un pétrole, non pas entièrement nationalisé mais dépendant des contrats avec Elf.



Mais à partir de 1985, confronté une situation économique difficile, Sassou N'Guesso vire sa cutie et applique les plans d'austérité du FMI.



Balayé aux élections de 1991, Sassou N'Guesso semble accepter la sucession. En réalité, il va alimenter une guerre civile fratricide avec ses milices, les « Cobras », qui sèment la terreur dans Brazzaville.



Il obtient alors le soutien de son ami Omar Bongo – qui se marie avec sa fille ! – de l'armée angolaise, des tortionnaires tchadiens d'Idriss Deby et des milices génocidaires du Rwanda : tous nos amis sont là !



Les révélations de l'affaire Elf nous apprennent que si Elf, la France préféraient Sassou N'Guesso, elle a aussi payé les armes de Lissouba, ce qui a fait dire à un député français « qu'il n'y a pas une balle qui n'ait été payée par Elf ! ».



Le régime de Sassou N'Guesso n'a plus rien de progressiste, il octroie les contrats pétroliers à Elf, se soumet à la France tandis que son peuple s'enfonce dans la pauvreté. Entre-temps, la guerre civile congolaise aura fait 500 000 morts, largement à cause du « dictateur d'Elf » Sassou Nguesso.



Acte 5 : l' « Angolagate »

 

Tout le monde connaît l' « Angolagate », ce circuit français de trafic d'armes, de détournement de fonds qui a alimenté les différents camps de la guerre civile angolaise, livrant des tonnes de véhicules blindés, d'armes lourdes et légères mais aussi d'armes anti-personnelles.



Le procès Elf nous a révélé le cynisme d'Elf qui – comme la France, ainsi que les Etats-unis, la Grande-Bretagne – soutenait ouvertement le criminel de guerre Jonas Savimbi, un chef sanguinaire appuyé notamment par Israel et le régime d'apartheid sud-africain, et le finançait via les caisses noires d'Alfred Sirven, numéro 2 du groupe pétrolier.



Mais dans le même temps, Elf finançait aussi le gouvernement dit marxiste, via les réseaux politiques d'André Tarallo, proche des dictateurs gabonais Bongo et le congolais Sassou N'Guesso.



La guerre civile angolaise fait entre 500 000 et 1 million de morts, Elf contribue largement à l'alimenter, perlant le pays de mines anti-personnelles aux conséquences dramatiques pour les civils, en particulier les petits Angolais.



Aujourd'hui, l'Angola reste une des principales sources de profit du groupe Total, dans les petits papiers du dirigeant autoritaire et corrompu Eduardo dos Santos, passé du marxisme-léninisme au libéralisme à tout crin.



TOTAL, la corruption de nouvelle génération

 

Du passé, faisons table rase ? Plein de sang sur les mains, trempés dans les affaires jusqu'au cou, Elf devient Total en 2000. Pourtant, en une dizaine d'années, Total n'est jamais tout blanc dans une série de conflits qui émaille le continent. C'est un euphémisme.

 

Acte 6 : Elf puis Total au cœur de la guerre civile soudanaise

 

La guerre civile soudanaise a été une des plus meurtrières du continent, faisant plus de 2 millions de morts, avec son cortège de déportations, de nettoyages ethniques, et autres crimes contre l'Humanité.

 

Elf avait obtenu en 1980 la concession d'un bloc d'exploration pétrolière au sud du pays, qui se révélera ultérieurement l'un des plus prometteurs du Soudan, dans un des pays aux richesses du sous-sol sans doute les plus méconnues, donc sources de convoitise.

 

La guerre civile contraint la France à suspendre ses travaux d'exploration en 1985. Elle soutient d'abord, ainsi qu'Elf, le gouvernement soudanais lui fournissant armes, ravitaillements en dépit du caractère répressif du régime incarné par Al-Bachir à partir de 1989, face aux Américains soutenant les rébellions sécessionistes. L'enjeu est le même : le pétrole du Sud-Soudan.

 

Le conflit soudanais est particulièrement confus, au vu des intérêts contradictoires dans la région entre le Tchad d'Idriss Deby, la Libye de Kaddafi mais aussi les Etats-unis, favorable à une sécession du sud, et la Chine, traitant avec le gouvernement d'Al-Bachir.

 

La France ne joue plus un rôle de premier plan dans les années 2000 mais Total bénéficie toujours de ses droits d'exploitation pétrolière au sud-Soudan. Total va d'abord négocier avec le gouvernement d'Al-Bachir la reprise des travaux de forage.

 

Puis après 2011, Total va être le premier à s'engouffrer dans l'indépendance fantoche du sud-Soudan. Son bloc de 120 000 km 2 se révèle très intéressant, Total bénéficiant des largesses du nouveau gouvernement dépendant à 95 % du pétrole.

 

Sans aucune certitude, il n'est pas à exclure que Total, face à l'emprise de plus en plus forte de la Chine sur le Soudan, se soit rallié à la position américaine : la sécession du sud-Soudan. Une farce mais aussi un précédent aux conséquences potentiellement périlleuses à l'échelle mondiale.

 

Acte 7 : la Libye, une guerre pour un nouveau partage du gâteau

 

La Libye est un géant régional du pétrole. Total était présent sous la Libye de Kaddafi, exploitant 15 % du pétrole, avec de forts soupçons de corruption, réveillés par des enquêtes sollicitées par les autorités libyennes et américaines (non sans arrière-pensées)

 

Dans cette histoire très récente, il est difficile d'avoir des preuves irréfutables. Toutefois, il ne fait guère de doute avec le gouvernement qatari, Total a été parmi les acteurs poussant la France à intervenir militairement en Libye afin de prendre une part plus grande du gâteau pétrolier.

 

On se souvient que le CNT (Conseil national de transition) libyen composé de guerriers islamistes, de politiciens véreux et d'affairistes en rupture de ban, avait promis 35 % de son pétrole à Total.

 

Une révélation illustrant bien les intérêts de Total dans une guerre qui a fait au bas mot 60 000 morts en 2011, et qui a laissé un pays dans le chaos total à l'heure qu'il est.

 

Acte 8 : Mali (et Centrafrique), les intérêts de Total derrière la guerre

 

L'implication des grands groupes français – d'abord Areva et Total – dans la guerre au Mali ne fait guère de doute, en dépit des dénégations de certains « experts ».

 

Le Mali n'est pas encore un pays pétrolier. Mais le bassin de Taoudénni recèle de vastes réserves pétrolières qui ont attiré depuis le milieu des années 2000 une foule de groupes pétroliers internationaux : l'algérien Sonatrach, l'italienne ENI ou encore l'entreprise nationale chinoise.

 

Ces bassins pétroliers sont situés au nord du pays, Total n'en aurait obtenu qu'une petite partie, pas forcément la plus juteuse. Coincidence, la rebellion malienne est partie du nord et a légitimé une intervention française qui lui a permis de fait de sécuriser le nord riche en réserves pétrolières.

 

Les dernières négociations semblent laisser à Total – de la même manière qu'en Centrafrique – la plus grosse partie du gâteau, tandis que le groupe pétrolier français vient d'obtenir les contrats d'exploitation du bassin de Taoudeni, dans la Mauritanie voisine.

 

Acte 9 : au Nigeria, alimenter la guerre civile communautaire

 

On parle beaucoup du Nigeria récemment. Le pays le plus peuplé d'Afrique, la première puissance pétrolière du continent est aussi un des pays les plus pauvres, corrompus, déchirés par les conflits communautaires.

 

Il est difficile de dire dans quelle mesure Total alimente ce climat. Le rapport du Mr.anti-corruption du pays, Nuhu Ribadu, révèle que 75 % des revenus du pétrole, soit 35 milliards de $, échappent au budget de l'Etat. Selon le rapport, Shell, ENI et Total alimentent cette corruption.

 

On sait aussi que Total emploie des sociétés militaires privées au Nigeria qui sont un des acteurs meurtriers dans la guerre civile nigérianne, face aux milices islamistes, aux mercenaires locaux.

 

Enfin, un dernier rapport publié en 2011 par des ONG dont « Les amis de la Terre » couronne le tableau. Total connaît des relations excécrables avec les communautés locales, avec des démarches d'expulsions forcées de population en 2006.

 

Total soutient certaines communautés comme celle Egi (en fait une petite partie d'entre elle, celle liée au pouvoir) contre les autres. Diviser pour mieux régner, Total joue visiblement un rôle actif dans les conflits ethniques locaux, quitte à embraser le pays.

 

Acte 10 : collaboration avec la monarchie marocaine autoritaire dans le Sahara occidental occupé

 

Enfin, pour finir, en 2002 Total a signé un contrat de prospection pétrolière avec la monarchie autoritaire marocaine, ayant conclu un pacte de pouvoir avec les islamistes, au Sahara occidental.

 

Depuis, Total engage des opérations de prospection, dans le mépris le plus total des droits des populations locales, subissant l'occupation marocaine depuis 39 ans.

 

L'ONG Western Sahara Ressources Watch (WSRW) a dénoncé dans un rapport en 2013, intitulé « Injustice totale » les agissements de Total au Sahara occidental, son non-respect des populations locales, comme des prescriptions de l'ONU concernant ce territoire occupé.

 

Ce bref, trop bref rappel laisse de côté la collaboration de Total avec des régimes dictatoriaux hors d'Afrique, comme la sanglante junte birmane qui a permis au groupe pétrolier français d'utiliser le travail forcé pour réaliser ses profits records pour une entreprise française.

 

Ecrire l'histoire d'Elf, ce serait l'objet d'un livre. Ecrire celle de Total, c'est raconter les guerres actuelles marquées par l'incertitude qu'elle nous laisse sur l'avenir de l'Humanité.

 

 

Loin de la mode stupide des « Livres noir », le bilan de Total ne se résume pas à un accident d'avion sur le tarmac de l'aéroport de Moscou : le nom de TOTAL est marqué du sang des millions d'Africains victimes des balles payées par le pétrole d'Elf, puis Total.

Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 06:29
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