Partis communistes

Notre lutte

Le site http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ publie des traductions de déclarations, de communiqués, d’articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international.

 

La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » qui refuse la dérive réformiste de la direction du PCF suivant le Parti de la gauche européenne. Notre site s’efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationaliste portée historiquement par le PCF.

 

Parmi ses centres d’intérêts prioritaires :

 

  • la solidarité avec les mouvements anti-impérialistes, notamment le soutien à Cuba, aux expériences socialistes d'Amérique Latine, aux résistances aux guerres impérialistes. Notre site relaie ainsi les mobilisations contre la guerre et l’occupation de l’Afghanistan, les prises de position contre l'OTAN, contre la subordination au bloc impérialiste nord-américain,

  • la mise en valeur des actions des partis communistes qui prennent le parti de la lutte de classe, restent fidèles à leur raison d’être révolutionnaire.

  • les tentatives de reconstituer une forme de coopération politique entre partis communistes, dans le monde comme en Europe, à l’opposé du PGE et de son acceptation de l’UE capitaliste. Le site traduit ainsi régulièrement les appels internationaux de partis communistes.

  • le refus du révisionnisme historique, de la criminalisation du communisme, notamment impulsée par l'Union Européenne, l’examen critique et la défense de l'héritage des expériences socialistes passées.

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Mise à jour : 23 décembre 2013

 

Non aux guerres impérialistes sur le continent africain ! : Les Partis communistes contre l'intervention en Syrie ; porter une opposition conséquente à l'intervention française au Mali ; Françafrique en Centrafrique, c'est non ! 

 

Des Partis communistes qui relèvent la tête en 2013 : au Népal, les communistes hégémoniques ; au Chili, un record de députés depuis 1973 ; en République tchèque, les communistes à 15 %, au plus haut depuis 89 ; Luxembourg, Autriche, résistance des PC (1-2%) dans des contextes hostiles ; Elections locales au Portugal : le PC à 12 %, Bloc de gauche à 2 % ; Lettonie : les communistes à la tête d'une coalition victorieuse à l'assaut de Riga ! ; à Chypre, les communistes résistent ... à 27 % ! ; Elections professionnelles en Grèce, le PAME lié aux communistes en tête ; Israel, communistes et anti-sionistes toujours présents ! ; au Japon, les communistes au plus haut depuis 1995 ; en Inde, les communistes dominateurs dans l'Etat du Tripura.

 

Révolutions latino-américaines et construction du socialisme: nationalisations à l'ordre du jour en Argentine et en Bolivie; réduction des inégalités et de la pauvreté au Vénézuela et en Bolivie; l'exemple cubain: supériorité du socialisme pour le bien-être des mères, des enfants, top 10 mondial de l'IDH non-économique

 

Sortir de l'Euro ? Le débat est ouvert ! : à Chypre, les communistes pour la sortie de l'Euro ; au Portugal, le débat avance pour une rupture avec l'euro dans le PCP ; une idée qui progresse en Espagne, avec des contradictions ; la gauche allemande déchirée, Die Linke freine contre son père fondateur !

 

Dénoncer le mythe de l'Europe sociale, combattre l'Europe du capital et de la guerre : Un congrès du PGE pour refonder l'Europe, la grande illusion ; le syndicat des cheminots britanniques pour la rupture avec l'UE ; 

 

Les partis du PGE: aile-gauche de la social-démocratie: une sioniste amie de Sarkozy candidate à la présidentielle de Linke en Allemagne, Izquierda Unida profite de ses résultats pour collaborer dans les gouvernements régionaux avec le PSOE en Espagne, Syriza lance des appels du pied à l'UE et se propose comme social-démocratie de substitution

 

 

TUC-Britain-needs-a-pay-rise-march.jpg100 000 manifestants à Londres pour augmenter les salaires ... après avoir perdu 250 € par mois depuis 5 ans !

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Moins d'une semaine après la grève inédite des travailleurs de la santé, c'est l'ensemble des travailleurs du secteur public et au-delà qui se sont mobilisés ce samedi. Une revendication : augmenter les salaires, après 5 ans de coupes salariales.

 

Ils étaient près de 100 000 à Londres d'après la secrétaire-générale du Trade Union Congress (TUC) Frances O'Grady, accompagnés par plusieurs milliers de manifestants à Glasgow et Belfast.

 

Augmenter les salaires après avoir perdu 250 € par mois depuis 2008 !

 

Dans les cortèges, une forte représentation de ceux qui ont le plus subi les coupes salariales depuis 2008 : les travailleurs du secteur public, dont une forte délégation d'enseignants, d'infirmiers, de postiers, cheminots mais aussi de pompiers et de sages-femmes.

 

A l'appel des syndicats du public Unite, Unison, du National union of teachers (NUT) ou encore du Royal college of Nurse, la revendication était claire : « Britain needs a pay rise », augmenter les salaires maintenant, après 6 ans de gel salarial, de baisse réelle des salaires.

 

Le Trade Union Congress (TUC) a ainsi démontré que depuis 2008, chaque travailleur britannique a perdu en moyenne 250 € par mois de salaire. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre confirme, évoquant une baisse de 10 % en termes réels.

 

On en est à la septième année d'affilée de baisse des revenus moyens des travailleurs : une première depuis les années 1850, pour la confédération syndicale britannique.

 

« Tous dans le même bateau » ? Baisse des salaires, hausse des profits !

 

Pendant que les salaires réels ont baissé de 10 % depuis 2008, le taux de profit a lui augmenté de 21 % depuis 2009.

 

Symbole significatif, la Royal Bank of Scotland, renflouée en 2008 à hauteur de 55 milliards d'euros, enregistre des profits records en 2014 : 3 milliards d'euros pour les six premiers mois, après 1,7 milliards en 2013. Nationalisée en 2008, elle devrait être privatisée d'ici l'an prochain.

 

Autre symbole frappant, le « Big six », les six grands monopoles de l'énergie (dont EDF) qui se partagent le gâteau du gaz et de l'énergie depuis leur privatisation ont multiplié par 5 leurs profits depuis 2009 pendant que les factures explosent : de 300 millions à 1,5 milliard d'euros.

 

David Cameron prétendait, lors de ses premiers budgets d'austérité que « tout le monde était dans le même bateau » (« We are all in this together »). Une fable, visible aux yeux de tous désormais.

 

Pour les travailleurs, la TVA est passée de 17 à 20 % (un coût de 600 € par famille, par an), 700 000 emplois publics ont été supprimés, le budgets des administrations publiques ont été coupées de 25 %, les salaires ont été gelés donc baissés en réel, enfin diverses allocations ont été réduites.

 

Pour les entreprises, la fête continue puisque l'Impôt sur les sociétés a été diminué de 28 à 24 % en 2010, de nouveau abaissé à 21 % en avril 2014. Il devrait passer à 20 % en 2015. Cela en fait le pays du G-8 le pays plus attractif pour les investisseurs.

 

Et la privatisation annoncée de la Royal Mail (la poste anglaise), la libéralisation accélérée du Service national de santé (NHS) ainsi que la poursuite du bradage du système de chemins de fer privatisé depuis 20 ans sont une source de profits faciles pour le big business britannique.

 

« Ils veulent démanteler tous les acquis gagnés depuis 1945 par les travailleurs »

 

Les leaders trade-unionistes présents à Hyde Park ont renvoyé ce message d'un pays où la lutte de classes n'est pas un discours idéologique mais bien une réalité vécue par tous, et une lutte gagnée par la classe capitaliste.

 

Ainsi, Dave Prentis, secrétaire-général d'Unison, réveille l'histoire des « deux nations », l'une ouvrière miséreuse, l'autre bourgeoise financière opulente, sorti tout droit du XIX ème siècle, des écrits d'Engels ou Dickens :

 

« C'est l'histoire de deux nations – l'une où le champagne coule à flots pour les banquiers et où les payes des PDG explosent, l'autre, celle d'un monde où les nôtres luttent pour un gagne-pain de misère ».

 

Len McCluskey, secrétaire-général d'Unite, ne dit pas autre chose. Pour le leader syndical, les conservateurs veulent « démanteler, détruire tous les acquis gagnés depuis 1945 par les travailleurs », en premier lieu la santé publique livrée aux grandes entreprises privées du secteur.

 

Même la souvent très modérée Frances O'Grady, leader de la Confédération syndicale TUC (Trade Union Congress), a du radicaliser son discours face à la foule réunie à Hyde Park :

 

« Après la plus longue, la plus grande période de baisse de salaires de notre histoire, il est temps de mettre fin à ce blocage des salaires, qui empêche la grande majorité d'avoir sa part de la reprise ».

 

« Une économie qui trouve de l'argent pour financer des baisses d'impôts pour les riches et la cupidité des managers, tandis que le reste subit des baisses de salaire, et des coupes importantes dans les services publics : elle n'est plus supportable pour la majorité », a-t-elle déclaré.

 

Ce que les travailleurs britanniques subissent depuis au moins 2010, c'est ce qui attend les travailleurs français à partir de cette année.

 

La visite d'allégeance de Valls à Londres, avec son « My governement is pro-business » adressé au gouvernement Cameron et à la City qu'il représente n'est pas qu'un symbole, c'est le signal du début du combat en France, les yeux rivés vers l'exemple anglais.

 

 

En six ans de mesures contraires au monde du travail, les salaires réels ont baissé de 10 % en Grande-Bretagne. La riposte est là, même tardive, pas assez forte. A nous d'apprendre du cas britannique pour ne pas laisser faire ce vaste transfert de richesse du travail vers le capital, organiser la riposte maintenant contre le « gouvernement pro-business » de Valls.

Lundi 20 octobre 2014 1 20 /10 /Oct /2014 07:11
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thomas-sankara8.jpgIl y a 27 ans, l'impérialisme français était complice de l'assassinat du Che Guevara africain, Thomas Sankara

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

15 octobre 1987, l'espoir des peuples africains, le dernier révolutionnaire du continent était assassiné : Thomas Sankara. Le fondateur du « pays des hommes intègres », le Burkina Faso, était aussi pour toute une génération le « Che Guevara africain ».

 

L'hypocrisie de la France et de sa « politique des droits de l'Homme » n'est jamais aussi claire qu'en Afrique, où elle a soutenu et encore les pires dictateurs, détruit les mouvements progressistes. Le Burkina Faso en est le cas le plus tragique.

 

Le pays est en 1983 un des plus pauvres d'Afrique. Une réserve de main d'oeuvre pour les pays voisins comme la Cote d'Ivoire, un pays qui compte 75 % de personnes en pauvreté absolue, avec une espérance de vie moyenne de 40 ans.

 

Le fondateur du Burkina-Faso, « le pays des hommes intègres »

 

Un siècle de colonialisme, puis un quart de siècle de néo-colonialisme n'ont instauré que la misère, la dépendance économique et la corruption généralisée, l'analphabétisme quasi-intégral et la mort partout. Tout va changer avec le jeune capitaine Sankara.

 

Thomas Sankara a 35 ans quand il accède au pouvoir en 1983, après un coup d'Etat mené par des officiers progressistes marxistes – issus du Regroupement des officiers communistes (ROC) –, soutenu par un vaste mouvement populaire.

 

Thomas Sankara avait déjà été ministre de l'Information en 1981 puis Premier ministre en 1982. Son discours axé sur la lutte contre le capitalisme inégalitaire, l'anti-impérialisme, mettant au premier plan une révolution politique, morale et sociale enthousiasme la jeunesse. Il déplaît à la France, à la Côte d'Ivoire qui pousse le président Ouedraogo à incarcérer son Premier ministre.

 

Le 4 août 1983, il accède au pouvoir, devient immédiatement le héros de la jeunesse, des paysans sahéliens, des ouvriers miséreux, des femmes opprimées. Son discours du 2 octobre donne la ligne : justice sociale, unité nationale inter-ethnique, solidarité internationale, auto-suffisance alimentaire, indépendance économique réelle, et vaste plan d'éducation et de santé.

 

Sankara commence par les symboles. La Haute-Volta perd son nom colonial et devient Burkina-Faso : le « pays des hommes intègres ». La devise est à l'image de la révolution, et de son leader, inspiré par Che Guevara et Fidel Castro : « La patrie ou la mort, nous vaincrons » !

 

Puis, très vite, on passe des symboles à la réalité. Le pouvoir politique passe de la bourgeoisie compradore, des élites politiques corrompus, des chefs féodaux au peuple, aux travailleurs réunis dans les Comités de défense de la révolution (CDR).

 

Les Tribunaux populaires de la révolution (TPR) permettent aux gens du peuple de mettre en jugement leurs oppresseurs. Si de nombreux excès sont commis, si certains en profitent pour régler leurs comptes, le procédé marque le changement dans les rapports de pouvoir.

 

10 mesures qui vont radicalement transformer le Burkina

 

Les mesures que va prendre le président Sankara vont transformer radicalement la société burkinabée.

 

1 – il va réduire le train de vie des représentants du peuple. De Mercedes, ils vont passer en Renault 5. De la classe affaires, ils passent en classe touristes. Exit les politiciens corrompus, place à des jeunes, des femmes, des gens issus du peuple, acquis aux idées révolutionnaires.

 

2 – Il va abolir les privilèges, les droits féodaux. C'est Sankara, et non les hypocrites Français, qui va faire la Révolution de 1789 au Burkina : c'est lui qui supprime les « droits féodaux », essentiellement des dons imposés, des prélévements obligatoires sur les récoltes, des corvées.

 

3 – Il va mener une campagne d'alphabétisation, développer l'éducation publique. A chaque école, son village sera le mot d'ordre. Des centaines d'écoles vont être construites en quatre ans. Entre 1983 et 1987, le taux de scolarisation passe de 16 à 24 %, le taux d'analphabétisme recule chez les hommes de 95 à 80 %.

 

4 – Il va développer la santé publique, avec de vastes campagnes de vaccination. Un village, un poste de santé, disait Sankara. 2 millions et demi de Burkinabés sont vaccinés en trois ans, l'OMS loue la politique de santé de Sankara qui éradique la polio, la rougeole, la méningite.

 

Le taux de mortalité infantile, jadis le plus bas d'Afrique, chute. Sankara impose la gratuité totale des soins à l'hôpital, le prix des médicaments est régulé, la médecine du travail est instauré.

 

5 – Il nationalise la terre, le sous-sol, réalise une réforme agraire. Outre la suppression des droits féodaux, Sankara redistribue la terre – devenue propriété de la nation – aux paysans les plus pauvres, et garantit des prix de subsistance aux producteurs.

 

6 – Il mène une politique d'indépendance économique, d'auto-suffisance. En encourageant la production agricole locale, en redistribuant la terre, le Burkina passe d'un pays encore importateur en denrées agricoles en un pays auto-suffisant en 1987.

 

Sur le plan de la production artisanale, il diffuse la mode du « Faso Fani », qu'il impose aux fonctionnaires : les cotonnades produites par la célèbre manufacture d'Etat burkinabé, ainsi que les productions autochtones sont encouragées pour se subsituer aux importations.

 

Sa politique de stimulation de l'économie locale s'accompagne d'une « économie populaire » qui vise à faire reculer la faim : 2 repas par jour, 10 l d'eau potable deviennent les objectifs prioritaires.

 

7 – Il est à l'origine d'une politique publique du logement, répondant aux besoins des plus modestes. A Ouagadougou seul, en 1983, 60 % des logements étaient des habitations spontanées, sans eau ni électricité, ni ramassage de déchets, ni évacuation des eaux usées.

 

Sankara impose la destruction des quartiers insalubres. Il crée plus de logements en trois ans que ce qui a été fait depuis l'indépendance. Il divise le prix des loyers par 3, en imposant des maximum : un studio avec eau et électricité est à 10 € maximum, sans les agréments, c'est 4 €.

 

8 – Il lutte contre la déforestation, la désertification par une politique volontariste. L'agriculture vivrière, le monde pastoral est bouleversé par une désertification qui atteint des proportions colossales : 250 000 ha par an de surfaces boisées sont perdues chaque année.

 

Le gouvernement Sankara impose à chaque famille de planter 100 arbres pendant 5 ans. En seulement 2 ans, 10 millions d'arbres sont plantés. Le Burkina-Faso devient un modèle continental de lutte contre le fléau de la désertification.

 

9 – Il rend la culture populaire, dans les villes comme à la campagne. Les semaines nationales de la culture sont instaurées en 1983 dans les villes. Des salles de spectacles se construisent partout, les troupes artistiques se créent. La télévision laisse une large place à la culture.

 

10 – Il fait progresser la cause de l'émancipation de la femme, de l'égalité entre les sexes. C'était le grand combat de Thomas Sankara : « Il n'y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée », aimait-il à répéter, dans la tradition de Fourier, Marx, Zetkin et Lénine.

 

Thomas Sankara laisse une grande place aux femmes dans son parti, son administration, dans les organismes de base de la révolution. Il tente de libérer les femmes de la « double exploitation », de la chape de plomb de la société patriarcale.

 

Hélas, son nouveau code de la famille qui devait permettre d'abolir la polygamie, l'excision rencontre une forte opposition y compris chez certaines femmes. Pas seulement par aliénation, aussi pour des raisons économiques : la polygamie assure, pour les femmes et les ménages pauvres, une certaine sécurité économique, une division-coopération du travail qui les soulage.

 

Un anti-impérialisme qui dérange :

l'assassinat du Che africain, les complicités de la France

 

Tout cela en quatre ans ? Tout cela en quatre ans. Même si le processus sera naturellement inachevé. Même si il y eut beaucoup d'erreurs de jeunesse, de maladresses, d'excès y compris jusque dans la personnalisation, la militarisation de la société.

 

Pour Thomas Sankara, le combat pour la révolution burkinabé est aussi celui pour la libération de l'Afrique de l'impérialisme, du néo-colonialisme, pour le socialisme africain. Sankara devient ainsi l'héritier de Patrice Lumumba, assassiné avec la complicité des Occidentaux en 1960.

 

L'anti-impérialisme de Sankara est condamnation de la dette qui asservit les peuples africains, maintient les Etats dans une dépendance par rapport à l'ancienne puissance coloniale. Il dénonce à l'ONU cette dette qui fait des Etats africains, de faux Etats indépendants, condamnés à la misère.

 

Sans entrer dans le bloc de l'Est, il se rapproche par ailleurs des pays communistes. Il est ami de Fidel Castro, un admirateur de la révolution cubaine. Il cherche un point d'appui auprès de l'URSS en 1986, qui lui offre une aide économique conséquente.

 

Son anti-impérialisme, son pan-africanisme, son philo-communisme agacent. Ils agacent la vieille puissance coloniale française, ainsi que ses alliés dans la région, d'abord la Côte d'Ivoire de Félix Houphouet-Boigny, ainsi que le Togo et le Mali.

 

En novembre 1986, le président de la République française François Mitterand – celui qui disait en 1954 l' « Algérie c'est la France, elle va des Flandres au Congo » – est en visite à Ouagadougou.

 

Sans haine, avec calme et éloquence, Sankara critique vertement Mitterand, et la France qui vient d'accueillir le Premier ministre d'apartheid sud-africain Pieter Botha en France. Il critique l'hypocrisie de la France qui prétend être l'ami des pays africains, et soutient l'apartheid.

 

Le président Miterrand n'apprécie guère cette remontrance. Il lui répond sur un ton paternaliste, sous des menaces voilées. Sankara vient de signer son arrêt de mort. Avec le retour de la droite à Matignon, la ré-activation des réseaux RPR-Foccart, la France complote pour le faire chuter.

 

Les événements de 1987 restent marqués par le mystère. Selon diverses sources, la Côte d'Ivoire agissait en sous-main pour corrompre certains acteurs haut placés du régime, menait une campagne de salissement du capitaine Sankara.

 

Le Mali, le Togo multiplient les provocations, tentant d'embarquer le Burkina Faso dans une guerre qu'elle perdrait nécessairement faute d'équipement militaire adéquat.

 

Finalement, le 15 octobre 1987, il est assassiné lors d'une session extraordinaire du Conseil national de la révolution, pris d'assaut par un commando militaire armé de grenades, de fusil-mitrailleurs. Son corps est transporté, puis enterré sans aucune cérémonie au cimetière de Dangoen.

 

Le commanditaire de l'assassinat ne fait guère de doute, c'est celui qui a profité du crime. Son meilleur ami, que beaucoup décrivent comme ambitieux, jaloux, sans convictions : Blaise Compaoré, approché depuis plusieurs années par la Côte d'Ivoire et la France.

 

Dès son arrivée au pouvoir, Compaoré rétablit des relations cordiales avec la France. Il coupe les liens avec Moscou et la Havane. Dès 1991, il obéit docilement aux plans d'ajustement structurel du FMI, aux projets de privatisation qui vont ruiner le pays, toujours un des plus pauvres de la région.

 

Les acquis de la révolution burkinabée sont déconstruits, la mémoire de Sankara officiellement oubliée. La France a fait de Compaoré, dirigeant corrompu, criminel, son pilier dans la région. Il est devenu son médiateur favori dans les crises ivoiriennes, maliennes récemment.

 

Blaise Compaoré est un dictateur régulièrement élu avec 80 % des voix comme en 2005, en 2010. Cela ne pose aucun problème à la France.

 

Récemment, la presse malienne a évoqué le double jeu de Compaoré au Mali, avec un soutien potentiel apporté en sous-main aux djihadistes pour déstabiliser son voisin, et s'imposer comme un personnage central dans la région. La France baisse les yeux bien sûr.

 

On sait bien que Compaoré a trempé dans d'autres conflits régionaux, comme au Sierra Leone, au Libéria, avec son sinistre ami Charles Taylor, contribuant au trafic de diamants régional et à des conflits fratricides.

 

Aujourd'hui, la famille de Thomas Sankara demande justice. Le Collectif « Justice pour Sankara, justice pour l'Afrique » demande qu'une enquête indépéndante soit ouverte sur son assassinat, pointant les responsabilités de la Côte d'Ivoire, des Etats-unis et de la France.

 

Mémoire bafouée, corps mutilé, idées piétinées : Thomas Sankara reste tout de même une idole pour la jeunesse du Burkina et d'Afrique. On peut finir par ces mots du capitaine Sankara, prononcé lors des premières asssines des Tribunax révolutionnaires, le 3 janvier 1984 :

 

« Tant qu'il y aura l'oppression et l'exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités. La justice sous la révolution démocratique et populaire sera toujours celle des opprimés et des exploités contre la justice néo-coloniale d'hier, qui était celle des oppresseurs et des exploiteurs ».

 

 

A bas l'impérialisme, à bas le néo-colonialisme, à bas le capitalisme comme disait la jeunesse révolutionnaire burkinabé : « la patrie ou la mort, nous vaincrons » camarade Sankara !

Dimanche 19 octobre 2014 7 19 /10 /Oct /2014 06:00
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Balles affiche copieLe 14 juillet 1953, un massacre oublié : 6 algériens, 1 communiste exécutés par la police française en plein Paris

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

L'histoire officielle a la mémoire sélective. Elle passe sous silence le 17 octobre 1961, comme elle oublie le 8 février 1962. Mais qui connaît le 14 juillet 1953 ? Qui sait qu'il s'agit d'un des plus grands crimes de la police française du XX ème siècle ? Qui sait qu'un massacre de 7 militants a été commis en plein Paris ?

 

Le film de Daniel Kupferstein « Les balles du 14 juillet 1953 », tout juste sorti, a un mérite indéniable : celui de sortir de l'ombre un massacre oublié, exhumé déjà par Danielle Tartakowsky, entre autres.

 

1952, 1953 : la police tue des Algériens à Paris et dans le reste de la France

 

14 juillet 1953, on est en pleine guerre d'Indochine. L'armée française ploie sous l'organisation et la détermination du Vietminh, les communistes indochinois menés par Ho-Chi-Minh. La police française intensifie la répression contre les militants pacifistes. Raymonde Dien et Henri Martin deviennent des symboles de la résistance en France au colonialisme, incarnée par le PCF.

 

En Afrique du nord, les tensions montent aussi, le mouvement indépendantiste se radicalise. En France, les nationalistes alors regroupés dans le MTLD de Messali Hadj multiplient les manifestations, réclament l'indépendance, sortent le drapeau algérien.

 

En mai 1952, après l'annonce de l'assignation à résidence de Messali Hadj, les manifestations de solidarité foisonnent dans les villes de province, la police les réprime dans le sang : 1 mort à Mézières, 1 autre au Havre et un dernier à Montbéliard.

 

Le MTLD se joint à certains défilés de la classe ouvrière, organisée par le PCF et la CGT, comme le 1 er mai 1953 avec ses mots d'ordre, portraits (de Messali Hadj), drapeaux algériens.

 

Le 28 mai 1952, le militant communiste algérien Hocine Belaid est tué par la police, lors des manifestations contre la venue du Général américain Ridgway, responsable de la guerre sale en Corée.

 

La police a donc déjà tué au moins quatre fois entre 1950 et le 14 juillet 1953. Ce jour-ci, la CGT et le PCF organise comme chaque année depuis 1935 – avec l'interruption de la guerre – un défilé populaire, anti-fasciste entre Bastille et Nation qui rassemble plusieurs dizaines de milliers de militants ouvriers français et plusieurs milliers d' algériens.

 

Il ressort des archives de police, des témoignages de survivants que la police avait l'intention ce 14 juillet de ne plus reculer face aux cortèges disciplinés et résolus du MTLD. Cette fois, ils emploieraient la manière forte.

 

Une provocation policière préméditée

 

De fait, au moment où la manifestation est en train de se disperser, à Nation, des coups de feu sont tirés, l'incompréhension domine la tribune, la panique saisit la foule. Les versions divergent, entre la police qui prétend la légitime défense, les manifestants l'agression délibérée de la police.

 

Ce sont les versions reprises dans la presse. L'Humanité communiste dénonce l' « odieuse provocation policière », pleure les victimes algériennes et communistes. L'Aurore, le Figaro pointent une « émeute communiste », une « agression algérienne » et justifient les méthodes policières. Le Populaire socialiste se désintéresse de l'affaire.

 

Aujourd'hui, les témoignages, les archives permettent d'arriver sur certains points d'accord :

 

1 – les manifestants étaient sans armes alors que les policiers ont tiré à balles réelles, à l'horizontale ;

 

2 – ce ne sont pas « 12 douilles » comme prétendus alors qui ont été tirés mais plusieurs centaines de balles ;

 

3 – l'événement déclencheur est la tentative d'un brigadier de confisquer le drapeau algérien des manifestants. Celui-ci bousculé aurait glissé dans le cortège. Sans vélléité agressive des manifestants, et sans sommation, les policiers ont alors ouvert un feu nourri vers les manifestants ;

 

4 – les témoignages des agents de police encore vivants, les documents d'archive semblent indiquer une vraie préméditation de la part de l'encadrement, une volonté d'en « découdre avec les Algériens » ;

 

Tous ces éléments infirment la thèse de la légitime défense, et confirment ce que l'Humanité dénonçait dès le 15 juillet : une « odieuse provocation » au bilan sanglant, 6 jeunes nationalistes sont morts, tout comme un militant de la CGT, également communiste. Il faut ajouter une cinquantaine de blessés selon la Police, mais le chiffre est sans doute sous-évaluée.

 

Leurs noms : Amar Tabjadi, 26 ans ; Abdallah Bacha, 25 ans ; Larbi Daoui, 27 ans ; Abdelkader Dranis, 31 ans ; Mohammed Isidore Illoul, 20 ans, ; Medjen Tahar ; et Maurice Lurot, 40 ans, mort après avoir tenté de secourir un Algérien tombé sous les balles de la police.

 

Ré-organisation de la police : vers des brigades de choc

 

On retrouve dans cette violence déchaînée, la violence sanguinaire de la troupe à la fin du XIX ème siècle contre la classe ouvrière. On se souvient de la répression du 1er mai 1891 à Fourmies et ses 9 morts. Il ne faut pas oublier non plus qu'en 1947-1948 la police comme l'armée avaient violemment réprimé les grèves organisées par la CGT et le PCF, jusqu'à envoyer les chars.

 

Les débats parlementaires après le massacre du 14 juillet 1953 ne manquent pas de sel. Le ministre de l'Intérieur radical-socialiste défend les victimes policières, contraintes à la légitime défense. Des députés de centre-droit demandent l'interdiction des manifestations, la déchéance de nationalité pour les Algériens de France.

 

De fait, ce massacre ne sera pas sans conséquence. Les défilés du 1 er mai comme ceux du 14 juillet seront interdits à Paris entre 1953 et 1968. Le défilé populaire du 14 juillet ne s'en remettra jamais.

 

La police est aussi fortement réorganisée. En 1951, les anciens policiers collaborateurs étaient ré-intégrés à la police « républicaine », alors que Maurice Papon est nommé secrétaire-général de la Préfecture de police.

 

Après 1953, des « brigades de choc » sont créées pour lutter contre les Algériens subversifs.

 

C'est la Brigade agressions et violences (BAV). Elle est présentée comme une force de défense contre les agressions nocturnes imputées aux Algériens. Elle est de facto une police d'exception pour les Nord-Africains, chargés de les surveiller, les contrôler, les ficher.

 

Elle ne s'arrête pas à la surveillance. Elle sera spécialiste des rafles dans les quartiers populaires, tandis que le préfet de police Papon tentera d'importer via cette brigade les méthodes de la « stratégie contre-insurrectionnelle » expérimentée en Algérie, non sans résistances internes.

 

De l'autre, ce sera tardivement la recréation des Brigades nord-africaines actives entre 1925 et 1945, et notamment les « forces de police auxiliaire » (FPA), composées d'Algériens, qui à partir de 1960 va employer toutes les méthodes pour lutter contre le FLN, dont la torture généralisée.

 

L'armement de la police régulière change aussi, pour devenir plus meurtrier. C'est en 1953 que l'on équipe la police du « bidule », une sorte de manche de pioche d'un mètre de long et de 5 cm de diamètres capables, dixit les services de police de « fracasser un crâne aussi facilement qu'un œuf à la coque ».

 

Les « assassins de la mémoire », les « criminels de l'histoire »,

ce sont d'abord l'Etat français, les socialistes !

 

Ce massacre du 14 juillet 1953 fut donc la répétition générale des deux grands carnages parisiens de la guerre d'Algérie.

 

Le 17 octobre 1961 où plus d'une centaine de nationalistes algériens sont massacrés par la police de Papon, jetés à la Seine. Et le « massacre de Charone », le 8 février 1962, quand 8 militants CGT et PCF trouvent la mort, écrasés contre la grille de métro, ou le crâne fracassé après une charge policière.

 

Comment ce massacre peut-il être oublié aujourd'hui ? Certes, certains regrettent que le FLN en Algérie, le PCF en France n'aient pas fait assez pour faire connaître ces faits, les intègrent à leur mémoire.

 

Mais ce procès occulte les vrais responsables, les « assassins de la mémoire », mais aussi les criminels de l'histoire.

 

Il faut pointer du doigt la police française, le gouvernement composé alors de la « Troisième force ». En 1953, les radicaux-socialistes, les démocrates-chrétiens (MRP), la droite du CNIP, ainsi que les sociaux-démocrates de l'UDSR dont François Miterrand.

 

Les socialistes de la SFIO – qui font alors partie de la « Troisième force » anti-communiste, colonialiste, atlantiste avec le MRP et les radicaux – sont les premiers « assassins de la mémoire », silencieux dès le 15 juillet 1953, au cœur de la répression des nationalistes algériens sous la main sanglante de Guy Mollet et François Mitterrand.

 

Le PCF, la CGT étaient alors engagés pleinement dans la lutte contre la guerre d'Indochine. Ils étaient aussi au cœur de l'énorme grève des agents de la fonction publique qui va paralyser le pays.

 

Cela ne les empêchera pas le PCF d'organiser un grand meeting-hommage au Cirque d'Hiver le 21 juillet qui sera un succès de masse, tandis qu'à la section PCF du 18 ème (celle de Maurice Lurot) une chapelle ardente était érigée pour un dernier hommage aux 7 victimes.

 

Les corps sont ensuite exposés à la Maison des métallos – le corps de métier de Maurice Lurot – avant que ce dernier soit enterré au Père-Lachaise et que le corps des six jeunes Algériens soient rapatriés en Algérie.

 

Que les communistes n'en aient pas fait assez pour rappeler cette mémoire tragique, peut-être. Mais une concurrence macabre des mémoires n'a pas lieu d'être. Surtout, ils occultent les vrais criminels, les vrais complices, en premier lieu la famille socialiste – au cœur de l'agenda colonial.

 

François Hollande a mis son mandat sous l'égide de Jules Ferry. L'apôtre de la « mission civilisatrice » française, le conquérant du Tonkin et de la Tunisie. Ferry « le tonkinois » n'est pas notre modèle, c'est en 2014 celui de notre président.

 

Nous avons été gouvernés pendant 14 ans par un président socialiste qui proclamait que la France s'étendait des « Flandres au Congo » que l' « Algérie, c'était la France ». Sous son passage au Ministère de l'intérieur, 45 nationalistes algériens sont guillotinés.

 

 

Au moment où nous commémorons le 53 ème anniversaire du 17 octobre 1961, où on veut nous enfermer dans une fratricide guerre des mémoires – quand on ne peut plus garantir l'oubli imposé –, souvenons-nous du 14 juillet 1953, dénonçons les responsables de ce crime odieux.

Samedi 18 octobre 2014 6 18 /10 /Oct /2014 07:01
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neruda.jpgEn 1963, le prix Nobel de littérature a été refusé à Pablo Neruda ... parce qu'il était communiste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

C'est la saison des Nobels. On sait combien la décision d'octroi de ce prix prestigieux est un enjeu politique, célébrant une vision capitaliste (néo-libérale) de l'économie, une conception de la paix célébrant les chefs de guerre. Le Nobel de littérature n'y a jamais non plus échappé.

 

La France récompensée par l'Académie suédoise en économie et en littérature, les hommages se multiplient. Les esprits plus critiques soulignent le caractère idéologique du prix en économie. Il ne faut pas oublier que la littérature a toujours été aussi un enjeu politique et idéologique.

 

Il suffit de rappeler l'octroi des prix en 1958 à Boris Pasternak, à 1970 à Alexandre Soljenitsine. Au-delà de leur indéniable talent littéraire, il fallait être trop naif pour y voir aussi une arme idéologique contre le bloc communiste, en ces temps de guerre froide.

 

Jean-Paul Sartre avait avec dignité refuser ce prix en 1964 car ses sympathies allaient « au bloc de l'Est », « au socialisme ». Souvent rapproché à lui, un certain Albert Camus, en voie de panthéonisation, n'avait pas eu la même classe, si l'on peut dire.

 

On pourrait souligner qu'un certain Louis Aragon – et combien d'autres écrivains brillants affiliés au monde intellectuel communiste – n'a jamais eu une telle distinction.

 

Avait-il moins de talent qu'André Gide, Saint-John Perse ou Franois Mauriac, la postérité de leurs œuvres respectives parle d'elle-même.

 

Une révélation récente jette même une autre lumière sur le caractère prétendument objectif de ce prix. Pablo Neruda, peut-être l'homme de lettres le plus brillant qu'ait connu l'Amérique latine, a du attendre l'année 1971 pour être primé. Il était pressenti depuis une dizaine d'années comme lauréat.

 

Le journal conservateur « Svenska Daglabet » a révélé au début de l'année que Pablo Neruda avait été écarté en 1963 pour des raisons politiques, par le secrétaire de l'Académie, Anders Osterling.

 

Selon Osterling, Neruda ne pouvait recevoir le prix car il était communiste : « Sa tendance communiste, de plus en plus prégnante dans sa poésie, n'est pas compatible avec le prix Nobel ».

 

Les révélations des archives nous en apprennent beaucoup sur les délibérations. La même année, le grand écrivain soviétique Mikhail Cholokhov était censuré, car trop communiste.

 

Samuel Beckett, perçu comme nihiliste, et Vladimir Nabokov, jugé immoral, n'ont pas connu un sort plus enviable. Le prix sera remis à un écrivain plus consensuel, classique, et relativement oublié par rapport aux autres noms mentionnés, le Grec Giorgios Seferis.

 

Aux laudateurs du prix Nobel, on a encore envie de citer Sartre qui évoquait dans sa lettre au Comité du Nobel en 1964 les raisons de son refus, à la fois personnelles et objectives :

 

« Les raisons personnelles : j'ai toujours décliné les distinctions officielles. (...) L'écrivain doit donc refuser de se laisser transformer en institution même si cela a lieu sous les formes les plus honorables comme c'est le cas.


Mes raisons objectives sont les suivantes : le seul combat actuellement possible sur le front de la culture est celui pour la coexistence pacifique des deux cultures, celles de l'est et celle de l'ouest.

 

Je ne veux pas dire qu'il faut qu'on s'embrasse, je sais bien que la confrontation entre ces deux cultures doit nécessairement prendre la forme d'un conflit, mais elle doit avoir lieu entre les hommes et entre les cultures, sans intervention des institutions.

 

Mes sympathies vont indéniablement au socialisme et à ce qu'on appelle le bloc de l'est, mais je suis né et j'ai été élevé dans une famille bourgeoise. J'espère cependant bien entendu que « le meilleur gagne », c'est à dire le socialisme. »

 

 

Quoi qu'on pense de Sartre politique, philosophe, Homme, son geste nous paraît aujourd'hui plus subversif que les thuriféraires des Nobel – y compris dans notre propre camp. Pour reconnaître le talent d'un Neruda ou d'un Aragon, pas besoin d'une Académie suédoise !

Vendredi 17 octobre 2014 5 17 /10 /Oct /2014 06:14
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Pressemitteilung-1413300292.jpgLa grève des cheminots allemands paralyse le trafic, face à une direction prête à tout pour éliminer le syndicat des conducteurs

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Nouvelle grève ce mercredi sur le réseau ferroviaire allemand, nouvelle mobilisation massive à l'appel du syndicat des conducteurs de train qui a paralysé le réseau. La direction de la Deutsche Bahn (DB) veut passer à une autre étape et marginaliser au maximum le syndicat.

 

Après les grèves massives du 1er septembre et du 7 octobre, cette grève de 14 h du 15 octobre n'a pas montré de signe de faiblissement. Pire, il semble que la direction de la Deutsche Bhn (SNCF allemande) ait cherché le pourrisssement, en participant à la désorganisation du trafic ferroviaire.


 

Un trafic paralysé sur le rail, avant la grève des pilotes de ligne demain


 

C'est en tout cas l'impression que cela donne, l'analyse que font nos camarades du syndicat des conducteurs de train GDL. Ce qui est sûr, c'est que le trafic était paralysé dans sa quasi-intégralité ce mercredi en Allemagne.

 

Deux trains sur trois de longue distance ont été à l'arrêt, avec un mouvement également très suivi au niveau des trains régionaux. Le succès des autobus interurbains – dont les réservations ont augmenté de 20 % – est aussi une preuve indirecte du succès de la grève.

 

Cette grève se déroule en parallèle à celle des pilotes de ligne de la filiale low-cost de la Lufthansa, GermanWings. La grève de jeudi devrait conduire à l'annulation d'au moins 1 avion sur 5, soit un centaine d'engins partant des aéroports allemands.


 

La direction de la DB prête à tout pour éliminer le syndicat


 

Toutefois, l'attitude de la Deutsche Bahn (DB) a redoublé d'agressivité contre les grévistes. Le directeur du personnel, Ulrich Weber, a ainsi déclaré publiquement à la chaîne ZDF « qu'il sympathisait avec les clients », et dénonçait « le toupet, le culot » des cheminots de la GDL.

 

Elle a aussi participé à la désorganisation du réseau en n'informant pas correctement les usagers des annulations de train, des retards, pourtant prévisibles.

 

La DB désire par le pourrissement du conflit se débarrasser du gênant syndicat des conducteurs de train (GDL) et pouvoir compter sur le syndicat de collaboration, l'EVG, le Syndicat des chemins de fer affilié à la Confédération générale allemande, la DGB.

 

En pleine négociation des conventions collectives, la direction de la DB prétexte des mouvements de grève pour justifier la marginalisation de la GDL, et faire de l'EVG le seul partenaire légitime.

 

Les revendications de la GDL sont considérées comme inacceptables par la direction : limiter la semaine de travail de 39 à 37 h et une augmentation de 5 % des salaires, non seulement pour les 20 000 conducteurs mais aussi pour les 17 000 personnels à bord.

 

C'est ce qui a transformé le syndicat corporatiste des conducteurs en un syndicat de lutte, désormais fortement implanté dans le personnel roulant. La GDL défend l'idée qu'elle est désormais le syndicat majoritaire dans l'ensemble des salairés de la DB aec ses 34 000 syndiqués.

 

En 2010, la DB avait préféré signer deux conventions collectives – une plus favorable pour les conducteurs signée avec la GDL, l'autre défavorable pour les autres personnels avec l'EVG – désormais elle préférait une seule convention collective, défavorable, sans la GDL.


 

Le bras de fer pour défendre le droit de grève continue


 

Il faut comprendre que la lutte dépasse le seul secteur des chemins de fer. Ce bras de fer est celui pour la défense du droit de grève, de la défense des syndicats de base, les seuls à briser le consensus de la co-gestion, collaboration entre patronats et syndicats, au profit du capital allemand.

 

Le syndicat des conducteurs de train (GDL), comme celui des pilotes de ligne (VC) sont des épines dans le pied du capital allemand.

 

Une enquête de l'Institut d'études pro-patronal IW, menée par Hagen Lesch, sur 123 conflits du travail avait montré que les syndicats dits catégoriels (aussi de « lutte », de « base » dans le contexte allemand) allaient plus souvent au conflit que les autres.

 

C'est pourquoi le gouvernement, poussé par le patronat mais aussi par la confédération syndicale DGB, avance un projet de restriction du droit de grève, au nom de la représentativité syndicale, ou « tariffeinheit » (unicité de négociation syndicale).

 

Avec le « tariffeinheit », un seul syndicat représentatif pourrait mener les négociations dans une entreprise, une branche. Un seul syndicat dans les négociations, un seul donc légitime à les rompre et à entrer en grève. Les autres syndicats seraient réduits à l'impuissance, donc à la disparition.

 

Le tariffeinheit avait été instauré en 1950 dans la RFA capitaliste (où le Parti communiste était interdit, comme les grèves dans le secteur public, ce qui est toujours le cas!) pour façonner un panorama syndical docile, de co-gestion, derrière la DGB réformiste.

 

Le but est bien entendu toujours de faire triompher les syndicats de co-gestion liés à la DGB sur les syndicats de métier mais aussi de lutte comme la GDL, ou VC.

 

Cette offensive patronale menée depuis 2010 trouveune suite dans le projet de loi de la ministre du travail social-démocrate (SPD), Andrea Nahles, qui prévoit d'ancrer ce principe de l' « unicité de négociation »limitant la capacité d'action, de négociation et de mobilisation des syndicats de base.

 

Qu'attend la CES (Confédération européenne des syndicats) prompte à monter au front pour défendre le syndicat de Hong-Kong ? Qu'attend-elle pour défendre le droit de grève en Europe, créer la convergence des luttes entre cheminots allemands, belges, français ou suédois ? Le hic, c'est que la CES défend le syndicat jaune EVG, et non celui de lutte GDL. Fâcheux.

 

La lutte de nos camarades allemands ne peut que susciter notre solidarité qui passe par l'organisation de la mobilisation ici en France contre les suites de la « réforme ferroviaire », d'abord les conditions de sa mise en application.

Jeudi 16 octobre 2014 4 16 /10 /Oct /2014 06:48
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strike-011.jpg 500 000 travailleurs de la santé en grève en Grande-Bretagne contre les baisses de salaire : la plus grande grève du secteur depuis 30 ans

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



La grève du lundi 13 octobre a mobilisé 500 000 infirmiers, brancardiers, conducteurs d'ambulances, sages-femmes, personnels médicaux de Grande-Bretagne pour lutter contre les baisses des salaires réels, et plus largement contre les coupes budgétaires.



La plus grande grève dans le secteur, tout simplement la première grève nationale depuis 32 ans : c'est ainsi que les syndicats ont présenté cette mobilisation des travailleurs de la santé, portant fondamentalement sur la baisse des salaires réels depuis 2010.



La grève a fait l'unanimité : les syndicats Unite, Ucatt (Syndicat des techniciens et PCS (Syndicat des services publics), Unison mais aussi l'Association des spécialistes et consultants des hôpitaux, l'Association britannique des thérapeutes du monde du travail ou encore celle des cadres.



Ce fut même la première action de grève de l'histoire du RCM, le Collège royal des sages-femmes.



Elle a fait l'unanimité aussi parmi la population britannique puisque les 3/5 ème des Britanniques pensent – selon un sondage commandité par le syndicat UNISON – que la grève des salariés de la santé est justifiée.



La colère gronde dans le NHS (Système national de santé) qui fut longtemps un des fleurons européens en terme de qualité de soins sous l'égide d'un système public intégré.



Aujourd'hui, les personnels de santé ont vu leur salaire réel baisser depuis 2010. Lors des dernières négociations, le Ministre de la Santé conservateur Jeremy Hunt a refusé même une hausse de 1 % des salaires. Un camouflet.



Dans le même temps, les hôpitaux souffrent de coupes massives, de 20 milliards de £ jusqu'en 2015,ce qui signifie la fermeture d'une trentaine de services d'urgence, de soins pour enfants, les projets de fusion des hôpitaux menacés de faillite, la suppression de 20% du personnel de santé.



Tous les hôpitaux du pays ont fonctionné au ralenti, toutes les opérations non-urgentes ont été annulées, tandis que les grévistes ont monté des piquets de grève devant les hôpitaux, les stations d'ambulance à partir de 7 h du matin.



Les syndicats ont bien accepté de répondre aux urgences. Toutefois, les forces de police ainsi que l'armée ont symboliquement pris le relais pour conduire certaines ambulances dans la grève. Une « provocation non-nécessaire » pour le syndicat UNISON.



Au-delà de la bataille fondamentale sur les salaires – il faut savoir que les travailleurs britanniques ont perdu en moyenne 6 % de salaires sur les 5 dernières années – c'est aussi la bataille pour sauver le système de santé public, le NHS, qui est en jeu.



La loi passée en 2013 par David Cameron sur la santé (Health and social care act) parachève un processus de privatisation entamée sous Thatcher, poursuivi avec Blair en permettant d'ouvir l' « offre de soins » faite aux unités cliniques locales (Clinical commissioning groups) à n'importe quel fournisseur de soins compétitif, privé y compris.



Au-delà de la privatisation déjà actée des services de restauration, de nettoyage mais aussi d'opérations bénignes comme celles de la hanche, la privatisation s'est accélérée ces dernières années sur les services médicaux.



400 services hors milieu hospitalier ont été confiés en octobre 2012 à des opérateurs privés, tandis qu'en novembre 2011, une firme privée (Circle health) gérait pour la première fois entièrement un hôpital.



Cette logique de privatisation des hôpitaux tue. Le scandale humanitaire est venu de l'hôpital autonome, donc ouvert au privé, de Stafford où 1 200 patients sont morts entre 2005 et 2008 faute de soins adéquats.



Dans toute la Grande-Bretagne, les « hopitaux autonomes » (foundation trust) ont vu la mort de 20 000 patients dans la dernière décennie, qui auraient pu être évités si une autre logique avait été adopté que celle du profit.



Salariés de la santé, patients, personnel médical se sont rassemblés depuis 2005 dans l'association « Keep the NHS public » (Défendons la santé publique) pour informer la population et lutter sur le terrain contre le processus de privatisation.



La lutte des travailleurs de la santé britanniques attire naturellement notre sympathie. Elle répond clairement aux problèmes vécus de l'autre côté de la Manche dans la santé avec des salaires gelés, des conditions de travail excécrables à cause des coupes budgétaires.

Mercredi 15 octobre 2014 3 15 /10 /Oct /2014 07:15
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0125evo article Evo Morales réélu avec 61 % au 1er tour

 

 

La révolution bolivienne à un tournant :

 

 

transition au socialisme ou réaction capitaliste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La presse française joue tous les 4 ans la partition de la chute annoncée de Morales, comme de Chavez jadis. A chaque élection, en Bolivie, le peuple ré-élit triomphalement le leader du Mouvement vers le socialisme (MAS). Mais la révolution bolivienne est à la croisée des chemins : transition vers le socialisme ou réaction capitaliste.

 

En France, notre président « socialiste » (social-démocrate) d'étiquette, libéral de fait bénéficie d'une cote de popularité ridiculement basse (10 %). En Bolivie, un président « socialiste » (réel!) en parole et en acte est ré-élu pour la troisième fois avec 61 % des voix. Tout est dit.

 

Certes Morales connaît une légère inflexion depuis 2009, où il a été élu avec 64 % des voix au premier tour. Mais avec 61 % au premier tour, il devance largement le candidat de droite Samuel Doria Medina avec 24 %, et le chrétien-démocrate Quiroga (9 %).

 

Le « Mouvement vers le socialisme » (MAS) d'Evo Morales empoche 111 des 130 sièges, 25 des 36 postes au Sénat.

 

Un recul de la pauvreté, des réformes sociales audacieuses

financés par les nationalisations

 

Le processus de révolution en Bolivie, de « transition vers le socialisme » est émaillé de contradictions, menacé par des élites capitalistes toujours dominantes économiquement mais depuis huit ans, Evo Morales a transformé la Bolivie, dans les intérêts des classes populaires.

 

Longtemps un des pays les plus pauvres, la Bolivie est – avec l'Equateur et le Venezuela – le pays qui a connu le plus spectaculaire recul de la pauvreté en Amérique latine : un million de Boliviens sont sortis de la pauvreté entre 2006 et 2012.

 

Selon la CEPAL (Commission économique pour l'Amérique latine), la pauvreté s'est réduite de 61 à 49 % entre 2007 et 2011, la pauvreté extrême a elle reculé de 34 à 25 %. C'est toujours trop, mais c'est une dynamique encourageante, après trente années de néo-libéralisme destructeur.

 

Cette réduction de la pauvreté a été possible par une série de réformes sociales, aidant les familles les plus pauvres,les plus vulnérables comme les femmes, les anciens, les enfants.

 

Ce furent par exemple le Bon Juana Azurdui, qui offre une assistance médicale gratuite à 200 000 femmes enceintes ou nouvelles mères ;laRenta dignidad, qui garantit une allocation vieillesse de 20€/mois (un quart du salaire moyen) à 700 000 personnes âgées n'ayant pas droit à la retraite ; enfin leBon Juancito Pino, qui assure aux parents de 2 millions d'enfants une allocation de rentrée scolaire de 20€ pour couvrir les dépenses les plus urgentes.

 

Des réformes hautement symboliques et qui améliorent considérablement la vie des Boliviens ont été mises en œuvre. On pense à l'abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 58 ans en 2010 … au moment où on la reculait en France !

 

Ces politiques sociales ont été financées par un processus de re-nationalisation des secteurs stratégiques, au grand dam des multi-nationales espagnoles, dépossédées : le gaz en 2006, les télécoms en 2008, la distribution d'électricité en 2012, enfin les aéroports en 2013, sans oublier la nationalisation de certaines mines.

 

Par ailleurs, là où le gouvernement pratique les cadeaux au patronat en France, en Bolivie, ce sont des cadeaux pour les travailleurs : en décembre 2013, le gouvernement a ainsi accordé un 13 ème mois aux travailleurs, puis un 14 ème mois après que le taux de croissance a dépassé les 6 %.

 

Les contradictions du processus révolutionnaire bolivien

 

Alors, tout va mieux pour meilleur des mondes en Bolivie ? Hélas, non.

 

Il ne faut pas se gargariser de la rhétorique du gouvernement qui parle de « transition vers le socialisme », a fait voter une Constitution magnifiant l' « Etat pluri-national », les diverses communautés, jonglent avec les concepts consensuels de « Mère Terre », de « Vivre bien » ou encore « développement intégral », cachant une réalité très contradictoire.

 

Le capital étranger, tout comme les élites oligarchiques locales, se sont engouffrées dans ces brèches pour maintenir leur pouvoir, déstabiliser le régime.

 

La première contradiction qu'on peut identifier est entre le développementalisme basé sur l'extraction des matières premières et la protection de l'environnement.

 

C'est celle que nos médias adorent mettre en avant, elle révèle les failles du discours dominant de Morales sur la « Terre Mère » car la Bolivie dépend cruellement de ses exportations de matières premières, qui suppose une course à l'extraction de ressources minières et d'hydrocarbures.

 

Entre 2000 et 2010, la part des revenus de l'Etat dépendant des ressources naturelles est passée de 20 à 30 %. Face à la réalité économique crue, les grands discours s'envolent, et les projets de développements miniers, gaziers se sont multipliés ces dernières années – tout comme le projet d'infrastructure amazonien reliant Bolivie et Brésil – suscitant l'ire des communautés locales.

 

Derrière la bannière de l'environnementalisme, mobilisant les couches moyennes urbaines de La Paz ou Cochabamba, c'est aussi pour la presse locale, au service de l'oligarchie nationale, l'occasion de retourner le discours de Morales contre lui-même.

 

Deuxièmement, entre l'Etat central et les autorités décentralisées. Encore une contradiction entre le discours, de l'ordre constitutionnel qui insiste sur la diversité, sur la décentralisation … et la réalité d'un pouvoir qui, pour passer au socialisme, a besoin de ressources au niveau central.

 

Les élites capitalistes traditionnelles, les latifundiaires, la bourgeoisie compradore l'ont bien compris. Elles se sont retranchées sur leurs fiefs locaux, les provinces comme Santa Cruz jusqu'à menacer la Bolivie de sécession entre 2006 et 2009.

 

Les élites locales – en particulier de l'agro-business – ont obtenu ce qu'elles voulaient : le statu quo politique leur permettant notamment de toucher une part importante des revenus de l'extraction de matières premières.

 

En effet, 30 % des revenus des hydrocarbures reviennent en Bolivie aux communes. Ce n'est pas un hasard si, pour la première fois, Morales est majoritaire en 2014 dans la province de Santa Cruz.

 

Troisièmement, une lutte de classes aux formes paradoxales. Avec le « vivre bien », le « socialisme communautaire » Morales nie la réalité de toute division en classes en Bolivie, prône même l'alliance avec ces « entrepreneurs nationaux » contre l'impérialisme yankee.

 

Cela permet d'une part aux élites traditionnelles de conserver une bonne partie de leurs prérogratives, quoique de plus en plus limitées. D'autre part, les conflits sociaux se multiplient en Bolivie, mais ils opposent parfois les travailleurs avec eux, plus souvent à l'Etat.

 

Ainsi, on a pu constater 21 conflits majeurs dans le secteur minier en 4 ans. Au printemps 2014, ces conflits ont été particulièrement violents, causant la mort de deux ouvriers.

 

La manne minière, comme celle gazière, ou encore l'exploitation du bois suscitent des réactions conflictuelles, contradictoires chez les populations : tantôt rejet pur et simple (des communautés indigènes), tantôt tentative d'obtenir légitimement sa part du gâteau de façon corporatiste ou intéressée (ouvriers mineurs, mais aussi indigènes).

 

Les tentatives de régulation par l'Etat échouent souvent face à la réalité économique, face aux luttes sur le terrain.

 

Ainsi, la Loi Forestière protectrice est inappliquée, quand les cocaleros (travailleurs de coca), campesinos (paysans), indigènes sont prêts à la contourner pour le gain économique issu de l'exploitation du bois, pour leur survie dans un pays où 1 personne sur 2 vit avec moins de 2 $ par jour.

 

Au printemps 2014, c'est la Loi minière qui a déclenché une révolte des mineurs de la région de Cochabamba. Le gouvernement voulait limiter le droit des coopératives ouvrières ou locales à pouvoir bénéficier de droits, avantages financiers liés aux concessions minières, au détriment du pouvoir central.

 

Quatrièmement, c'est l'emprise des multi-nationales américaines ou européennes sur le pays. C'est le paradoxe derrière la rhétorique anti-impérialiste, la Bolivie reste un pays dépendant, des Etats-unis comme des pays capitalistes voisins.

 

Le Brésil émergent est de loin le premier partenaire commercial (32 % des exportations, 17 % des importations). En 2006, Morales était allé au conflit avec le géant pétrolier Petrobras, il a depuis incité l'entreprise à revenir en Bolivie, ayant besoin de son expertise, tout en facilitant le projet TIPNIS d'infrastructure routière reliant Bolivie et Brésil.

 

Les Etats-unis sont le deuxième partenaire commercial (16 % des exportations, 10 % des importations). Même si le gouvernement a de façon spectaculaire fait partir certaines entreprises emblématiques de l'impérialisme comme Coca-Cola ou McDonald, les investissements américains restent prédominants, notamment dans le secteur des hydrocarbures.

 

Globalement, le cas des hydrocarbures illustre bien les contradictions du processus. La nationalisation du gaz n'a pas exclu les multi-nationales, elle a permis de re-négocier des contrats plus favorables à l'Etat, donc au peuple bolivien.

 

Avant 2006, les entreprises pétrolières et gazières captaient 71 % des revenus des hydrocarbures, soit 832 millions de profits sur 1,1 milliard de $. Après 2006, c'est l'Etat qui empochait 73 % des revenus via diverses taxes, parts, royalties, les opérateurs privés ne prenant plus que 27 %.

 

Toutefois, en termes absolus, avec l'augmentation de l'extraction de matières premières, la hausse des prix sur le marché mondial, les multi-nationales n'ont rien perdu : elles touchaient 832 millions de profits en 2004, elles touchent encore 830 millions en 2010.

 

En 2012, le gouvernement bolivien a même fait passer incitations fiscales pour que les entreprises étrangères soient poussées à ré-investir leurs profits en Bolivie.

 

Le gouvernement d'Evo Morales, un point d'appui pour les transformations révolutionnaires en Amérique latine

 

Il serait illusoire de se cacher les contradictions du processus, mais il serait peu dialectique de ne voir combien le gouvernement de Morales est un formidable point d'appui pour les luttes en Bolivie et dans toute l'Amérique latine pour une autre société.

 

La contradiction du processus se manifeste dans le bi-céphalisme à la tête de l'Etat : d'un côté le président Morales qui parle de « socialisme du XXI ème siècle », de l'autre le vice-président Garcia Linera qui préfère le « capitalisme andino-amazonien ».

 

La Centrale ouvrière bolivienne (COB), comme les associations paysannes, les communautés indigènes, sont conscientes de ces contradictions. Elles ne cachent pas leurs désaccords, vont parfois au conflit, mais rejoignent le MAS de Morales sur l'essentiel. Le triomphe de Morales en 2014 est aussi le succès d'une alliance des classes populaires solide entre ouvriers et paysans.

 

Mais Evo Morales incarne aussi un anti-impérialisme qui n'est pas seulement rhétorique. Il s'est toujours affirmé comme le meilleur allié de Cuba socialiste, le premier partenaire du Vénézuela bolivarien, participant à cette forme de coopération régionale solidaire qu'est l'ALBA.

 

Evo Morales était même allé, en mars 2012, jusqu'à se revendiquer du marxisme-léninisme, du communisme pour protester contre l'exclusion toujours en vigueur de Cuba de l'OEA (Organisation des Etats américains) :

 

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de présidents de tendance communiste marxiste-léniniste, j'en fais partie et je demande qu'on m'expulse de l'OEA, puisque c'est sous ce prétexte qu'ils ont expulsé auparavant l'OEA ».

 

Certes, Evo Morales n'est sans doute pas réellement marxiste-léniniste ni communiste.

 

Mais il est ce qui se fait de meilleur sur le continent latino-américain, et peut-être dans le monde, au moment où les socialistes en France et en Europe trahissent chaque jour passant les espoirs des peuples, mènent la politique du capital financier et des marchands de canons.

 

Soyons lucides sur ce qui se passe en Bolivie, conscients du péril de réaction capitaliste pure, mais levons notre verre au camarade Evo : c'est moins à lui, qu'au peuple bolivien organisé à triompher de la réaction, à engager enfin la transition vers le socialisme.

Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 06:06
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WSJ460Le Wall Street Journal fait l'éloge des médecins de Cuba, pays communiste seul en Afrique à lutter contre le virus Ebola !



William Hearst, reviens, ils sont devenus fous !



Lire un article louant le travail des médecins cubains en Afrique, critiquant en comparaison la faible implication des pays européens, des puissances émergentes, des Etats-unis pour lutter contre le virus Ebola, et le trouver dans l'organe central de finance mondialisée – le Wall Street Journal – seule une époque aussi folle rend possible de telles expériences.



Pour vous permettre de prendre connaissance de cet article qui ne fait que restituer des faits têtus – tout en tentant de présenter positivement l'attitude américaine qui profite de la crise pour renforcer sa présence militaire sur le continent – en voici une traduction intégrale :



Article du Wall Street Journal, datant du 9 octobre 2014



Traduction AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



Les docteurs cubains en première ligne dans la lutte contre le virus Ebola



L'île caribéenne surpasse les grands pays dans l'envoi de personnel médical : un partenaire improbable pour les Etats-unis



Alors que le risque est croissant qu'Ebola puisse s'envoler vers d'autres cieux, les Etats-unis appellent les nations du monde entier à envoyer des docteurs, des infirmières en Afrique occidentale, où des milliers de vie sont en jeu. Rares sont ceux qui ont répondu à l'appel, un pays a répondu en force : Cuba.



Dans les semaines qui ont suivi l'envoi par le président Obama de près de 4 000 troupes en Afrique occidentale, la lutte pour éradiquer Ebola a créé des tandems insolites. Rien n'est plus étrange que le spectacle de médecins cubains rejoignant les militaires américains pour lutter contre Ebola en Afrique occidentale. Cuba est depuis longtemps dans une relation de conflit avec son voisin du nord : les Etats-unis.



Les puissances émergentes comme la Chine, l'Inde, la Russie font des affaires en Afrique, mais leurs contributions à la lutte contre l'épidémie d'Ebola ont été plutôt décevantes jusque-là. Et les nations bénéficiant des meilleurs systèmes de santé ont fourni une aide trop faible, trop tardive à la crise, selon les leaders des pays touchés par Ebola.



Jeudi, le secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé à une « multiplication par 20 de l'aide », comprenant « un personnel de santé bien formé ».



« La réponse internationale a été lente », a déclaré la présidente du Liberia Johnson Sirleaf. Jeudi, elle a plaidé pour l'envoi de plus de personnel médical, s'adressant depuis la capitale Monrovia à la conférence de la Banque mondiale à Washington. « Plus que jamais, nous avons besoin de personnels qualifiés et dévoués pour participer à la lutte contre Ebola ».



Cuba a répondu à cet appel. Elle a envoyé 165 travailleurs de la santé au Sierra Leone, durement touché, un nombre exceptionnellement élévé pour une petite île de 11 millions d'habitants. Ils ont rejoint les travailleurs médicaux en Afrique occidentale de plusieurs nations qui sont sous les auspices des groupes d'assistance. Médecins sans frontières (MSF) doit que près de 250 travailleurs médicaux internationaux se trouvent la région et près de 3 000 contre Ebola sur place dans son ensemble.



Cuba joue depuis longtemps un rôle énorme en Afrique, envoyant des troupes pour lutter afin de bouter l'armée sud-africaine de l'Apartheid hors d'Angola, et entrainant des guérillas qui ont rejoint la lutte armée de Nelson Mandela contre l'apartheid. Au début des années 1960, Che Guevara s'est rendu en Afrique pour fomenter une révolte dans la tout juste indépendante République démocratique du Congo – bien qu'il ait jugé par la suite qu'ils étaient peu intéressés par le socialisme mondial et plus par le brigandage.



« Nous ne pouvons libérer nous-mêmes un pays qui ne veut pas combattre », a-t-il écrit dans une lettre découragée au leader cubain Fidel Castro.



En revanche, le médecin argentin devenu révolutionnaire cubain a suggéré que Cuba y envoie autre chose : les docteurs. Depuis, Cuba envoyé des dizaines de milliers de travailleurs de la santé à l'étranger. Le pays a envoyé 2 500 travailleurs de la santé au Pakistan après le tremblement de terre de 2005, et 1 500 à Haiti après le séisme de 2010, a déclaré Jorge Delgado Bustillo, responsable de la Brigade médicale cubaine au Sierra Leone.



En comparaison, les 165 médecins représentent presque une réponse prudente.



« Nous travaillons sur la malaria, le choléra, la dengue, une situation de désastre, inondations au Vénezuela, au Guatemala, au Belize », dit M.Bustillo. « Mais Ebola ? C'est une première pour les Cubains ».



Dans un discours datant de ce mois-ci, M.Castro semblait rappeler les exploits militaires de Cuba face au déploitement de docteurs au Sierra Leone. Il les a nommé « une armée de blouses blanches » et a lancé : « Honneur, gloire à nos combattants valeureux de la cause de la santé et de la vie ! » selon les extraits de son discours publié dans le journal Granma.



Les Cubains minimisent l'idée de toute rivalité avec les Américains. « Contre Ebola, nous devons travailler avec tout le monde », dit M.Bustillo. « Les Etats-unis ? Oui, nous pouvons le faire ».



Mercredi, le drapeau cubain flottait sur le mur du palais des congrès ici, alors que les docteurs bouillant d'impatience sur leurs chaises, attendant plus d'une heure que le gouvernement du Sierra Leone ne les accueille officiellement.



Un officiel australien de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), chargé de les formes sur Ebola, les regardait avec inquiétude alors que les Cubains multipliaient les mains serrées, les tapes dans le dos et autres gestes hasardeux quoique sincères. Les officiels mettent en garde : Ebola peut se diffuser au contact, le virus peut avoir comme vecteurs des fluides corporels tels que la sueur.



« Ce sont des gens très calins (sic) », dit Katrina Roger, responsable technique à l'agence de l'ONU. « Demain, on va leur expliquer pourquoi il faut qu'ils arrêtent de serrer des mains et de se partager les choses qu'ils touchent ».



Le secrétaire d'Etat John Kerry, mercredi, a demandé à ce qu'un plus grand nombre de nations envoie des travailleurs de la santé ainsi que d'autres formes d'aide. « Nous avons besoin de gens pour aller plus loin », a-t-il dit.



Que les Etats-unis se trouvent désormais depéndants de leur rival de Guerre froide souligne la réponse humanitaire dissymétrique à l'épidémie d'Ebola. Les USA sont la première nation donatrice, ayant promis d'envoyer près de 4 000 soldats et près de 400 millions de $ en aides diverses. Ils ont envoyé 65 responsables du Service public de santé pour former un service Ebola auprès des agents de santé au Liberia. Plus de 2 600 volontaires de santé ont accepté, sur le site du gouvernement, d'aller en Afrique pour aider les organisations de santé sur place.



Le premier partenaire commercial de l'Afrique, la Chine, a dit qu'elle fournirait 1 millions de $ en cash, 2 millions de $ en nourriture et spécialistes pour chacun des pays suivants : Liberia, Sierra Leone et Guinée.



Le géant asiatique envoie aussi 170 travailleurs de la santé au Liberia, a déclaré l'agence de presse Xinhua. Actuellement, 58 chinois forment une équipe de traitement d'Ebola et de tests sanguins, dans une clinique construite par les Chinois. Sur ces 58 personnes, 35 sont des conducteurs, personnels techniques et cadres, selon Guo Tongshing, chef de la clinique.



L'Inde, qui a d'importants liens commerciaux et des connections aériennes avec l'Afrique occidentale, a récemment promis de contribuer à hauteur de 12,5 millions de $ mais sans envoyer de personnel médical. Le Brésil, qui courtise depuis près d'une décennie les nations africaines, a donné 413 000 $.



La Russie, qui cherche aussi à raviver certains liens issus de la Guerre froide, a envoyé une équipe de huit virologistes en Guinée, jadis un avant-poste soviétique, et des vêtements de protection.



L'Afrique du sud – un pays désireux d'affirmer son rôle de leader sur le continent – a envoyé un laboratoire mobile au Sierra Leone. Il n'y a aucune trace de contribution monétaire venant de ce pays.



Les travailleurs de la santé africains sont intégrés à la riposte, toutefois. L'Union africaine a envoyé 75 travailleurs de la santé, et l'Ouganda, qui a une expérience certaine avec Ebola, en a envoyé 15.



Pendant de temps, le Japon, troisième économie du monde après les Etats-unis et la Chine, envoie 40 millions de $ pour la cause, mais pas de personnel. Toyota envisage de donner des voitures pour aider au transport des patients.



Même la France, le pays européen qui dispose du plus grand nombre de bases militaires en Afrique, a été lent à envoyer des personnels médicaux. L'ancienne puissance coloniale construira et gérera une clinique de 50 lits en Guinée, avec 15 médecins français envoyés sur place, en plus des volontaires de la Croix Rouge, d'après ce qu'a dit l'agence publique gérant les réservistes médicaux.



La Grande-Bretagne envoie 750 personnes pour aider à construire des dizaines de cliniques au Liberia et au Sierra Leone. Les cliniques sont nécessaires pour isoler les patients de leurs familles et briser la chaîne virale de transmission. Mais on ne sait toujours pas clairement qui gérera ces cliniques.



Le Liberia a besoin à lui seul de près de 10 000 travailleurs de la santé qualifiés, et un nombre similaire est nécessaire au Sierra Leone, d'après ce qu'en dit le gouvernement américain. Jusqu'à présent, la plus grande brigade médicale, c'est celle de Cuba au Sierra Leone.



« Cuba est le seul pays, à ma connaissance, à répondre avec des ressources humaines, en termes de médecins et d'infimières », déclare Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de l'Union africaine et ex-femme du président sud-africain Jacob Zuma.



Ce ne sera pas suffisant, affirme Abdoulaye Baratay, porte-parole du gouvernement sierra-léonais : « Même si nous apprécions les Cubains (…) nous pensons qu'à la vitesse où le virus se répand, nous aurons besoin de plus de gens sur le terrain ».



Les gouvernements, Chine compris, se plaignent du fait qu'ils n'ont tout simplement pas assez d'expérience avec Ebola pour envoyer du personnel en nombre : « c'est un grand défi pour nos scientifiques », a affirmé Qian Jun, chef d'équipe du Centre chinois pour le contrôle de la maladie dans l'équipe du laboratoire mobile au Sierra Leone.



En fait, il n'y avait aucune station pour se laver les mains et les pieds à l'arrivée de l'équipe Ebola chinoise dans la capitale du Sierra Leone, Freetown, une mesure de sécurité vitale. Par contre, il y avait une famille de chats vivant dans l'embrasure de la porte, l'un dormant sur les marches.



« Chaque jour qui passe, nos médecins, nos infirmières viennent à l'heure ici », déclare M.Guo, chef de la clinique. « Mais parfois, les Sierra-léonais, eux, ne viennent pas ».



Voilà le vide que remplit Cuba. Tandis que les consultants du Centre américain pour le contrôle de la maladie et sa prévention sont longés à l'hôtel Radisson Blu – 200 $ la nuit – les 165 médecins cubains vivent à trois dans une salle dans un des hôtels bon marché de Freetwon. Les toilettes de l'hôtel sont cassés. Les mouches bourdonnent autour de nappes sales, sur lesquels les Cubains mangent sur le pouce.



« Ce n'est pas le Sierra Leone qui a besoin de nous », dit Yosvany Vera, docteur cubain de 36 ans se frayant un chemin, un plat graisseux de riz à la main : « c'est le monde qui a besoin de nous ».

Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 06:51
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ob_ee5d81b9d3684614e0f10495dd0eb326_jpp-photo.jpgL'industrie de l'armement française connaît un boom : + 43 % de commandes en 2014. La guerre, ça rapporte !

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



C'est la crise parait-il. C'est vrai que nos écoles, nos universités, nos services publics meurent car sous-financés. C'est vrai que les salaires sont gelés quand les tarifs explosent. Pourtant, il y a au moins secteur qui est en plein boom : l'industrie de l'armement.



Les marchands de canons français ne peuvent cacher leur enthousiasme, ce gouvernement est décidément une « divine surprise » pour eux : en 2013, les commandes militaires françaises ont augmenté de 43 %, avec une vente totale d'armes chiffrée à 6,8 milliards d'euros.



La France reste « compétitive » sur la scène des vendeurs d'instruments de mort, à la 4 ème place mondiale, derrière les Etats-unis, le Royaume-Uni, la Russie, repassant devant Israël qui nous avait devancé l'an dernier.



Le Ministère de la Défense se félicite : l'année 2012 a été bonne pour le secteur de l'armement, l'année 2013 encore meilleure, celle de 2014 s'annonce très prometteuse.



De manière très pragmatique, le Ministère souligne que cette hausse des exportations est dopée par « un contexte international très instable, notamment au Moyen-Orient », alimentée par les « conflits armés à Gaza et en Syrie, la flambée des tensions en Irak, en Libye ».



Les dépenses militaires du Moyen-orient ont explosé ces deux dernières années de 30 %. Dans le même temps, 40 % des commandes françaises viennent des pays du Golfe, notamment l'Arabie saoudite, qui est de très loin la première cliente de la France.



Le secteur de l'armement peut remercier par la France qui a contribué à ce désordre régional par ses interventions en Libye, au Mali, aujourd'hui en Syrie et en Irak. Ce chaos synonyme de destructions, de morts est profitable pour les affaires visiblement.



Si on regarder un peu plus dans le détail les chiffres, on s'aperçoit que nos principaux clients en 2013 sont l'Arabie saoudite (2 milliard d'euros) et le Maroc (600 millions) mais on retrouve juste derrière les Émirats arabes unis et le Qatar.



Les trois Etats du Golfe cités, on le sait, financent le terrorisme à l'échelle régionale, jouent un rôle-clé dans la déstabilisation de la région, en plus d'être des régimes dictatoriaux parmi les plus répressifs au monde, niant tout droit humain, légalisant l'esclavage, ou la peine de mort ne serait-ce que pour possession de haschisch !



On est pas à une démonstration de cynisme près. On sait que l'Arabie saoudite, les pays du Golfe financent les terroristes islamistes que nous prétendons combattre avec nos bombes, après les avoir soutenu en Libye et en Syrie. Le climat de terreur entretenu permet d'armer tous les combattants en lice, de fournir tous les Etats de la région en matériels de guerre multi-fonction.



Pendant ce temps, depuis trois ans, le cours de l'action Dassault à la Bourse de Paris a grimpé de 61 %, celui de Thalès de 70 %, celui de Safran de 118 % !



Dieu que la guerre est jolie .. en tout cas pour les marchands de canons. Pour les peuples du Moyen-orient, d'Afrique du nord, cela signifie le chaos, la destruction et la mort. Pour le peuple de France, c'est l'austérité partout, et une armée de moins en moins dévouée à sa mission première : la défense nationale.

Dimanche 12 octobre 2014 7 12 /10 /Oct /2014 07:52
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RTR48VTA.jpgAu Mexique, 49 étudiants « disparus » retrouvés dans des fosses communes : 50 000 manifestants dénoncent un crime d'Etat

 

Article pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/ *

 

Le Mexique est rempli d'effroi. Ce 26 septembre, entre 49 et 63 étudiants ont été massacrés dans l'Etat de Guerrero, au sud du pays – par une alliance sordide entre la police locale et des gangs mafieux. Pour nos dirigeants, il n'y a pas de quoi s'émouvoir dans un pays soumis aux intérêts américains.

 

C'est sans doute le plus grand massacre de militants étudiants au Mexique depuis le tristement fameux 2 octobre 1968 – juste avant les Jeux olympiques – quand le pouvoir avait assassiné 300 étudiants sur la place centrale de Mexico.

 

« Disparus », « massacres », « gangs para-militaires » : bienvenue dans la « démocratie » au Mexique en 2014 !

 

Nous sommes en 2014, et on parle de « disparus », de « massacres », d' « escadrons de la mort ». Et on est au Mexique, présenté comme une « démocratie » en Europe, partenaire économique modèle – car soumis aux USA – dans le Traité de libre-échange nord-américain (ALENA).

 

Dans ce pays « démocratique », ce 26 septembre, dans le village d'Ayotzinapa, Etat de Guerrero, 6 étudiants ont été tués de sang froid par la police locale qui empêchait le bus des étudiants-professeurs syndicalistes, marqués à gauche, de l'Ecole normale de sortir de la Gare centrale pour se rendre à une mobilisation sociale dans la ville de Chilpancingo.

 

Des 43 « disparus » aux fosses communes

 

RTR49ATL.jpg57 autres ont été arrêtés – ce que confirment les caméras de sécurité –, emmenés au poste de la police de la ville d'Iguala puis portés « disparus » le lendemain. La presse locale fait état par la suite de 43 « disparus ».

 

Hélas, l'incertitude ne dure pas longtemps. Le 4 octobre, quatre fosses communes révèlent le corps de 28 jeunes gens, calcinés, méconnaissables, mais rapidement identifiés comme correspondant à ceux des « disparus ». Le sort des autres ne fait plus aucun doute.

 

Le lendemain, 5 octobre, deux tueurs membres du gang mafieux « Guerrero unidos » – lié au puissant cartel de la drogue Beltran-Leyva – reconnaissent en avoir tué au moins 17, les avoir torturé puis ensuite avoir brûlé leurs cadavres.

 

Les liaisons dangereuses : gangs mafieux et police locale

 

Depuis, l'enquête lancée par le Procureur général révèle les liaisons dangereuses entre pouvoir local et trafiquants de drogue.

 

Concernant le massacre, c'est le chef de la sécurité locale qui a donné l'ordre d'arrêter les étudiants – en coordination avec des hommes du gang « Guerrero unidos » – mais ce seraient les mafieux qui auraient décidé finalement de les tuer. Telle est la version officielle.

 

Au sens le plus large, il apparaît désormais que la police locale (comme celle régionale) est organiquement liée aux gangs mafieux, para-militaires : 30 policiers ont été identifiés comme proches du gang, 22 arrêtés car impliqués directement dans le massacre. Du sang des étudiants a même été retrouvé sur plusieurs voitures de police.

 

Cela ne se limite pas à la police. Le maire d'Iguala (troisième ville de l'Etat) José Luis Abarca ainsi que sa famille se révèlent avoir conclu un pacte de pouvoir avec les trafiquants de drogue, collaborant avec la police locale pour intimider les opposants, en échange de l'impunité sur leurs kidnappings, cambriolages, racket des commerçants locaux et trafic de drogue naturellement

 

Actuellement, le maire d'Iguala, comme le chef de la sécurité locale sont en fuite. De plus en plus, l'étau se resserre également sur le gouverneur régional. Mais les responsabilités de l'Etat fédéral ne peuvent être éludées non plus.

 

Entre 50 et 100 000 manifestants dans la rue :

syndicats étudiants, zapatistes, militants communistes

 

A l'ampleur du massacre a répondu l'ampleur de la mobilisation de solidarité, de l'hommage venant de l'ensemble de la gauche militante mexicaine, avec sans doute entre 50 et 100 000 militants dans les rues.

 

Miles-Ciudad-Mexico-Iguala-DPA_CLAIMA20141009_0141_27.jpgCe mercredi 8 octobre, on comptait 15 000 manifestants à Mexico qui ont occupé la place centrale du Zocalo exigeant la justice, militants étudiants mais aussi syndicalistes ouvriers et paysans.

 

A Chilpancingo, ville majeure de l'Etat de Guerrero, 10 000 manifestants étudiants et enseignants ont participé à une marche de la colère.

 

Dans l'Etat de Guerrero, les militants du Parti communiste du Mexique (PCM) a occupé le siège du gouvernement de l'Etat de Guerrero.

 

Enfin, dans le Chiapas, les militants de l'EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) ont manifesté dans le silence, ils étaient 20 000 dans les rues de San Cristobal de las Casas, fief des révolutionnaires zapatistes.

 

Pourquoi s'indigner face à si peu au Vénézuela, en Chine, et se couvrir de silence au Mexique ou en Colombie ?

 

Les jeunes communistes français ont de quoi être indignés, révoltés même par le traitement médiatique ici, inexistant, de ce scandale.

 

On se souvient du battage contre le Vénézuela révolutionnaire au printemps, quand des manifestants étudiants violents ont embrasé Caracas, causant la mort de 6 manifestants dans des scénarios de guerre de rue. On remarque aujourd'hui la condamnation de la Chine qui n'a pas tué le moindre manifestant étudiant à Hong-Kong, dans des troubles à l'agenda politique peu clair.

 

Ici, au Mexique, on abat de sang-froid 49 étudiants désarmés, pacifiques, avec la complicité de la mafia locale, mais rien de nouveau dans la « démocratie » du Mexique, comme on parle de démocratie en Colombie, le pays au monde où on tue le plus de syndicalistes par an.

 

Mexique, un pays à la dérive depuis l'Accord de libre-échange avec les USA : misère, émigration, casse de la production et dépendance américaine

 

Le Mexique, au moins depuis 1994 et l'Accord de libre-échange avec les Etats-unis (ALENA), est un pays à la dérive : l'image même du capitalisme du désastre, alors que ce fut des années 1960 aux années 1980 un pays relativement développé, indépendant.

 

Aujourd'hui, c'est un pays qui connaît la misère et la famine : 53 % de la population (63 millions de personnes!) sont pauvres, alors que le pays abrite l'homme le plus riche du monde : Carlos Slim.

 

Le pays – longtemps auto-suffisant en produits alimentaires – connaît désormais la famine, comme l'a révélée la « crise de la tortilla » en 2007, où les Mexicains ne pouvaient plus acheter leur plat de base, victime de la spéculation internationale.

 

C'est un pays qui brade ses ressources naturelles aux multi-nationales. Ont déjà été vendus les banques, la sidérurgie, les chemins de fer, les télécoms, l'électricité. Maintenant, c'est le joyau national qui va être vendu aux multi-nationales américaines : le pétrole

 

C'est un pays soumis aux intérêts des Etats-unis qui ont cassé l'appareil productif national, et contraint son peuple à la migration de masse.

 

L'industrie mexicaine a été réduite aux « maquiladoras » à la frontière, fournissant une main d'oeuvre pas chère pour les entreprises américaines de l'automobile ou du textile. Aujourd'hui, un ouvrier mexicain est moins bien payé qu'un ouvrier chinois !

 

La petite agriculture mexicaine a été détruite forçant des millions de Mexicains à emprunter la voie de l'émigration : environ 7 millions de Mexicains ont quitté le pays pour aller aux Etats-unis entre 1990 et 2010.

 

C'est un pays où le crime organisé règne et sème la terreur avec la complicité du pouvoir. Depuis 8 ans, il y a eu au Mexique 150 000 assassinats, dont seulement 23 000 pour l'an dernier, soit une moyenne terrifiante de 62 assasinats par jour.

 

Le Mexique est devenu – avec la complicité d'une partie des autorités, l'hypocrisie des Etats-unis – le paradis des trafiquants de drogue, qui règnent en maître sur les territoires.

 

Car le trafic de drogue brasse des sommes colossales : on parle d'entre 10 et 40 milliards de $ par an, selon les estimations prudentes. De quoi alimenter une corruption généralisée, à tous les niveaux de l'appareil d'Etat.

 

Sur les dizaines de milliers d'assassinats, un certain nombre sont des personnes « gênantes » pour le pouvoir : syndicalistes paysans et étudiants, militants politiques révolutionnaires.

 

Le Parti communiste rappelle que dans le seul Etat de Guerrero, 7 de ses militants ont été assassinés depuis 2008. En mai 2006, à San Salvador de Atenco, 5 militants communistes avaient été tués par la police locale.

 

Nous exprimons toutes nos condoléances à nos camarades, nos frères du Mexique. Et nous souhaitons questionner nos dirigeants sur leur silence face à ce crime d'Etat, sur leur indignation sélective qui nous révolte tout particulièrement.

 

* Article d'abord paru sur http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

Samedi 11 octobre 2014 6 11 /10 /Oct /2014 07:22
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