Partis communistes

Notre lutte

Le site http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ publie des traductions de déclarations, de communiqués, d’articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international.

 

La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » qui refuse la dérive réformiste de la direction du PCF suivant le Parti de la gauche européenne. Notre site s’efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationaliste portée historiquement par le PCF.

 

Parmi ses centres d’intérêts prioritaires :

 

  • la solidarité avec les mouvements anti-impérialistes, notamment le soutien à Cuba, aux expériences socialistes d'Amérique Latine, aux résistances aux guerres impérialistes. Notre site relaie ainsi les mobilisations contre la guerre et l’occupation de l’Afghanistan, les prises de position contre l'OTAN, contre la subordination au bloc impérialiste nord-américain,

  • la mise en valeur des actions des partis communistes qui prennent le parti de la lutte de classe, restent fidèles à leur raison d’être révolutionnaire.

  • les tentatives de reconstituer une forme de coopération politique entre partis communistes, dans le monde comme en Europe, à l’opposé du PGE et de son acceptation de l’UE capitaliste. Le site traduit ainsi régulièrement les appels internationaux de partis communistes.

  • le refus du révisionnisme historique, de la criminalisation du communisme, notamment impulsée par l'Union Européenne, l’examen critique et la défense de l'héritage des expériences socialistes passées.

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Mise à jour : 23 décembre 2013

 

Non aux guerres impérialistes sur le continent africain ! : Les Partis communistes contre l'intervention en Syrie ; porter une opposition conséquente à l'intervention française au Mali ; Françafrique en Centrafrique, c'est non ! 

 

Des Partis communistes qui relèvent la tête en 2013 : au Népal, les communistes hégémoniques ; au Chili, un record de députés depuis 1973 ; en République tchèque, les communistes à 15 %, au plus haut depuis 89 ; Luxembourg, Autriche, résistance des PC (1-2%) dans des contextes hostiles ; Elections locales au Portugal : le PC à 12 %, Bloc de gauche à 2 % ; Lettonie : les communistes à la tête d'une coalition victorieuse à l'assaut de Riga ! ; à Chypre, les communistes résistent ... à 27 % ! ; Elections professionnelles en Grèce, le PAME lié aux communistes en tête ; Israel, communistes et anti-sionistes toujours présents ! ; au Japon, les communistes au plus haut depuis 1995 ; en Inde, les communistes dominateurs dans l'Etat du Tripura.

 

Révolutions latino-américaines et construction du socialisme: nationalisations à l'ordre du jour en Argentine et en Bolivie; réduction des inégalités et de la pauvreté au Vénézuela et en Bolivie; l'exemple cubain: supériorité du socialisme pour le bien-être des mères, des enfants, top 10 mondial de l'IDH non-économique

 

Sortir de l'Euro ? Le débat est ouvert ! : à Chypre, les communistes pour la sortie de l'Euro ; au Portugal, le débat avance pour une rupture avec l'euro dans le PCP ; une idée qui progresse en Espagne, avec des contradictions ; la gauche allemande déchirée, Die Linke freine contre son père fondateur !

 

Dénoncer le mythe de l'Europe sociale, combattre l'Europe du capital et de la guerre : Un congrès du PGE pour refonder l'Europe, la grande illusion ; le syndicat des cheminots britanniques pour la rupture avec l'UE ; 

 

Les partis du PGE: aile-gauche de la social-démocratie: une sioniste amie de Sarkozy candidate à la présidentielle de Linke en Allemagne, Izquierda Unida profite de ses résultats pour collaborer dans les gouvernements régionaux avec le PSOE en Espagne, Syriza lance des appels du pied à l'UE et se propose comme social-démocratie de substitution

 

 

20130902152527__leaders-28.png.jpgTunis, ville à vendre? Trois ans après la révolution tunisienne, les affairistes, le patronat ont repris contrôle de la scène politique

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/ (* voir légende en fin d'article)

 

« Tout changer pour que rien ne change » ? Trois ans après la « révolution tunisienne », la vieille classe dominante tunisienne affairiste a repris la main, elle contrôle la transition vers un bi-polarisme sans danger pour le patronat local et les investisseurs étrangers.

 

Un immense espoir s'est levé il y a trois ans. Prenant de cours la bourgeoisie locale inféodée au pouvoir corrupteur de Ben Ali, prenant de cours la France prête à envoyer des troupes sur place pour mater la rebellion : la jeunesse, les classes populaires tunisiennes ont renversé la dictature.

 

Mais elles sont loin d'avoir renversé le pouvoir de classe qu'elle étayait. Après trois ans d'instabilité politique, de conflits sociaux, la bourgeoisie locale – divisée en entre « laics-modernistes » et « islamistes-conservateurs » – semble avoir trouvé la bonne formule pour gouverner.

 

Dans les sondages, c'est le mano à mano entre le bloc « laic » mené par le parti libéral centriste Nidaa Tounes et le bloc « islamiste » incarné par Ennahdha. Le premier a les faveurs du sondage, ainsi que de la majorité des hommes d'affaires, des patrons du pays.

 

Les deux blocs ne se sont pas cachés, affichant leur mépris ostensible pour le peuple, faisant la cour aux hommes d'affaires, aux patrons millardaires comme preuve de respectabilité. Plus on aurait d'affairistes dans son camp, plus on serait proches du pouvoir. Un calcul plein de bon sens.

 

« Tunis, ville à vendre, il suffit d'y mettre le prix ». Aujourd'hui, Jugurtha, fier numide, retournerait dans sa tombe. Ce n'est plus Rome mais Carthage qui est soumise à la corruption, au népotisme, à l'affairisme, objet des jeux des investisseurs étrangers comme des affairistes locaux.

 

Quand les islamistes font la cour aux millieux d'affaires

 

Le rapprochement d'Ennahdha avec les milieux d'affaires islamiques ne date pas d'hier. Avant la chute de Ben Ali, le leader du mouvement Rachid Ghannouchi avait déjà contacté l'ambassade américaine pour l'assurer de son adhésion l'agenda américain, à un capitalisme néo-libéral.

 

Le numéro 2 du parti, Hamadi Jebali, est le protégé des milieux d'affaires islamiques, du Qatar, des USA. Pendant son passage comme chef du gouvernement, il a flexibilisé les conditions d'investissement, notamment pour ses amis qataris oeuvré pour la mise en place d'un « gouvernement technocratique », anti-démocratique, dirigé par les experts et les banquiers. Il a enfin poussé Tunis, sur pression qatarie, à rompre ses relations avec la Syrie de Bachar al-Assad.

 

L'opération séduction passe désormais à un autre niveau : elle vise le patronat local autant que le FMI. Dans le programme d'Ennahdha, deux mots-clés, « réformes structurelles » et « libéralisation ».

 

Au programme, réforme du système fiscal, libéralisation du secteur bancaire, lever les obstacles aux investissements, réduction des coûts du travail et développement de la finance islamique !

 

Ennahdha a ouvertement revendiqué le fait qu'elle a proposé 9 hommes d'affaires, patrons tunisiens dans des postes éligibles sur ses listes.

 

Parmi ces hommes d'affaires, deux des premières fortunes du pays : Mohammed Frikha tête de liste à Sfax 2, PDG de Telnet et de la compagnie aérienne Syphax Airlines, et Walid Loukil, en 3 ème place à Ariana (Tunis), dirigeant du groupe financier Loukil.

 

On retrouve les hommes d'affaires Raouf Azzaz, Adel Daada, Tarek Dhieb, Imed Khemmari, Moez Haj Rhouma. Certains sont des hommes de pouvoir, tel Sami Fatnassi, tête de liste à Beja, ex-président de l'UTICA (MEDEF) régionalee, ou Habib Masmoudi, fils d'un ancien ministre.

 

D'autres préfèrent soutenir financièrement le parti. C'est le cas d'une partie de la puissante famille Bouchamaoui (pétrole, mines), ou encore du premier groupe privé du pays, Poulina (agro-alimentaire) d'Abelwahab Ben Ayed.

 

« Nidaa Tounes », favori du patronat tunisien, machine à recycler les Ben Alistes

 

Mais Ennahdha semble avoir une longueur de retard sur ce parti créé en 2012, à l'ascension fulgurante : « Nidaa Tounes » (L'appel de la Tunisie).

 

Une machine à recycler le vieux personnel politique usé, à propulser les jeunes affairistes ambitieux, dans un fourre-tout idéologique au vernis « moderniste », derrière l'étiquette « néo-destourienne ».

 

« Destouriens », « Bourguibistes » : le nom de code pour faire oublier son passé de collaboration, voire de direction sous le régime de Ben Ali. Dans les échelons locaux, régionaux, les anciens du RCD (le parti de Ben Ali) prennent le pouvoir.

 

« Nidaa Tounes » est à l'image de son chef, le vieux briscard, matois, de Beji Caid Essebsi. Cet ancien homme de pouvoir sous Bourguiba, proche des chancelleries européennes fut un opposant bien discret (« collaborateur » disent certains) au régime de Ben Ali. Il a été l'homme providentiel de la classe dirigeante tunisienne dans le chaos post-révolutionnaire.

 

« Nidaa Tounes » a commencé par se donner une image de gauche en allant piocher des dirigeants syndicaux de l'UGTT comme Taieb Baccouche, ou même d'anciens communistes tel Boujemaa Remili. Aujourd'hui, il drague les anciens ministres de Ben Ali et les hommes d'affaires.

 

Parmi les anciens de Ben Ali, Nidaa Tounes accueille tout de même en son sein le dernier secrétaire-général du RCD de 2008 à 2011, Mohamed Ghariani (même s'il a pris ses distances il y a peu). A Kef, la tête de liste est Abada Kefi, avocat attitré de la famille, des amis du clan Ben Ali.

 

Quant à la liste des hommes d'affaires, patrons locaux soutenant Nidaa Tounes, elle est longue, très longue. La majorité des têtes de liste aux législatives pour le parti Nidaa Tounes seront des hommes d'affaires, et pas des moindres.

 

Ainsi, Abdelaziz Kotti sera tête de liste à Ariana, Moncef Sellami à Sfax-2, tandis que Ridaa Charfeddine – connu pour être le président du club de football de l'Etoile sportive du Sahel – sera numéro un à Sousse.

 

Parmi les soutiens en or du parti, les femmes d'affaire Zohra Driss-Jnayeh ou Houda Tkaya – cette dernière également dirigeante de l'UTICA, le syndicat patronal –, ainsi qu'un des membres de la puissante famille Bouchamaoui, Anis Bouchamaoui, sur les listes à Gabès.

 

Mais c'est surtout crève l'écran la famille qui est la première fortune du pays : la famille Elloumi, menée par le parrain Faouzi Elloumi, figure de l'Ancien régime, président du groupe industriel Elloumi, spécialisée dans l'industrie.

 

Faouzi est un des soutiens majeurs et désormais des architectes du projet Nidaa Tounes, avec sa sœur Salma, candidate à Nabeul 2, et présidente du groupe agro-alimentaire Stifen.

 

Nidaa Tounes développe sans surprise dans son programme un projet « modernisateur », ce qui veut dire orienter vers la croissance, les exportations, l'attraction des investissements, avec un maximum de flexibilité et de décentralisation pour les acteurs économiques, la multiplication des projets d'investissements publics-privés, guidés par un Etat stratège au service du monde des affaires.

 

Le patronat, l'UTICA fait main basse sur la vie politique

 

Officiellement, le patronat – avec son syndicat, l'UTICA – adopte une position d' « observateur » face aux élections législatives d'octobre. Dans la réalité, elle met les billes dans chacun des paniers, s'assurant que le prochain gouvernement défende les intérêts du patronat.

 

La position de l'UTICA est peut-être la mieux incarnée par celle de la famille Bouchamaoui, enrichie dans le pétrole et les mines. Wided est à la tête de l'UTICA, tandis qu'Anis est sur les listes de Nidaa Tounes et une partie de la famille soutient financièrement Ennahdha.

 

Les Bouchamaoui ne sont pas la seule dynastie financière à se diviser, c'est le cas aussi de la famille Driss : si Zohra a choisi Nidaa Tounes, Moez (ancien président de l'Etoile sportive du Sahel) opte pour Ennahdha.

 

D'autres grandes familles affairistes se divisent de manière harmonieuse, ce sont les premières fortunes du pays : les Elloumi ont pris partie pour Nidaa Tounes, alors que les Loukil et les Ben Ayed préfèrent les islamistes.

 

Le baron des affaires Frikha a confié le rôle que joue en sous-main de l'UTICA :

 

« l'UTICA a proposé aux différents partis, dont Ennahda, d'intégrer des hommes d'affaires dans leur liste. Il est vrai qu'il existe un certain consensus sur la ligne économique, notmament chez Ennahda, Nidaa Tounès, et d'autres comme Afek ».

 

Car le patronat verouille par ailleurs complètement l'émergence de partis alternatifs à ce consensus. Ainsi en est-il pour le parti néo-libéral de l'UPL (Union patriotique libre) du tunisiano-britannique Slim Riahi, aussi président du club de foot du Club Africain.

 

C'est aussi le cas d'Afek Tounes, de l'homme d'affaires Yacine Brahim, un parti qui revendique un ultra-libéralisme dans son programme, et rappelle fièrement que 20 à 25 % de ses adhérents sont des entrepreneurs.

 

Sur les listes d'Afek Tounes, on retrouve Hafed Zouari – à la tête de l'empire du BTP Zouari – ou encore Ali Klebi, PDG de Vitalait (agro-alimentaire). Le programme d'Afek Tounes permettra des convergences (libérales) avec Nidaa Tounes, Ennahdha, ce que reconnaît aussi son président :

 

« Le patronat aimerait voir un peu plus de représentants du milieu économique dans l'hémicycle, explique-t-il. La période qui s'achève a été très politique et l'économie est souvent passée au second plan alors que les questions essentielles qui touchent les Tunisiens sont d'ordre économique », selon Yacine Brahim.

 

Depuis 2011, les grandes fortunes sabrent le champagne, le peuple paie la note, le FMI attend à la porte ...

 

Où en est la Tunisie depuis 2011 ? La société se divise de plus en plus en deux classes, au-delà du pourrissement lié à l'islamisation rampante de la société, du recul des idées de progrès social, du climat de terreur entretenu aussi par les salafistes.

 

D'un côté, les hommes d'affaires, les magnats de l'industrie et de la finance ne connaissent pas la crise. La Tunisie compte 6 500 millionnaires, 70 milliardaires, un record pour le Maghreb.

 

Les 70 milliardaires accumulent une fortune de 9 milliards de $. Une somme énorme, équivalente au quart du budget de l'Etat tunisien. Dans ces conditions, qui contrôle/régule qui ? On comprend mieux leur mainmise sur la vie politique.

 

Le pire c'est qu'en 2013 leur fortune moyenne a bondi de 6 %, tandis qu'on compte 8 nouveaux millardaires.

 

De l'autre, les travailleurs de Tunisie déchantent, voient leur niveau de vie plonger. Selon l'Office de défense du consommateur, les Tunisiens ont perdu en moyenne 20 % de leur pouvoir d'achat depuis 2011.

 

En effet, l'inflation officielle moyenne est de 6 % mais elle sous-évalue largement le panier des familles populaires, surtout quand le prix des produits alimentaires, du logement, du gaz ou de l'électricité est souvent au-dessus des 10 %.

 

Selon l'Office de défense du consommateur et d'autres experts économiques, le chiffre d'inflation réel serait en réalité entre 10 et 15 %, sans doute proche de 13 % en 2013.

 

Dans ces conditions, l'augmentation du SMIG de 11 % en 2014 (pour atteindre les 348 dinars, soit 150 €), ou de 6 % en 2013, ne compense pas du tout le rythme de l'inflation – sachant que le SMIG a baissé de 25 % entre 1990 et 2010, sous Ben Ali. Les subventions aux produits de base permettent à la majorité des familles de survivre.

 

Pendant ce temps, le chômage continue d'augmenter. De 13 % officiellement en 2010, il serait à 16 % aujourd'hui, avec des chiffres beaucoup plus élevés pour les femmes ou les diplômés.

 

L'issue de ces élections législatives n'annonce rien de bon. Si le patronat local pousse pour s'assurer une transition dans ses intérêts, c'est aussi par le pacte qu'elle a conclu avec les principaux investisseurs du pays – la France, mais aussi le Qatar, les Etats-unis – ainsi qu'avec le FMI.

 

Le FMI a accordé un prêt de 1,7 milliards de $ en 2013, la Banque mondiale vient de livrer un crédit de 1,2 milliard de $ en échange de « réformes structurelles » : avant tout la suppression de dizaines de milliers de postes dans la fonction publique, la baisse des salaires, l'abolition des subventions sur les produits de base et la privatisation des monopoles publics.

 

Le patronat, les institutions internationales sont inquiets du climat social toujours chaud – avec les mouvements qu'on a connus en Tunisie ces derniers mois dans les aéroports, la santé ou l'éducation – même si le nombre de grèves a baissé depuis la révolution : 426 grèves en 2011, 391 en 2012, 310 en 2013.

 

Les investissements ont ainsi chuté de près de 25 % en 2013, ils ont encore baissé de 25 % pour les six premiers mois de l'année 2014. On comprend mieux que le patronat local, les investisseurs étrangers – qui ont poussé à un « gouvernement technocratique », à une « union nationale » – cherchent leur formule politique avec les affairistes locaux, sans le peuple tunisien.

 

La France, toujours maître de l'avenir de la Tunisie

 

Chacun des principaux investisseurs mise sur un poulin dans la compétition : la France plutôt sur le camp « laic » dirigé par Nidaa Tounes, le Qatar parie sur les « islamistes » d'Ennahda, enfin les Etats-unis ne mettent pas leurs billes dans le même sac, sans oublier l'Allemagne qui lorgne sur la Tunisie dans sa Weltpolitik (politique mondiale) très africaine.

 

Regardez qui contrôle l'économie, vous saurez qui contrôle le pays.

 

La France est le premier partenaire commrcial de la Tunisie, son premier fournisseur (16,5 %), son premier client (27 %). C'est le premier pays pour le nombre d'entreprises (1 300) et le nombre d'emplois créés (125 000).

 

C'est de loin le 1er investisseur en stock, et elle est redevenue le 1 er investisseur en flux avec 261 millions d'euros. La France est aussi le pays qui contrôle la plus grande part de la dette tunisienne : 40 % en 2010.

 

Le Qatar est un concurrent sérieux pour la France bien qu'il soit en chute pour l'année 2013. Il était le premier investisseur en 2012 – quand Ennahdha était au pouvoir – avec 31 % des IDE.

 

De nouveaux investisseurs émergent, venant d'Europe : Allemagne (7 ème investisseur), Autriche (2 ème investisseur!), Royaume-Uni (4 ème investisseur), et du monde anglo-saxon. C'est moins les Etats-unis que le Canada (3 ème) et l'Australie (5 ème), attirés par les profits potentiels dans le secteur minier mais aussi les hautes technologies, avec le riche « capital humain » tunisien.

 

La France n'est plus seule en Tunisie, le temps de Ben Ali est fini. Mais rien ne peut se faire en Tunisie sans que la France n'y consente, rien ne peut se faire qui contredise ses intérêts.

 

Manuel Valls était à Tunis en septembre 2014 pour affirmer sa foi dans la « démocratie ». Il s'était en fait rendu en Tunisie pour un forum d'investissement franco-tunisien, pour rencontrer les milieux d'affaires tunisiens.

 

Le nom du forum : « Investir en Tunisie, start-up democracy ». Tout un programme. Pour la France, qui était prête à envoyer des policiers en Tunisie en 2011 pour soutenir Ben Ali, la démocratie n'est pas un produit d'exportation, ou alors c'est une marchandise dévaluée. Sorry.

 

Il ne fait aucun doute qu'avec le paysage politique qui se profile – une domination claire du bi-partisme « Ennahda » vs « Nidaa Tounes », peut-être avec une coalition d'union nationale – les entreprises françaises peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

 

Les Tunisiens vont essayer de choisir le moindre mal, en soutenant les alternatives de gauche comme Al-Massar (dans l'Union pour la Tunisie) ou le Parti des travailleurs (dans le Front populaire) mais la résistance à la politique d'austérité dictée par le FMI qui vient se fera par la reconquête de la rue, par les luttes qui ont donné naissance à la révolution de 2011.

 

 

* Légende : couverture du numéro de … septembre 2013 de « Leaders » (l'équivalent tunisien de « Challenges ») avec ce dilemme terrible, entre Ennahdha et Nidaa Tounes : compromis tactique ou alliance stratégique ? Septembre 2014, c'est toujours le même dilemme, rien n'a changé !

Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 06:27
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67878_4941418091041_1423422282_n.jpg Total (et Elf), bras armé de la Françafrique : un mort à Moscou, des millions de morts en Afrique

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Bal tragique sur le tarmac moscovite : un mort. Nos dirigeants pleurent la perte d'un grand capitaine d'industrie. C'est pour lui que nous sommes partis nous battre, que nous avons tué, que nos soldats sont morts en Libye ou au Mali. Et ceci n'est que la partie immergé de l'icerberg, celle de plusieurs décennies de « Françafrique » au prix du sang.

 

En 2000, Elf-Aquitaine et Totalfina fusionnent pour donner naissance à un géant pétrolier : Total. Le but est aussi de faire oublier les affaires de corruption, les trafics d'armes, les détournements de fonds auquel a largement contribué l'ancêtre gênant de Total.

 

Elf hier, Total aujourd'hui sont au cœur de la « Françafrique », ce vaste système de perpétuation du colonialisme sous d'autres formes, par des réseaux semi-mafieux, maintenant le continent dans la misère, la corruption, la dépendance au profit des seuls intérêts français.

 

Une brève histoire des rapports d'Elf puis de Total avec le continent africain nous permettra de mesurer que la mort du PDG du groupe pétrolier cache celle de millions d'Africains depuis la création d'Elf dans les années 1960.

 

Elf et la naissance de la Françafrique

 

Dans les années 1960, le général de Gaulle est conscient de la nécessité de maintenir un lien entre l'ancienne métropole coloniale et les nouveaux pays indépendants, avec un seul objectif, après la perte du bijou algérien : défendre les intérêts des grands groupes français.

 

C'est ce qui motive la création d'Elf en 1966, confiée à l'ancien responsable des services secrets Pierre Guillaumat qui va s'entourer d'agents du renseignement. Il va fonctionner étroitement avec Maurice Robert, patron du service Afrique du SDECE, et Jacques Foccart, conseiller à l'Elysée pour les affaires africaines.

 

Acte 1 : la guerre civile du Cameroun

 

Total s'est officiellement retiré du Cameroun en 2010. Pendant très longtemps, le pays a été une des bases africaines pérenne – avec le Gabon – d'Elf puis Total. Un pays gouverné depuis 1960 par deux dictateurs absolus : Ahamdou Ahidjou puis Paul Biya.

 

Pour aller à l'essentiel, dans les années 1960, la France comme le bloc occidental est sur la défensive en Afrique, dans le Tiers-monde où tous les pays ou presque se disent « socialiste », « révolutionnaire », se tournent vers Moscou ou la Havane.

 

Pour la France, pas question de perdre le Cameroun qui apparaît alors comme une puissance pétrolière émergente. Le nouveau dirigeant installé par Paris, Ahamadou Ahidjou, est contesté par une rebellion marxiste. La France va alimenter une répression féroce entre 1960 et 1971.

 

Les troupes d'Ahidjo vont user de méthodes fascisantes de terreur et de propagande conseillées par l'école française de contre-subversion menée par Maurice Robert. Leur sévice favori : couper la tête de leurs adversaires, les exposer en public sur les places, les chemins.

 

Le pouvoir met en place des camps de concentration, suscite les délations, les confessions publiques dignes de l'Inquisition tandis que s'installe un régime à parti unique, le culte de la personnalité et des formes d'épuration ethnique.

 

En 1971, la rebellion est matée avec un coût humain exorbitant, qu'on ne sera sans doute jamais. L'ambassadeur de Grande-Bretagne parlait de 75 000 morts en 1964, le journaliste du Monde André Blanchet en évoquait 120 000 en 1962. Sans doute bien plus en 1971.

 

Elf a hérité de ce régime totalitaire, qui a le sang de centaines de milliers de Camerounais sur les mains. C'est le groupe pétrolier qui va faire la loi au Cameroun.

 

Selon Loik Le Floc'h Prigent, c'est Elf qui a choisi l'actuel président camerounais, Paul Biya, qui n'a rien changé à ce régime autocratique : il est ré-élu en 2011 avec 78 % des voix, et le silence du tuteur français.

 

Acte 2 : Nigeria et la guerre du Biafra

 

La guerre du Biafra fut une horreur médiatisée en Occident par les photos d'enfants mourant de faim, servant cyniquement les intérêts de tel camp ou d'un autre. Elle a fait entre 2 et 3 millions de morts. La sécession du Biafra n'était pas fortuite, elle abritait l'essentiel des champs pétroliers.

 

La France du général de Gaulle soutient alors la sécession – aussi pour rogner sur l'ancien empire colonial britannique.

 

Elf joue un rôle fondamental en fournissant ses réseaux pour alimenter les rebelles en armes, mercenaires, détourner l'aide humanitaire. Elf, comme Shell et BP, vont être les premiers à négocier les contrats pétroliers avec l'autorité rebelle du Biafra.

 

Acte 3 : le protectorat Gabonais, notre ami le dictateur Omar Bongo

 

Depuis 1960, le Gabon est un protectorat français, la tête de pont de l'impérialisme français en Afrique. Ce petit pays est aussi un très riche Etat pétrolier, depuis la découverte des premiers gisements off-shore en 1962.

 

L'action de la Françafrique au Gabon commence en 1964 quand le président Mba est renversé par un coup d'Etat. Foccart, Guillemat (président de l'ancêtre d'Elf) et Maurice Robert décident alors de le ré-installer au pouvoir.

 

Omar Bongo, président à partir de 1967, ancien des services secrets français, deviennt leur homme de paille. Le Gabon est alors la base arrière pour tous les mauvais coups de la France, du Nigeria au Congo.

 

Bongo va diriger son pays sous un régime à parti unique, est réélu régulièrement à 99 %. Il détourne des centaines de millions de $ issus des contrats avec Elf essentiellement.Il assassine ses opposants, avec l'aide des réseaux de barbouzes français.

 

Omar Bongo père est mort en 2009, son fils Ali Bongo a pris la succession. Tout a changé pour que rien ne change, un multi-partisme de façade, des élections trusquées masquent la domination intacte du clan Bongo.

 

Acte 4 : au Congo, soutenir le dictateur 'marxiste' Denis Sassou N'Guesso

 

Elf ne faisait pas de l'idéologie, mais se basait sur des réalités. Au Congo, elle a soutenu Denis Sassou Nguesso de 1979 à 1991, celui que Loic Le Floch Prigent appelait le « dictateur marxiste sous contrôle d'Elf ».



Sassou N'Guesso avait fait le pari d'une économie nationalisée, avec des réformes progressistes financée par un pétrole, non pas entièrement nationalisé mais dépendant des contrats avec Elf.



Mais à partir de 1985, confronté une situation économique difficile, Sassou N'Guesso vire sa cutie et applique les plans d'austérité du FMI.



Balayé aux élections de 1991, Sassou N'Guesso semble accepter la sucession. En réalité, il va alimenter une guerre civile fratricide avec ses milices, les « Cobras », qui sèment la terreur dans Brazzaville.



Il obtient alors le soutien de son ami Omar Bongo – qui se marie avec sa fille ! – de l'armée angolaise, des tortionnaires tchadiens d'Idriss Deby et des milices génocidaires du Rwanda : tous nos amis sont là !



Les révélations de l'affaire Elf nous apprennent que si Elf, la France préféraient Sassou N'Guesso, elle a aussi payé les armes de Lissouba, ce qui a fait dire à un député français « qu'il n'y a pas une balle qui n'ait été payée par Elf ! ».



Le régime de Sassou N'Guesso n'a plus rien de progressiste, il octroie les contrats pétroliers à Elf, se soumet à la France tandis que son peuple s'enfonce dans la pauvreté. Entre-temps, la guerre civile congolaise aura fait 500 000 morts, largement à cause du « dictateur d'Elf » Sassou Nguesso.



Acte 5 : l' « Angolagate »

 

Tout le monde connaît l' « Angolagate », ce circuit français de trafic d'armes, de détournement de fonds qui a alimenté les différents camps de la guerre civile angolaise, livrant des tonnes de véhicules blindés, d'armes lourdes et légères mais aussi d'armes anti-personnelles.



Le procès Elf nous a révélé le cynisme d'Elf qui – comme la France, ainsi que les Etats-unis, la Grande-Bretagne – soutenait ouvertement le criminel de guerre Jonas Savimbi, un chef sanguinaire appuyé notamment par Israel et le régime d'apartheid sud-africain, et le finançait via les caisses noires d'Alfred Sirven, numéro 2 du groupe pétrolier.



Mais dans le même temps, Elf finançait aussi le gouvernement dit marxiste, via les réseaux politiques d'André Tarallo, proche des dictateurs gabonais Bongo et le congolais Sassou N'Guesso.



La guerre civile angolaise fait entre 500 000 et 1 million de morts, Elf contribue largement à l'alimenter, perlant le pays de mines anti-personnelles aux conséquences dramatiques pour les civils, en particulier les petits Angolais.



Aujourd'hui, l'Angola reste une des principales sources de profit du groupe Total, dans les petits papiers du dirigeant autoritaire et corrompu Eduardo dos Santos, passé du marxisme-léninisme au libéralisme à tout crin.



TOTAL, la corruption de nouvelle génération

 

Du passé, faisons table rase ? Plein de sang sur les mains, trempés dans les affaires jusqu'au cou, Elf devient Total en 2000. Pourtant, en une dizaine d'années, Total n'est jamais tout blanc dans une série de conflits qui émaille le continent. C'est un euphémisme.

 

Acte 6 : Elf puis Total au cœur de la guerre civile soudanaise

 

La guerre civile soudanaise a été une des plus meurtrières du continent, faisant plus de 2 millions de morts, avec son cortège de déportations, de nettoyages ethniques, et autres crimes contre l'Humanité.

 

Elf avait obtenu en 1980 la concession d'un bloc d'exploration pétrolière au sud du pays, qui se révélera ultérieurement l'un des plus prometteurs du Soudan, dans un des pays aux richesses du sous-sol sans doute les plus méconnues, donc sources de convoitise.

 

La guerre civile contraint la France à suspendre ses travaux d'exploration en 1985. Elle soutient d'abord, ainsi qu'Elf, le gouvernement soudanais lui fournissant armes, ravitaillements en dépit du caractère répressif du régime incarné par Al-Bachir à partir de 1989, face aux Américains soutenant les rébellions sécessionistes. L'enjeu est le même : le pétrole du Sud-Soudan.

 

Le conflit soudanais est particulièrement confus, au vu des intérêts contradictoires dans la région entre le Tchad d'Idriss Deby, la Libye de Kaddafi mais aussi les Etats-unis, favorable à une sécession du sud, et la Chine, traitant avec le gouvernement d'Al-Bachir.

 

La France ne joue plus un rôle de premier plan dans les années 2000 mais Total bénéficie toujours de ses droits d'exploitation pétrolière au sud-Soudan. Total va d'abord négocier avec le gouvernement d'Al-Bachir la reprise des travaux de forage.

 

Puis après 2011, Total va être le premier à s'engouffrer dans l'indépendance fantoche du sud-Soudan. Son bloc de 120 000 km 2 se révèle très intéressant, Total bénéficiant des largesses du nouveau gouvernement dépendant à 95 % du pétrole.

 

Sans aucune certitude, il n'est pas à exclure que Total, face à l'emprise de plus en plus forte de la Chine sur le Soudan, se soit rallié à la position américaine : la sécession du sud-Soudan. Une farce mais aussi un précédent aux conséquences potentiellement périlleuses à l'échelle mondiale.

 

Acte 7 : la Libye, une guerre pour un nouveau partage du gâteau

 

La Libye est un géant régional du pétrole. Total était présent sous la Libye de Kaddafi, exploitant 15 % du pétrole, avec de forts soupçons de corruption, réveillés par des enquêtes sollicitées par les autorités libyennes et américaines (non sans arrière-pensées)

 

Dans cette histoire très récente, il est difficile d'avoir des preuves irréfutables. Toutefois, il ne fait guère de doute avec le gouvernement qatari, Total a été parmi les acteurs poussant la France à intervenir militairement en Libye afin de prendre une part plus grande du gâteau pétrolier.

 

On se souvient que le CNT (Conseil national de transition) libyen composé de guerriers islamistes, de politiciens véreux et d'affairistes en rupture de ban, avait promis 35 % de son pétrole à Total.

 

Une révélation illustrant bien les intérêts de Total dans une guerre qui a fait au bas mot 60 000 morts en 2011, et qui a laissé un pays dans le chaos total à l'heure qu'il est.

 

Acte 8 : Mali (et Centrafrique), les intérêts de Total derrière la guerre

 

L'implication des grands groupes français – d'abord Areva et Total – dans la guerre au Mali ne fait guère de doute, en dépit des dénégations de certains « experts ».

 

Le Mali n'est pas encore un pays pétrolier. Mais le bassin de Taoudénni recèle de vastes réserves pétrolières qui ont attiré depuis le milieu des années 2000 une foule de groupes pétroliers internationaux : l'algérien Sonatrach, l'italienne ENI ou encore l'entreprise nationale chinoise.

 

Ces bassins pétroliers sont situés au nord du pays, Total n'en aurait obtenu qu'une petite partie, pas forcément la plus juteuse. Coincidence, la rebellion malienne est partie du nord et a légitimé une intervention française qui lui a permis de fait de sécuriser le nord riche en réserves pétrolières.

 

Les dernières négociations semblent laisser à Total – de la même manière qu'en Centrafrique – la plus grosse partie du gâteau, tandis que le groupe pétrolier français vient d'obtenir les contrats d'exploitation du bassin de Taoudeni, dans la Mauritanie voisine.

 

Acte 9 : au Nigeria, alimenter la guerre civile communautaire

 

On parle beaucoup du Nigeria récemment. Le pays le plus peuplé d'Afrique, la première puissance pétrolière du continent est aussi un des pays les plus pauvres, corrompus, déchirés par les conflits communautaires.

 

Il est difficile de dire dans quelle mesure Total alimente ce climat. Le rapport du Mr.anti-corruption du pays, Nuhu Ribadu, révèle que 75 % des revenus du pétrole, soit 35 milliards de $, échappent au budget de l'Etat. Selon le rapport, Shell, ENI et Total alimentent cette corruption.

 

On sait aussi que Total emploie des sociétés militaires privées au Nigeria qui sont un des acteurs meurtriers dans la guerre civile nigérianne, face aux milices islamistes, aux mercenaires locaux.

 

Enfin, un dernier rapport publié en 2011 par des ONG dont « Les amis de la Terre » couronne le tableau. Total connaît des relations excécrables avec les communautés locales, avec des démarches d'expulsions forcées de population en 2006.

 

Total soutient certaines communautés comme celle Egi (en fait une petite partie d'entre elle, celle liée au pouvoir) contre les autres. Diviser pour mieux régner, Total joue visiblement un rôle actif dans les conflits ethniques locaux, quitte à embraser le pays.

 

Acte 10 : collaboration avec la monarchie marocaine autoritaire dans le Sahara occidental occupé

 

Enfin, pour finir, en 2002 Total a signé un contrat de prospection pétrolière avec la monarchie autoritaire marocaine, ayant conclu un pacte de pouvoir avec les islamistes, au Sahara occidental.

 

Depuis, Total engage des opérations de prospection, dans le mépris le plus total des droits des populations locales, subissant l'occupation marocaine depuis 39 ans.

 

L'ONG Western Sahara Ressources Watch (WSRW) a dénoncé dans un rapport en 2013, intitulé « Injustice totale » les agissements de Total au Sahara occidental, son non-respect des populations locales, comme des prescriptions de l'ONU concernant ce territoire occupé.

 

Ce bref, trop bref rappel laisse de côté la collaboration de Total avec des régimes dictatoriaux hors d'Afrique, comme la sanglante junte birmane qui a permis au groupe pétrolier français d'utiliser le travail forcé pour réaliser ses profits records pour une entreprise française.

 

Ecrire l'histoire d'Elf, ce serait l'objet d'un livre. Ecrire celle de Total, c'est raconter les guerres actuelles marquées par l'incertitude qu'elle nous laisse sur l'avenir de l'Humanité.

 

 

Loin de la mode stupide des « Livres noir », le bilan de Total ne se résume pas à un accident d'avion sur le tarmac de l'aéroport de Moscou : le nom de TOTAL est marqué du sang des millions d'Africains victimes des balles payées par le pétrole d'Elf, puis Total.

Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 06:29
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lenin Sur l'Ukraine

 

Article de Lénine, dans la Pravda numéro 82, 28 juin 1917

 

Traduction AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La faillite de la politique du nouveau gouvernement provisoire de coalition devient de plus en plus patente. L'Acte universel sur l'organisation de l'Ukraine, promulgué par la Rada (l'Assemblée) cenrale ukrainienne et adopté le 11 juin 1917 par le Congrès des délégués des forces armées de toute l'Ukraine dénonce ouvertement cette politique et offre des preuvres concrètes de cette faillite :

 

"Sans se séparer du reste de la Russie, sans faire sécession vis-à-vis de l'Etat russe", peut-on lire dans l'Acte, "le peuple ukrainien doit avoir le droit de disposer de lui-même, sur son propre sol (...) Toutes les lois qui décideront de l'ordre établi ici en Ukraine ne peuvent être adoptées que par l'Assemblée ukrainienne. Et les lois garantissant l'ordre dans tout le territoire régi par l'Etat russe doivent être adoptées par un Parlement de toute la Russie".

 

Voilà des termes parfaitement clairs. Ils affirment très précisément que le peuple ukrainien ne désire pas se séparer de la Russie, à l'heure actuelle. Il demande l'autonomie sans nier la nécessité d'une autorité suprême d'un "Parlement de toute la Russie". 

 

Pas un démocrate, et encore moins un socialiste, ne se risquerait à contredire la légitimité pleine et entière des revendications ukrainiennes. Et pas un démocrate ne refuserait à l'Ukraine le droit à se séparer librement de la Russie.

 

Seule une reconnaissance inconditionnelle de ce droit rend possible la défense d'une union libre des Ukrainiens et des Grand-russes, une association volontaire des deux peuples en un seul Etat. 

 

Seule une reconnaissance inconditionnelle de ce droit peut signifier rupture, complète et irrévocable, avec le maudit passé tsariste qui a tout fait pour rendre étrangers deux peuples, pourtant si proches par leur langue, leur territoire, leur caractère et leur histoire.

 

Le maudit tsarisme a fait des Grand-Russes les bourreaux du peuple ukrainien, et a suscité en eux une haine pour ceux qui allaient jusqu'à interdire aux enfants ukrainiens de parler et d'étudier dans leur langue maternelle.

 

Les démocrates révolutionnaires russes, si ils veulent être vraiment révolutionnaires et vraiment démocrates, doivent rompre avec leur passé, doivent regagner pour eux-mêmes, et pour les ouvriers et paysans de Russie, la confiance fraternelle des ouvriers et paysans ukrainiens. Cela ne peut être le cas sans la reconnaissance pleine et entière des droits de l'Ukraine, y compris le droit à la libre séparation de la Russie.

 

Nous n'encourageons pas l'existence de petits Etats. Nous soutenons l'union la plus étroite des travailleurs du monde entier contre "leurs" capitalistes et ceux de tous les autres pays. 

 

Mais pour que cette union soit volontaire, le travailleur russe, qui ne peut croire à un seul moment la bourgeoisie russe ou ukrainienne sur quoi que ce soit, soutient désormais le droit des Ukrainiens à faire sécession, ne voulant pas leur imposer son amitié, mais désirant se battre pour gagner leur amitié en les traitant comme des égaux, comme des alliés, des frères dans la lutte pour le socialisme.

 

La Reteh, journal des contre-révolutionnaires bourgeois aigris, rendus à moitié déments par la rage, a violemment attaqué les Ukrainiens, accusés d'avoir pris une décision "illégale". "Cet acte des Ukrainiens" disent-ils, "est une violation pure et simple de la loi, il appelle à l'application immédiate de sévères sanctions légales". Il n'y a rien à ajouter à ce déchainement de haine des contre-révolutionnaires bourgeois. 

 

A bas la bourgeoisie contre-révolutionnaire ! Vive l'union libre des paysans et ouvriers libres d'une Ukraine libre avec les ouvriers et paysans d'une Russie révolutionnaire ! 

Mardi 21 octobre 2014 2 21 /10 /Oct /2014 06:30
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TUC-Britain-needs-a-pay-rise-march.jpg100 000 manifestants à Londres pour augmenter les salaires ... après avoir perdu 250 € par mois depuis 5 ans !

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Moins d'une semaine après la grève inédite des travailleurs de la santé, c'est l'ensemble des travailleurs du secteur public et au-delà qui se sont mobilisés ce samedi. Une revendication : augmenter les salaires, après 5 ans de coupes salariales.

 

Ils étaient près de 100 000 à Londres d'après la secrétaire-générale du Trade Union Congress (TUC) Frances O'Grady, accompagnés par plusieurs milliers de manifestants à Glasgow et Belfast.

 

Augmenter les salaires après avoir perdu 250 € par mois depuis 2008 !

 

Dans les cortèges, une forte représentation de ceux qui ont le plus subi les coupes salariales depuis 2008 : les travailleurs du secteur public, dont une forte délégation d'enseignants, d'infirmiers, de postiers, cheminots mais aussi de pompiers et de sages-femmes.

 

A l'appel des syndicats du public Unite, Unison, du National union of teachers (NUT) ou encore du Royal college of Nurse, la revendication était claire : « Britain needs a pay rise », augmenter les salaires maintenant, après 6 ans de gel salarial, de baisse réelle des salaires.

 

Le Trade Union Congress (TUC) a ainsi démontré que depuis 2008, chaque travailleur britannique a perdu en moyenne 250 € par mois de salaire. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre confirme, évoquant une baisse de 10 % en termes réels.

 

On en est à la septième année d'affilée de baisse des revenus moyens des travailleurs : une première depuis les années 1850, pour la confédération syndicale britannique.

 

« Tous dans le même bateau » ? Baisse des salaires, hausse des profits !

 

Pendant que les salaires réels ont baissé de 10 % depuis 2008, le taux de profit a lui augmenté de 21 % depuis 2009.

 

Symbole significatif, la Royal Bank of Scotland, renflouée en 2008 à hauteur de 55 milliards d'euros, enregistre des profits records en 2014 : 3 milliards d'euros pour les six premiers mois, après 1,7 milliards en 2013. Nationalisée en 2008, elle devrait être privatisée d'ici l'an prochain.

 

Autre symbole frappant, le « Big six », les six grands monopoles de l'énergie (dont EDF) qui se partagent le gâteau du gaz et de l'énergie depuis leur privatisation ont multiplié par 5 leurs profits depuis 2009 pendant que les factures explosent : de 300 millions à 1,5 milliard d'euros.

 

David Cameron prétendait, lors de ses premiers budgets d'austérité que « tout le monde était dans le même bateau » (« We are all in this together »). Une fable, visible aux yeux de tous désormais.

 

Pour les travailleurs, la TVA est passée de 17 à 20 % (un coût de 600 € par famille, par an), 700 000 emplois publics ont été supprimés, le budgets des administrations publiques ont été coupées de 25 %, les salaires ont été gelés donc baissés en réel, enfin diverses allocations ont été réduites.

 

Pour les entreprises, la fête continue puisque l'Impôt sur les sociétés a été diminué de 28 à 24 % en 2010, de nouveau abaissé à 21 % en avril 2014. Il devrait passer à 20 % en 2015. Cela en fait le pays du G-8 le pays plus attractif pour les investisseurs.

 

Et la privatisation annoncée de la Royal Mail (la poste anglaise), la libéralisation accélérée du Service national de santé (NHS) ainsi que la poursuite du bradage du système de chemins de fer privatisé depuis 20 ans sont une source de profits faciles pour le big business britannique.

 

« Ils veulent démanteler tous les acquis gagnés depuis 1945 par les travailleurs »

 

Les leaders trade-unionistes présents à Hyde Park ont renvoyé ce message d'un pays où la lutte de classes n'est pas un discours idéologique mais bien une réalité vécue par tous, et une lutte gagnée par la classe capitaliste.

 

Ainsi, Dave Prentis, secrétaire-général d'Unison, réveille l'histoire des « deux nations », l'une ouvrière miséreuse, l'autre bourgeoise financière opulente, sorti tout droit du XIX ème siècle, des écrits d'Engels ou Dickens :

 

« C'est l'histoire de deux nations – l'une où le champagne coule à flots pour les banquiers et où les payes des PDG explosent, l'autre, celle d'un monde où les nôtres luttent pour un gagne-pain de misère ».

 

Len McCluskey, secrétaire-général d'Unite, ne dit pas autre chose. Pour le leader syndical, les conservateurs veulent « démanteler, détruire tous les acquis gagnés depuis 1945 par les travailleurs », en premier lieu la santé publique livrée aux grandes entreprises privées du secteur.

 

Même la souvent très modérée Frances O'Grady, leader de la Confédération syndicale TUC (Trade Union Congress), a du radicaliser son discours face à la foule réunie à Hyde Park :

 

« Après la plus longue, la plus grande période de baisse de salaires de notre histoire, il est temps de mettre fin à ce blocage des salaires, qui empêche la grande majorité d'avoir sa part de la reprise ».

 

« Une économie qui trouve de l'argent pour financer des baisses d'impôts pour les riches et la cupidité des managers, tandis que le reste subit des baisses de salaire, et des coupes importantes dans les services publics : elle n'est plus supportable pour la majorité », a-t-elle déclaré.

 

Ce que les travailleurs britanniques subissent depuis au moins 2010, c'est ce qui attend les travailleurs français à partir de cette année.

 

La visite d'allégeance de Valls à Londres, avec son « My governement is pro-business » adressé au gouvernement Cameron et à la City qu'il représente n'est pas qu'un symbole, c'est le signal du début du combat en France, les yeux rivés vers l'exemple anglais.

 

 

En six ans de mesures contraires au monde du travail, les salaires réels ont baissé de 10 % en Grande-Bretagne. La riposte est là, même tardive, pas assez forte. A nous d'apprendre du cas britannique pour ne pas laisser faire ce vaste transfert de richesse du travail vers le capital, organiser la riposte maintenant contre le « gouvernement pro-business » de Valls.

Lundi 20 octobre 2014 1 20 /10 /Oct /2014 07:11
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thomas-sankara8.jpgIl y a 27 ans, l'impérialisme français était complice de l'assassinat du Che Guevara africain, Thomas Sankara

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

15 octobre 1987, l'espoir des peuples africains, le dernier révolutionnaire du continent était assassiné : Thomas Sankara. Le fondateur du « pays des hommes intègres », le Burkina Faso, était aussi pour toute une génération le « Che Guevara africain ».

 

L'hypocrisie de la France et de sa « politique des droits de l'Homme » n'est jamais aussi claire qu'en Afrique, où elle a soutenu et encore les pires dictateurs, détruit les mouvements progressistes. Le Burkina Faso en est le cas le plus tragique.

 

Le pays est en 1983 un des plus pauvres d'Afrique. Une réserve de main d'oeuvre pour les pays voisins comme la Cote d'Ivoire, un pays qui compte 75 % de personnes en pauvreté absolue, avec une espérance de vie moyenne de 40 ans.

 

Le fondateur du Burkina-Faso, « le pays des hommes intègres »

 

Un siècle de colonialisme, puis un quart de siècle de néo-colonialisme n'ont instauré que la misère, la dépendance économique et la corruption généralisée, l'analphabétisme quasi-intégral et la mort partout. Tout va changer avec le jeune capitaine Sankara.

 

Thomas Sankara a 35 ans quand il accède au pouvoir en 1983, après un coup d'Etat mené par des officiers progressistes marxistes – issus du Regroupement des officiers communistes (ROC) –, soutenu par un vaste mouvement populaire.

 

Thomas Sankara avait déjà été ministre de l'Information en 1981 puis Premier ministre en 1982. Son discours axé sur la lutte contre le capitalisme inégalitaire, l'anti-impérialisme, mettant au premier plan une révolution politique, morale et sociale enthousiasme la jeunesse. Il déplaît à la France, à la Côte d'Ivoire qui pousse le président Ouedraogo à incarcérer son Premier ministre.

 

Le 4 août 1983, il accède au pouvoir, devient immédiatement le héros de la jeunesse, des paysans sahéliens, des ouvriers miséreux, des femmes opprimées. Son discours du 2 octobre donne la ligne : justice sociale, unité nationale inter-ethnique, solidarité internationale, auto-suffisance alimentaire, indépendance économique réelle, et vaste plan d'éducation et de santé.

 

Sankara commence par les symboles. La Haute-Volta perd son nom colonial et devient Burkina-Faso : le « pays des hommes intègres ». La devise est à l'image de la révolution, et de son leader, inspiré par Che Guevara et Fidel Castro : « La patrie ou la mort, nous vaincrons » !

 

Puis, très vite, on passe des symboles à la réalité. Le pouvoir politique passe de la bourgeoisie compradore, des élites politiques corrompus, des chefs féodaux au peuple, aux travailleurs réunis dans les Comités de défense de la révolution (CDR).

 

Les Tribunaux populaires de la révolution (TPR) permettent aux gens du peuple de mettre en jugement leurs oppresseurs. Si de nombreux excès sont commis, si certains en profitent pour régler leurs comptes, le procédé marque le changement dans les rapports de pouvoir.

 

10 mesures qui vont radicalement transformer le Burkina

 

Les mesures que va prendre le président Sankara vont transformer radicalement la société burkinabée.

 

1 – il va réduire le train de vie des représentants du peuple. De Mercedes, ils vont passer en Renault 5. De la classe affaires, ils passent en classe touristes. Exit les politiciens corrompus, place à des jeunes, des femmes, des gens issus du peuple, acquis aux idées révolutionnaires.

 

2 – Il va abolir les privilèges, les droits féodaux. C'est Sankara, et non les hypocrites Français, qui va faire la Révolution de 1789 au Burkina : c'est lui qui supprime les « droits féodaux », essentiellement des dons imposés, des prélévements obligatoires sur les récoltes, des corvées.

 

3 – Il va mener une campagne d'alphabétisation, développer l'éducation publique. A chaque école, son village sera le mot d'ordre. Des centaines d'écoles vont être construites en quatre ans. Entre 1983 et 1987, le taux de scolarisation passe de 16 à 24 %, le taux d'analphabétisme recule chez les hommes de 95 à 80 %.

 

4 – Il va développer la santé publique, avec de vastes campagnes de vaccination. Un village, un poste de santé, disait Sankara. 2 millions et demi de Burkinabés sont vaccinés en trois ans, l'OMS loue la politique de santé de Sankara qui éradique la polio, la rougeole, la méningite.

 

Le taux de mortalité infantile, jadis le plus bas d'Afrique, chute. Sankara impose la gratuité totale des soins à l'hôpital, le prix des médicaments est régulé, la médecine du travail est instauré.

 

5 – Il nationalise la terre, le sous-sol, réalise une réforme agraire. Outre la suppression des droits féodaux, Sankara redistribue la terre – devenue propriété de la nation – aux paysans les plus pauvres, et garantit des prix de subsistance aux producteurs.

 

6 – Il mène une politique d'indépendance économique, d'auto-suffisance. En encourageant la production agricole locale, en redistribuant la terre, le Burkina passe d'un pays encore importateur en denrées agricoles en un pays auto-suffisant en 1987.

 

Sur le plan de la production artisanale, il diffuse la mode du « Faso Fani », qu'il impose aux fonctionnaires : les cotonnades produites par la célèbre manufacture d'Etat burkinabé, ainsi que les productions autochtones sont encouragées pour se subsituer aux importations.

 

Sa politique de stimulation de l'économie locale s'accompagne d'une « économie populaire » qui vise à faire reculer la faim : 2 repas par jour, 10 l d'eau potable deviennent les objectifs prioritaires.

 

7 – Il est à l'origine d'une politique publique du logement, répondant aux besoins des plus modestes. A Ouagadougou seul, en 1983, 60 % des logements étaient des habitations spontanées, sans eau ni électricité, ni ramassage de déchets, ni évacuation des eaux usées.

 

Sankara impose la destruction des quartiers insalubres. Il crée plus de logements en trois ans que ce qui a été fait depuis l'indépendance. Il divise le prix des loyers par 3, en imposant des maximum : un studio avec eau et électricité est à 10 € maximum, sans les agréments, c'est 4 €.

 

8 – Il lutte contre la déforestation, la désertification par une politique volontariste. L'agriculture vivrière, le monde pastoral est bouleversé par une désertification qui atteint des proportions colossales : 250 000 ha par an de surfaces boisées sont perdues chaque année.

 

Le gouvernement Sankara impose à chaque famille de planter 100 arbres pendant 5 ans. En seulement 2 ans, 10 millions d'arbres sont plantés. Le Burkina-Faso devient un modèle continental de lutte contre le fléau de la désertification.

 

9 – Il rend la culture populaire, dans les villes comme à la campagne. Les semaines nationales de la culture sont instaurées en 1983 dans les villes. Des salles de spectacles se construisent partout, les troupes artistiques se créent. La télévision laisse une large place à la culture.

 

10 – Il fait progresser la cause de l'émancipation de la femme, de l'égalité entre les sexes. C'était le grand combat de Thomas Sankara : « Il n'y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée », aimait-il à répéter, dans la tradition de Fourier, Marx, Zetkin et Lénine.

 

Thomas Sankara laisse une grande place aux femmes dans son parti, son administration, dans les organismes de base de la révolution. Il tente de libérer les femmes de la « double exploitation », de la chape de plomb de la société patriarcale.

 

Hélas, son nouveau code de la famille qui devait permettre d'abolir la polygamie, l'excision rencontre une forte opposition y compris chez certaines femmes. Pas seulement par aliénation, aussi pour des raisons économiques : la polygamie assure, pour les femmes et les ménages pauvres, une certaine sécurité économique, une division-coopération du travail qui les soulage.

 

Un anti-impérialisme qui dérange :

l'assassinat du Che africain, les complicités de la France

 

Tout cela en quatre ans ? Tout cela en quatre ans. Même si le processus sera naturellement inachevé. Même si il y eut beaucoup d'erreurs de jeunesse, de maladresses, d'excès y compris jusque dans la personnalisation, la militarisation de la société.

 

Pour Thomas Sankara, le combat pour la révolution burkinabé est aussi celui pour la libération de l'Afrique de l'impérialisme, du néo-colonialisme, pour le socialisme africain. Sankara devient ainsi l'héritier de Patrice Lumumba, assassiné avec la complicité des Occidentaux en 1960.

 

L'anti-impérialisme de Sankara est condamnation de la dette qui asservit les peuples africains, maintient les Etats dans une dépendance par rapport à l'ancienne puissance coloniale. Il dénonce à l'ONU cette dette qui fait des Etats africains, de faux Etats indépendants, condamnés à la misère.

 

Sans entrer dans le bloc de l'Est, il se rapproche par ailleurs des pays communistes. Il est ami de Fidel Castro, un admirateur de la révolution cubaine. Il cherche un point d'appui auprès de l'URSS en 1986, qui lui offre une aide économique conséquente.

 

Son anti-impérialisme, son pan-africanisme, son philo-communisme agacent. Ils agacent la vieille puissance coloniale française, ainsi que ses alliés dans la région, d'abord la Côte d'Ivoire de Félix Houphouet-Boigny, ainsi que le Togo et le Mali.

 

En novembre 1986, le président de la République française François Mitterand – celui qui disait en 1954 l' « Algérie c'est la France, elle va des Flandres au Congo » – est en visite à Ouagadougou.

 

Sans haine, avec calme et éloquence, Sankara critique vertement Mitterand, et la France qui vient d'accueillir le Premier ministre d'apartheid sud-africain Pieter Botha en France. Il critique l'hypocrisie de la France qui prétend être l'ami des pays africains, et soutient l'apartheid.

 

Le président Miterrand n'apprécie guère cette remontrance. Il lui répond sur un ton paternaliste, sous des menaces voilées. Sankara vient de signer son arrêt de mort. Avec le retour de la droite à Matignon, la ré-activation des réseaux RPR-Foccart, la France complote pour le faire chuter.

 

Les événements de 1987 restent marqués par le mystère. Selon diverses sources, la Côte d'Ivoire agissait en sous-main pour corrompre certains acteurs haut placés du régime, menait une campagne de salissement du capitaine Sankara.

 

Le Mali, le Togo multiplient les provocations, tentant d'embarquer le Burkina Faso dans une guerre qu'elle perdrait nécessairement faute d'équipement militaire adéquat.

 

Finalement, le 15 octobre 1987, il est assassiné lors d'une session extraordinaire du Conseil national de la révolution, pris d'assaut par un commando militaire armé de grenades, de fusil-mitrailleurs. Son corps est transporté, puis enterré sans aucune cérémonie au cimetière de Dangoen.

 

Le commanditaire de l'assassinat ne fait guère de doute, c'est celui qui a profité du crime. Son meilleur ami, que beaucoup décrivent comme ambitieux, jaloux, sans convictions : Blaise Compaoré, approché depuis plusieurs années par la Côte d'Ivoire et la France.

 

Dès son arrivée au pouvoir, Compaoré rétablit des relations cordiales avec la France. Il coupe les liens avec Moscou et la Havane. Dès 1991, il obéit docilement aux plans d'ajustement structurel du FMI, aux projets de privatisation qui vont ruiner le pays, toujours un des plus pauvres de la région.

 

Les acquis de la révolution burkinabée sont déconstruits, la mémoire de Sankara officiellement oubliée. La France a fait de Compaoré, dirigeant corrompu, criminel, son pilier dans la région. Il est devenu son médiateur favori dans les crises ivoiriennes, maliennes récemment.

 

Blaise Compaoré est un dictateur régulièrement élu avec 80 % des voix comme en 2005, en 2010. Cela ne pose aucun problème à la France.

 

Récemment, la presse malienne a évoqué le double jeu de Compaoré au Mali, avec un soutien potentiel apporté en sous-main aux djihadistes pour déstabiliser son voisin, et s'imposer comme un personnage central dans la région. La France baisse les yeux bien sûr.

 

On sait bien que Compaoré a trempé dans d'autres conflits régionaux, comme au Sierra Leone, au Libéria, avec son sinistre ami Charles Taylor, contribuant au trafic de diamants régional et à des conflits fratricides.

 

Aujourd'hui, la famille de Thomas Sankara demande justice. Le Collectif « Justice pour Sankara, justice pour l'Afrique » demande qu'une enquête indépéndante soit ouverte sur son assassinat, pointant les responsabilités de la Côte d'Ivoire, des Etats-unis et de la France.

 

Mémoire bafouée, corps mutilé, idées piétinées : Thomas Sankara reste tout de même une idole pour la jeunesse du Burkina et d'Afrique. On peut finir par ces mots du capitaine Sankara, prononcé lors des premières asssines des Tribunax révolutionnaires, le 3 janvier 1984 :

 

« Tant qu'il y aura l'oppression et l'exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités. La justice sous la révolution démocratique et populaire sera toujours celle des opprimés et des exploités contre la justice néo-coloniale d'hier, qui était celle des oppresseurs et des exploiteurs ».

 

 

A bas l'impérialisme, à bas le néo-colonialisme, à bas le capitalisme comme disait la jeunesse révolutionnaire burkinabé : « la patrie ou la mort, nous vaincrons » camarade Sankara !

Dimanche 19 octobre 2014 7 19 /10 /Oct /2014 06:00
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Balles affiche copieLe 14 juillet 1953, un massacre oublié : 6 algériens, 1 communiste exécutés par la police française en plein Paris

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

L'histoire officielle a la mémoire sélective. Elle passe sous silence le 17 octobre 1961, comme elle oublie le 8 février 1962. Mais qui connaît le 14 juillet 1953 ? Qui sait qu'il s'agit d'un des plus grands crimes de la police française du XX ème siècle ? Qui sait qu'un massacre de 7 militants a été commis en plein Paris ?

 

Le film de Daniel Kupferstein « Les balles du 14 juillet 1953 », tout juste sorti, a un mérite indéniable : celui de sortir de l'ombre un massacre oublié, exhumé déjà par Danielle Tartakowsky, entre autres.

 

1952, 1953 : la police tue des Algériens à Paris et dans le reste de la France

 

14 juillet 1953, on est en pleine guerre d'Indochine. L'armée française ploie sous l'organisation et la détermination du Vietminh, les communistes indochinois menés par Ho-Chi-Minh. La police française intensifie la répression contre les militants pacifistes. Raymonde Dien et Henri Martin deviennent des symboles de la résistance en France au colonialisme, incarnée par le PCF.

 

En Afrique du nord, les tensions montent aussi, le mouvement indépendantiste se radicalise. En France, les nationalistes alors regroupés dans le MTLD de Messali Hadj multiplient les manifestations, réclament l'indépendance, sortent le drapeau algérien.

 

En mai 1952, après l'annonce de l'assignation à résidence de Messali Hadj, les manifestations de solidarité foisonnent dans les villes de province, la police les réprime dans le sang : 1 mort à Mézières, 1 autre au Havre et un dernier à Montbéliard.

 

Le MTLD se joint à certains défilés de la classe ouvrière, organisée par le PCF et la CGT, comme le 1 er mai 1953 avec ses mots d'ordre, portraits (de Messali Hadj), drapeaux algériens.

 

Le 28 mai 1952, le militant communiste algérien Hocine Belaid est tué par la police, lors des manifestations contre la venue du Général américain Ridgway, responsable de la guerre sale en Corée.

 

La police a donc déjà tué au moins quatre fois entre 1950 et le 14 juillet 1953. Ce jour-ci, la CGT et le PCF organise comme chaque année depuis 1935 – avec l'interruption de la guerre – un défilé populaire, anti-fasciste entre Bastille et Nation qui rassemble plusieurs dizaines de milliers de militants ouvriers français et plusieurs milliers d' algériens.

 

Il ressort des archives de police, des témoignages de survivants que la police avait l'intention ce 14 juillet de ne plus reculer face aux cortèges disciplinés et résolus du MTLD. Cette fois, ils emploieraient la manière forte.

 

Une provocation policière préméditée

 

De fait, au moment où la manifestation est en train de se disperser, à Nation, des coups de feu sont tirés, l'incompréhension domine la tribune, la panique saisit la foule. Les versions divergent, entre la police qui prétend la légitime défense, les manifestants l'agression délibérée de la police.

 

Ce sont les versions reprises dans la presse. L'Humanité communiste dénonce l' « odieuse provocation policière », pleure les victimes algériennes et communistes. L'Aurore, le Figaro pointent une « émeute communiste », une « agression algérienne » et justifient les méthodes policières. Le Populaire socialiste se désintéresse de l'affaire.

 

Aujourd'hui, les témoignages, les archives permettent d'arriver sur certains points d'accord :

 

1 – les manifestants étaient sans armes alors que les policiers ont tiré à balles réelles, à l'horizontale ;

 

2 – ce ne sont pas « 12 douilles » comme prétendus alors qui ont été tirés mais plusieurs centaines de balles ;

 

3 – l'événement déclencheur est la tentative d'un brigadier de confisquer le drapeau algérien des manifestants. Celui-ci bousculé aurait glissé dans le cortège. Sans vélléité agressive des manifestants, et sans sommation, les policiers ont alors ouvert un feu nourri vers les manifestants ;

 

4 – les témoignages des agents de police encore vivants, les documents d'archive semblent indiquer une vraie préméditation de la part de l'encadrement, une volonté d'en « découdre avec les Algériens » ;

 

Tous ces éléments infirment la thèse de la légitime défense, et confirment ce que l'Humanité dénonçait dès le 15 juillet : une « odieuse provocation » au bilan sanglant, 6 jeunes nationalistes sont morts, tout comme un militant de la CGT, également communiste. Il faut ajouter une cinquantaine de blessés selon la Police, mais le chiffre est sans doute sous-évaluée.

 

Leurs noms : Amar Tabjadi, 26 ans ; Abdallah Bacha, 25 ans ; Larbi Daoui, 27 ans ; Abdelkader Dranis, 31 ans ; Mohammed Isidore Illoul, 20 ans, ; Medjen Tahar ; et Maurice Lurot, 40 ans, mort après avoir tenté de secourir un Algérien tombé sous les balles de la police.

 

Ré-organisation de la police : vers des brigades de choc

 

On retrouve dans cette violence déchaînée, la violence sanguinaire de la troupe à la fin du XIX ème siècle contre la classe ouvrière. On se souvient de la répression du 1er mai 1891 à Fourmies et ses 9 morts. Il ne faut pas oublier non plus qu'en 1947-1948 la police comme l'armée avaient violemment réprimé les grèves organisées par la CGT et le PCF, jusqu'à envoyer les chars.

 

Les débats parlementaires après le massacre du 14 juillet 1953 ne manquent pas de sel. Le ministre de l'Intérieur radical-socialiste défend les victimes policières, contraintes à la légitime défense. Des députés de centre-droit demandent l'interdiction des manifestations, la déchéance de nationalité pour les Algériens de France.

 

De fait, ce massacre ne sera pas sans conséquence. Les défilés du 1 er mai comme ceux du 14 juillet seront interdits à Paris entre 1953 et 1968. Le défilé populaire du 14 juillet ne s'en remettra jamais.

 

La police est aussi fortement réorganisée. En 1951, les anciens policiers collaborateurs étaient ré-intégrés à la police « républicaine », alors que Maurice Papon est nommé secrétaire-général de la Préfecture de police.

 

Après 1953, des « brigades de choc » sont créées pour lutter contre les Algériens subversifs.

 

C'est la Brigade agressions et violences (BAV). Elle est présentée comme une force de défense contre les agressions nocturnes imputées aux Algériens. Elle est de facto une police d'exception pour les Nord-Africains, chargés de les surveiller, les contrôler, les ficher.

 

Elle ne s'arrête pas à la surveillance. Elle sera spécialiste des rafles dans les quartiers populaires, tandis que le préfet de police Papon tentera d'importer via cette brigade les méthodes de la « stratégie contre-insurrectionnelle » expérimentée en Algérie, non sans résistances internes.

 

De l'autre, ce sera tardivement la recréation des Brigades nord-africaines actives entre 1925 et 1945, et notamment les « forces de police auxiliaire » (FPA), composées d'Algériens, qui à partir de 1960 va employer toutes les méthodes pour lutter contre le FLN, dont la torture généralisée.

 

L'armement de la police régulière change aussi, pour devenir plus meurtrier. C'est en 1953 que l'on équipe la police du « bidule », une sorte de manche de pioche d'un mètre de long et de 5 cm de diamètres capables, dixit les services de police de « fracasser un crâne aussi facilement qu'un œuf à la coque ».

 

Les « assassins de la mémoire », les « criminels de l'histoire »,

ce sont d'abord l'Etat français, les socialistes !

 

Ce massacre du 14 juillet 1953 fut donc la répétition générale des deux grands carnages parisiens de la guerre d'Algérie.

 

Le 17 octobre 1961 où plus d'une centaine de nationalistes algériens sont massacrés par la police de Papon, jetés à la Seine. Et le « massacre de Charone », le 8 février 1962, quand 8 militants CGT et PCF trouvent la mort, écrasés contre la grille de métro, ou le crâne fracassé après une charge policière.

 

Comment ce massacre peut-il être oublié aujourd'hui ? Certes, certains regrettent que le FLN en Algérie, le PCF en France n'aient pas fait assez pour faire connaître ces faits, les intègrent à leur mémoire.

 

Mais ce procès occulte les vrais responsables, les « assassins de la mémoire », mais aussi les criminels de l'histoire.

 

Il faut pointer du doigt la police française, le gouvernement composé alors de la « Troisième force ». En 1953, les radicaux-socialistes, les démocrates-chrétiens (MRP), la droite du CNIP, ainsi que les sociaux-démocrates de l'UDSR dont François Miterrand.

 

Les socialistes de la SFIO – qui font alors partie de la « Troisième force » anti-communiste, colonialiste, atlantiste avec le MRP et les radicaux – sont les premiers « assassins de la mémoire », silencieux dès le 15 juillet 1953, au cœur de la répression des nationalistes algériens sous la main sanglante de Guy Mollet et François Mitterrand.

 

Le PCF, la CGT étaient alors engagés pleinement dans la lutte contre la guerre d'Indochine. Ils étaient aussi au cœur de l'énorme grève des agents de la fonction publique qui va paralyser le pays.

 

Cela ne les empêchera pas le PCF d'organiser un grand meeting-hommage au Cirque d'Hiver le 21 juillet qui sera un succès de masse, tandis qu'à la section PCF du 18 ème (celle de Maurice Lurot) une chapelle ardente était érigée pour un dernier hommage aux 7 victimes.

 

Les corps sont ensuite exposés à la Maison des métallos – le corps de métier de Maurice Lurot – avant que ce dernier soit enterré au Père-Lachaise et que le corps des six jeunes Algériens soient rapatriés en Algérie.

 

Que les communistes n'en aient pas fait assez pour rappeler cette mémoire tragique, peut-être. Mais une concurrence macabre des mémoires n'a pas lieu d'être. Surtout, ils occultent les vrais criminels, les vrais complices, en premier lieu la famille socialiste – au cœur de l'agenda colonial.

 

François Hollande a mis son mandat sous l'égide de Jules Ferry. L'apôtre de la « mission civilisatrice » française, le conquérant du Tonkin et de la Tunisie. Ferry « le tonkinois » n'est pas notre modèle, c'est en 2014 celui de notre président.

 

Nous avons été gouvernés pendant 14 ans par un président socialiste qui proclamait que la France s'étendait des « Flandres au Congo » que l' « Algérie, c'était la France ». Sous son passage au Ministère de l'intérieur, 45 nationalistes algériens sont guillotinés.

 

 

Au moment où nous commémorons le 53 ème anniversaire du 17 octobre 1961, où on veut nous enfermer dans une fratricide guerre des mémoires – quand on ne peut plus garantir l'oubli imposé –, souvenons-nous du 14 juillet 1953, dénonçons les responsables de ce crime odieux.

Samedi 18 octobre 2014 6 18 /10 /Oct /2014 07:01
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neruda.jpgEn 1963, le prix Nobel de littérature a été refusé à Pablo Neruda ... parce qu'il était communiste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

C'est la saison des Nobels. On sait combien la décision d'octroi de ce prix prestigieux est un enjeu politique, célébrant une vision capitaliste (néo-libérale) de l'économie, une conception de la paix célébrant les chefs de guerre. Le Nobel de littérature n'y a jamais non plus échappé.

 

La France récompensée par l'Académie suédoise en économie et en littérature, les hommages se multiplient. Les esprits plus critiques soulignent le caractère idéologique du prix en économie. Il ne faut pas oublier que la littérature a toujours été aussi un enjeu politique et idéologique.

 

Il suffit de rappeler l'octroi des prix en 1958 à Boris Pasternak, à 1970 à Alexandre Soljenitsine. Au-delà de leur indéniable talent littéraire, il fallait être trop naif pour y voir aussi une arme idéologique contre le bloc communiste, en ces temps de guerre froide.

 

Jean-Paul Sartre avait avec dignité refuser ce prix en 1964 car ses sympathies allaient « au bloc de l'Est », « au socialisme ». Souvent rapproché à lui, un certain Albert Camus, en voie de panthéonisation, n'avait pas eu la même classe, si l'on peut dire.

 

On pourrait souligner qu'un certain Louis Aragon – et combien d'autres écrivains brillants affiliés au monde intellectuel communiste – n'a jamais eu une telle distinction.

 

Avait-il moins de talent qu'André Gide, Saint-John Perse ou Franois Mauriac, la postérité de leurs œuvres respectives parle d'elle-même.

 

Une révélation récente jette même une autre lumière sur le caractère prétendument objectif de ce prix. Pablo Neruda, peut-être l'homme de lettres le plus brillant qu'ait connu l'Amérique latine, a du attendre l'année 1971 pour être primé. Il était pressenti depuis une dizaine d'années comme lauréat.

 

Le journal conservateur « Svenska Daglabet » a révélé au début de l'année que Pablo Neruda avait été écarté en 1963 pour des raisons politiques, par le secrétaire de l'Académie, Anders Osterling.

 

Selon Osterling, Neruda ne pouvait recevoir le prix car il était communiste : « Sa tendance communiste, de plus en plus prégnante dans sa poésie, n'est pas compatible avec le prix Nobel ».

 

Les révélations des archives nous en apprennent beaucoup sur les délibérations. La même année, le grand écrivain soviétique Mikhail Cholokhov était censuré, car trop communiste.

 

Samuel Beckett, perçu comme nihiliste, et Vladimir Nabokov, jugé immoral, n'ont pas connu un sort plus enviable. Le prix sera remis à un écrivain plus consensuel, classique, et relativement oublié par rapport aux autres noms mentionnés, le Grec Giorgios Seferis.

 

Aux laudateurs du prix Nobel, on a encore envie de citer Sartre qui évoquait dans sa lettre au Comité du Nobel en 1964 les raisons de son refus, à la fois personnelles et objectives :

 

« Les raisons personnelles : j'ai toujours décliné les distinctions officielles. (...) L'écrivain doit donc refuser de se laisser transformer en institution même si cela a lieu sous les formes les plus honorables comme c'est le cas.


Mes raisons objectives sont les suivantes : le seul combat actuellement possible sur le front de la culture est celui pour la coexistence pacifique des deux cultures, celles de l'est et celle de l'ouest.

 

Je ne veux pas dire qu'il faut qu'on s'embrasse, je sais bien que la confrontation entre ces deux cultures doit nécessairement prendre la forme d'un conflit, mais elle doit avoir lieu entre les hommes et entre les cultures, sans intervention des institutions.

 

Mes sympathies vont indéniablement au socialisme et à ce qu'on appelle le bloc de l'est, mais je suis né et j'ai été élevé dans une famille bourgeoise. J'espère cependant bien entendu que « le meilleur gagne », c'est à dire le socialisme. »

 

 

Quoi qu'on pense de Sartre politique, philosophe, Homme, son geste nous paraît aujourd'hui plus subversif que les thuriféraires des Nobel – y compris dans notre propre camp. Pour reconnaître le talent d'un Neruda ou d'un Aragon, pas besoin d'une Académie suédoise !

Vendredi 17 octobre 2014 5 17 /10 /Oct /2014 06:14
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Pressemitteilung-1413300292.jpgLa grève des cheminots allemands paralyse le trafic, face à une direction prête à tout pour éliminer le syndicat des conducteurs

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Nouvelle grève ce mercredi sur le réseau ferroviaire allemand, nouvelle mobilisation massive à l'appel du syndicat des conducteurs de train qui a paralysé le réseau. La direction de la Deutsche Bahn (DB) veut passer à une autre étape et marginaliser au maximum le syndicat.

 

Après les grèves massives du 1er septembre et du 7 octobre, cette grève de 14 h du 15 octobre n'a pas montré de signe de faiblissement. Pire, il semble que la direction de la Deutsche Bhn (SNCF allemande) ait cherché le pourrisssement, en participant à la désorganisation du trafic ferroviaire.


 

Un trafic paralysé sur le rail, avant la grève des pilotes de ligne demain


 

C'est en tout cas l'impression que cela donne, l'analyse que font nos camarades du syndicat des conducteurs de train GDL. Ce qui est sûr, c'est que le trafic était paralysé dans sa quasi-intégralité ce mercredi en Allemagne.

 

Deux trains sur trois de longue distance ont été à l'arrêt, avec un mouvement également très suivi au niveau des trains régionaux. Le succès des autobus interurbains – dont les réservations ont augmenté de 20 % – est aussi une preuve indirecte du succès de la grève.

 

Cette grève se déroule en parallèle à celle des pilotes de ligne de la filiale low-cost de la Lufthansa, GermanWings. La grève de jeudi devrait conduire à l'annulation d'au moins 1 avion sur 5, soit un centaine d'engins partant des aéroports allemands.


 

La direction de la DB prête à tout pour éliminer le syndicat


 

Toutefois, l'attitude de la Deutsche Bahn (DB) a redoublé d'agressivité contre les grévistes. Le directeur du personnel, Ulrich Weber, a ainsi déclaré publiquement à la chaîne ZDF « qu'il sympathisait avec les clients », et dénonçait « le toupet, le culot » des cheminots de la GDL.

 

Elle a aussi participé à la désorganisation du réseau en n'informant pas correctement les usagers des annulations de train, des retards, pourtant prévisibles.

 

La DB désire par le pourrissement du conflit se débarrasser du gênant syndicat des conducteurs de train (GDL) et pouvoir compter sur le syndicat de collaboration, l'EVG, le Syndicat des chemins de fer affilié à la Confédération générale allemande, la DGB.

 

En pleine négociation des conventions collectives, la direction de la DB prétexte des mouvements de grève pour justifier la marginalisation de la GDL, et faire de l'EVG le seul partenaire légitime.

 

Les revendications de la GDL sont considérées comme inacceptables par la direction : limiter la semaine de travail de 39 à 37 h et une augmentation de 5 % des salaires, non seulement pour les 20 000 conducteurs mais aussi pour les 17 000 personnels à bord.

 

C'est ce qui a transformé le syndicat corporatiste des conducteurs en un syndicat de lutte, désormais fortement implanté dans le personnel roulant. La GDL défend l'idée qu'elle est désormais le syndicat majoritaire dans l'ensemble des salairés de la DB aec ses 34 000 syndiqués.

 

En 2010, la DB avait préféré signer deux conventions collectives – une plus favorable pour les conducteurs signée avec la GDL, l'autre défavorable pour les autres personnels avec l'EVG – désormais elle préférait une seule convention collective, défavorable, sans la GDL.


 

Le bras de fer pour défendre le droit de grève continue


 

Il faut comprendre que la lutte dépasse le seul secteur des chemins de fer. Ce bras de fer est celui pour la défense du droit de grève, de la défense des syndicats de base, les seuls à briser le consensus de la co-gestion, collaboration entre patronats et syndicats, au profit du capital allemand.

 

Le syndicat des conducteurs de train (GDL), comme celui des pilotes de ligne (VC) sont des épines dans le pied du capital allemand.

 

Une enquête de l'Institut d'études pro-patronal IW, menée par Hagen Lesch, sur 123 conflits du travail avait montré que les syndicats dits catégoriels (aussi de « lutte », de « base » dans le contexte allemand) allaient plus souvent au conflit que les autres.

 

C'est pourquoi le gouvernement, poussé par le patronat mais aussi par la confédération syndicale DGB, avance un projet de restriction du droit de grève, au nom de la représentativité syndicale, ou « tariffeinheit » (unicité de négociation syndicale).

 

Avec le « tariffeinheit », un seul syndicat représentatif pourrait mener les négociations dans une entreprise, une branche. Un seul syndicat dans les négociations, un seul donc légitime à les rompre et à entrer en grève. Les autres syndicats seraient réduits à l'impuissance, donc à la disparition.

 

Le tariffeinheit avait été instauré en 1950 dans la RFA capitaliste (où le Parti communiste était interdit, comme les grèves dans le secteur public, ce qui est toujours le cas!) pour façonner un panorama syndical docile, de co-gestion, derrière la DGB réformiste.

 

Le but est bien entendu toujours de faire triompher les syndicats de co-gestion liés à la DGB sur les syndicats de métier mais aussi de lutte comme la GDL, ou VC.

 

Cette offensive patronale menée depuis 2010 trouveune suite dans le projet de loi de la ministre du travail social-démocrate (SPD), Andrea Nahles, qui prévoit d'ancrer ce principe de l' « unicité de négociation »limitant la capacité d'action, de négociation et de mobilisation des syndicats de base.

 

Qu'attend la CES (Confédération européenne des syndicats) prompte à monter au front pour défendre le syndicat de Hong-Kong ? Qu'attend-elle pour défendre le droit de grève en Europe, créer la convergence des luttes entre cheminots allemands, belges, français ou suédois ? Le hic, c'est que la CES défend le syndicat jaune EVG, et non celui de lutte GDL. Fâcheux.

 

La lutte de nos camarades allemands ne peut que susciter notre solidarité qui passe par l'organisation de la mobilisation ici en France contre les suites de la « réforme ferroviaire », d'abord les conditions de sa mise en application.

Jeudi 16 octobre 2014 4 16 /10 /Oct /2014 06:48
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strike-011.jpg 500 000 travailleurs de la santé en grève en Grande-Bretagne contre les baisses de salaire : la plus grande grève du secteur depuis 30 ans

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



La grève du lundi 13 octobre a mobilisé 500 000 infirmiers, brancardiers, conducteurs d'ambulances, sages-femmes, personnels médicaux de Grande-Bretagne pour lutter contre les baisses des salaires réels, et plus largement contre les coupes budgétaires.



La plus grande grève dans le secteur, tout simplement la première grève nationale depuis 32 ans : c'est ainsi que les syndicats ont présenté cette mobilisation des travailleurs de la santé, portant fondamentalement sur la baisse des salaires réels depuis 2010.



La grève a fait l'unanimité : les syndicats Unite, Ucatt (Syndicat des techniciens et PCS (Syndicat des services publics), Unison mais aussi l'Association des spécialistes et consultants des hôpitaux, l'Association britannique des thérapeutes du monde du travail ou encore celle des cadres.



Ce fut même la première action de grève de l'histoire du RCM, le Collège royal des sages-femmes.



Elle a fait l'unanimité aussi parmi la population britannique puisque les 3/5 ème des Britanniques pensent – selon un sondage commandité par le syndicat UNISON – que la grève des salariés de la santé est justifiée.



La colère gronde dans le NHS (Système national de santé) qui fut longtemps un des fleurons européens en terme de qualité de soins sous l'égide d'un système public intégré.



Aujourd'hui, les personnels de santé ont vu leur salaire réel baisser depuis 2010. Lors des dernières négociations, le Ministre de la Santé conservateur Jeremy Hunt a refusé même une hausse de 1 % des salaires. Un camouflet.



Dans le même temps, les hôpitaux souffrent de coupes massives, de 20 milliards de £ jusqu'en 2015,ce qui signifie la fermeture d'une trentaine de services d'urgence, de soins pour enfants, les projets de fusion des hôpitaux menacés de faillite, la suppression de 20% du personnel de santé.



Tous les hôpitaux du pays ont fonctionné au ralenti, toutes les opérations non-urgentes ont été annulées, tandis que les grévistes ont monté des piquets de grève devant les hôpitaux, les stations d'ambulance à partir de 7 h du matin.



Les syndicats ont bien accepté de répondre aux urgences. Toutefois, les forces de police ainsi que l'armée ont symboliquement pris le relais pour conduire certaines ambulances dans la grève. Une « provocation non-nécessaire » pour le syndicat UNISON.



Au-delà de la bataille fondamentale sur les salaires – il faut savoir que les travailleurs britanniques ont perdu en moyenne 6 % de salaires sur les 5 dernières années – c'est aussi la bataille pour sauver le système de santé public, le NHS, qui est en jeu.



La loi passée en 2013 par David Cameron sur la santé (Health and social care act) parachève un processus de privatisation entamée sous Thatcher, poursuivi avec Blair en permettant d'ouvir l' « offre de soins » faite aux unités cliniques locales (Clinical commissioning groups) à n'importe quel fournisseur de soins compétitif, privé y compris.



Au-delà de la privatisation déjà actée des services de restauration, de nettoyage mais aussi d'opérations bénignes comme celles de la hanche, la privatisation s'est accélérée ces dernières années sur les services médicaux.



400 services hors milieu hospitalier ont été confiés en octobre 2012 à des opérateurs privés, tandis qu'en novembre 2011, une firme privée (Circle health) gérait pour la première fois entièrement un hôpital.



Cette logique de privatisation des hôpitaux tue. Le scandale humanitaire est venu de l'hôpital autonome, donc ouvert au privé, de Stafford où 1 200 patients sont morts entre 2005 et 2008 faute de soins adéquats.



Dans toute la Grande-Bretagne, les « hopitaux autonomes » (foundation trust) ont vu la mort de 20 000 patients dans la dernière décennie, qui auraient pu être évités si une autre logique avait été adopté que celle du profit.



Salariés de la santé, patients, personnel médical se sont rassemblés depuis 2005 dans l'association « Keep the NHS public » (Défendons la santé publique) pour informer la population et lutter sur le terrain contre le processus de privatisation.



La lutte des travailleurs de la santé britanniques attire naturellement notre sympathie. Elle répond clairement aux problèmes vécus de l'autre côté de la Manche dans la santé avec des salaires gelés, des conditions de travail excécrables à cause des coupes budgétaires.

Mercredi 15 octobre 2014 3 15 /10 /Oct /2014 07:15
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0125evo article Evo Morales réélu avec 61 % au 1er tour

 

 

La révolution bolivienne à un tournant :

 

 

transition au socialisme ou réaction capitaliste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La presse française joue tous les 4 ans la partition de la chute annoncée de Morales, comme de Chavez jadis. A chaque élection, en Bolivie, le peuple ré-élit triomphalement le leader du Mouvement vers le socialisme (MAS). Mais la révolution bolivienne est à la croisée des chemins : transition vers le socialisme ou réaction capitaliste.

 

En France, notre président « socialiste » (social-démocrate) d'étiquette, libéral de fait bénéficie d'une cote de popularité ridiculement basse (10 %). En Bolivie, un président « socialiste » (réel!) en parole et en acte est ré-élu pour la troisième fois avec 61 % des voix. Tout est dit.

 

Certes Morales connaît une légère inflexion depuis 2009, où il a été élu avec 64 % des voix au premier tour. Mais avec 61 % au premier tour, il devance largement le candidat de droite Samuel Doria Medina avec 24 %, et le chrétien-démocrate Quiroga (9 %).

 

Le « Mouvement vers le socialisme » (MAS) d'Evo Morales empoche 111 des 130 sièges, 25 des 36 postes au Sénat.

 

Un recul de la pauvreté, des réformes sociales audacieuses

financés par les nationalisations

 

Le processus de révolution en Bolivie, de « transition vers le socialisme » est émaillé de contradictions, menacé par des élites capitalistes toujours dominantes économiquement mais depuis huit ans, Evo Morales a transformé la Bolivie, dans les intérêts des classes populaires.

 

Longtemps un des pays les plus pauvres, la Bolivie est – avec l'Equateur et le Venezuela – le pays qui a connu le plus spectaculaire recul de la pauvreté en Amérique latine : un million de Boliviens sont sortis de la pauvreté entre 2006 et 2012.

 

Selon la CEPAL (Commission économique pour l'Amérique latine), la pauvreté s'est réduite de 61 à 49 % entre 2007 et 2011, la pauvreté extrême a elle reculé de 34 à 25 %. C'est toujours trop, mais c'est une dynamique encourageante, après trente années de néo-libéralisme destructeur.

 

Cette réduction de la pauvreté a été possible par une série de réformes sociales, aidant les familles les plus pauvres,les plus vulnérables comme les femmes, les anciens, les enfants.

 

Ce furent par exemple le Bon Juana Azurdui, qui offre une assistance médicale gratuite à 200 000 femmes enceintes ou nouvelles mères ;laRenta dignidad, qui garantit une allocation vieillesse de 20€/mois (un quart du salaire moyen) à 700 000 personnes âgées n'ayant pas droit à la retraite ; enfin leBon Juancito Pino, qui assure aux parents de 2 millions d'enfants une allocation de rentrée scolaire de 20€ pour couvrir les dépenses les plus urgentes.

 

Des réformes hautement symboliques et qui améliorent considérablement la vie des Boliviens ont été mises en œuvre. On pense à l'abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 58 ans en 2010 … au moment où on la reculait en France !

 

Ces politiques sociales ont été financées par un processus de re-nationalisation des secteurs stratégiques, au grand dam des multi-nationales espagnoles, dépossédées : le gaz en 2006, les télécoms en 2008, la distribution d'électricité en 2012, enfin les aéroports en 2013, sans oublier la nationalisation de certaines mines.

 

Par ailleurs, là où le gouvernement pratique les cadeaux au patronat en France, en Bolivie, ce sont des cadeaux pour les travailleurs : en décembre 2013, le gouvernement a ainsi accordé un 13 ème mois aux travailleurs, puis un 14 ème mois après que le taux de croissance a dépassé les 6 %.

 

Les contradictions du processus révolutionnaire bolivien

 

Alors, tout va mieux pour meilleur des mondes en Bolivie ? Hélas, non.

 

Il ne faut pas se gargariser de la rhétorique du gouvernement qui parle de « transition vers le socialisme », a fait voter une Constitution magnifiant l' « Etat pluri-national », les diverses communautés, jonglent avec les concepts consensuels de « Mère Terre », de « Vivre bien » ou encore « développement intégral », cachant une réalité très contradictoire.

 

Le capital étranger, tout comme les élites oligarchiques locales, se sont engouffrées dans ces brèches pour maintenir leur pouvoir, déstabiliser le régime.

 

La première contradiction qu'on peut identifier est entre le développementalisme basé sur l'extraction des matières premières et la protection de l'environnement.

 

C'est celle que nos médias adorent mettre en avant, elle révèle les failles du discours dominant de Morales sur la « Terre Mère » car la Bolivie dépend cruellement de ses exportations de matières premières, qui suppose une course à l'extraction de ressources minières et d'hydrocarbures.

 

Entre 2000 et 2010, la part des revenus de l'Etat dépendant des ressources naturelles est passée de 20 à 30 %. Face à la réalité économique crue, les grands discours s'envolent, et les projets de développements miniers, gaziers se sont multipliés ces dernières années – tout comme le projet d'infrastructure amazonien reliant Bolivie et Brésil – suscitant l'ire des communautés locales.

 

Derrière la bannière de l'environnementalisme, mobilisant les couches moyennes urbaines de La Paz ou Cochabamba, c'est aussi pour la presse locale, au service de l'oligarchie nationale, l'occasion de retourner le discours de Morales contre lui-même.

 

Deuxièmement, entre l'Etat central et les autorités décentralisées. Encore une contradiction entre le discours, de l'ordre constitutionnel qui insiste sur la diversité, sur la décentralisation … et la réalité d'un pouvoir qui, pour passer au socialisme, a besoin de ressources au niveau central.

 

Les élites capitalistes traditionnelles, les latifundiaires, la bourgeoisie compradore l'ont bien compris. Elles se sont retranchées sur leurs fiefs locaux, les provinces comme Santa Cruz jusqu'à menacer la Bolivie de sécession entre 2006 et 2009.

 

Les élites locales – en particulier de l'agro-business – ont obtenu ce qu'elles voulaient : le statu quo politique leur permettant notamment de toucher une part importante des revenus de l'extraction de matières premières.

 

En effet, 30 % des revenus des hydrocarbures reviennent en Bolivie aux communes. Ce n'est pas un hasard si, pour la première fois, Morales est majoritaire en 2014 dans la province de Santa Cruz.

 

Troisièmement, une lutte de classes aux formes paradoxales. Avec le « vivre bien », le « socialisme communautaire » Morales nie la réalité de toute division en classes en Bolivie, prône même l'alliance avec ces « entrepreneurs nationaux » contre l'impérialisme yankee.

 

Cela permet d'une part aux élites traditionnelles de conserver une bonne partie de leurs prérogratives, quoique de plus en plus limitées. D'autre part, les conflits sociaux se multiplient en Bolivie, mais ils opposent parfois les travailleurs avec eux, plus souvent à l'Etat.

 

Ainsi, on a pu constater 21 conflits majeurs dans le secteur minier en 4 ans. Au printemps 2014, ces conflits ont été particulièrement violents, causant la mort de deux ouvriers.

 

La manne minière, comme celle gazière, ou encore l'exploitation du bois suscitent des réactions conflictuelles, contradictoires chez les populations : tantôt rejet pur et simple (des communautés indigènes), tantôt tentative d'obtenir légitimement sa part du gâteau de façon corporatiste ou intéressée (ouvriers mineurs, mais aussi indigènes).

 

Les tentatives de régulation par l'Etat échouent souvent face à la réalité économique, face aux luttes sur le terrain.

 

Ainsi, la Loi Forestière protectrice est inappliquée, quand les cocaleros (travailleurs de coca), campesinos (paysans), indigènes sont prêts à la contourner pour le gain économique issu de l'exploitation du bois, pour leur survie dans un pays où 1 personne sur 2 vit avec moins de 2 $ par jour.

 

Au printemps 2014, c'est la Loi minière qui a déclenché une révolte des mineurs de la région de Cochabamba. Le gouvernement voulait limiter le droit des coopératives ouvrières ou locales à pouvoir bénéficier de droits, avantages financiers liés aux concessions minières, au détriment du pouvoir central.

 

Quatrièmement, c'est l'emprise des multi-nationales américaines ou européennes sur le pays. C'est le paradoxe derrière la rhétorique anti-impérialiste, la Bolivie reste un pays dépendant, des Etats-unis comme des pays capitalistes voisins.

 

Le Brésil émergent est de loin le premier partenaire commercial (32 % des exportations, 17 % des importations). En 2006, Morales était allé au conflit avec le géant pétrolier Petrobras, il a depuis incité l'entreprise à revenir en Bolivie, ayant besoin de son expertise, tout en facilitant le projet TIPNIS d'infrastructure routière reliant Bolivie et Brésil.

 

Les Etats-unis sont le deuxième partenaire commercial (16 % des exportations, 10 % des importations). Même si le gouvernement a de façon spectaculaire fait partir certaines entreprises emblématiques de l'impérialisme comme Coca-Cola ou McDonald, les investissements américains restent prédominants, notamment dans le secteur des hydrocarbures.

 

Globalement, le cas des hydrocarbures illustre bien les contradictions du processus. La nationalisation du gaz n'a pas exclu les multi-nationales, elle a permis de re-négocier des contrats plus favorables à l'Etat, donc au peuple bolivien.

 

Avant 2006, les entreprises pétrolières et gazières captaient 71 % des revenus des hydrocarbures, soit 832 millions de profits sur 1,1 milliard de $. Après 2006, c'est l'Etat qui empochait 73 % des revenus via diverses taxes, parts, royalties, les opérateurs privés ne prenant plus que 27 %.

 

Toutefois, en termes absolus, avec l'augmentation de l'extraction de matières premières, la hausse des prix sur le marché mondial, les multi-nationales n'ont rien perdu : elles touchaient 832 millions de profits en 2004, elles touchent encore 830 millions en 2010.

 

En 2012, le gouvernement bolivien a même fait passer incitations fiscales pour que les entreprises étrangères soient poussées à ré-investir leurs profits en Bolivie.

 

Le gouvernement d'Evo Morales, un point d'appui pour les transformations révolutionnaires en Amérique latine

 

Il serait illusoire de se cacher les contradictions du processus, mais il serait peu dialectique de ne voir combien le gouvernement de Morales est un formidable point d'appui pour les luttes en Bolivie et dans toute l'Amérique latine pour une autre société.

 

La contradiction du processus se manifeste dans le bi-céphalisme à la tête de l'Etat : d'un côté le président Morales qui parle de « socialisme du XXI ème siècle », de l'autre le vice-président Garcia Linera qui préfère le « capitalisme andino-amazonien ».

 

La Centrale ouvrière bolivienne (COB), comme les associations paysannes, les communautés indigènes, sont conscientes de ces contradictions. Elles ne cachent pas leurs désaccords, vont parfois au conflit, mais rejoignent le MAS de Morales sur l'essentiel. Le triomphe de Morales en 2014 est aussi le succès d'une alliance des classes populaires solide entre ouvriers et paysans.

 

Mais Evo Morales incarne aussi un anti-impérialisme qui n'est pas seulement rhétorique. Il s'est toujours affirmé comme le meilleur allié de Cuba socialiste, le premier partenaire du Vénézuela bolivarien, participant à cette forme de coopération régionale solidaire qu'est l'ALBA.

 

Evo Morales était même allé, en mars 2012, jusqu'à se revendiquer du marxisme-léninisme, du communisme pour protester contre l'exclusion toujours en vigueur de Cuba de l'OEA (Organisation des Etats américains) :

 

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de présidents de tendance communiste marxiste-léniniste, j'en fais partie et je demande qu'on m'expulse de l'OEA, puisque c'est sous ce prétexte qu'ils ont expulsé auparavant l'OEA ».

 

Certes, Evo Morales n'est sans doute pas réellement marxiste-léniniste ni communiste.

 

Mais il est ce qui se fait de meilleur sur le continent latino-américain, et peut-être dans le monde, au moment où les socialistes en France et en Europe trahissent chaque jour passant les espoirs des peuples, mènent la politique du capital financier et des marchands de canons.

 

Soyons lucides sur ce qui se passe en Bolivie, conscients du péril de réaction capitaliste pure, mais levons notre verre au camarade Evo : c'est moins à lui, qu'au peuple bolivien organisé à triompher de la réaction, à engager enfin la transition vers le socialisme.

Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 06:06
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